Election sous tension

23/06/2009
Election sous tension

Les Congolais éliront leur président le 12 juillet prochain. Peu de suspens à vrai dire pour ce scrutin. Denis Sassou Nguesso a toutes les chances de conserver son fauteuil. Seule véritable inconnue, le pourcentage avec lequel il remportera le scrutin et le niveau de participation. Au Congo comme dans de nombreux pays africains, l'opposition se présente en ordre dispersé ce qui fait évidemment le jeu du pouvoir.

Pour vérifier que le mécanisme électoral est conforme aux normes internationales et pour garantir un vote, si possible, libre, démocratique et transparent, l'ancien ministre français Jacques Toubon, actuellement député européen, s'est rendu à Brazzaville en fin de semaine dernière. Il était accompagné de son collègue Patrick Gaubert. Une mission d'évaluation destinée vérifier sur place si les garanties affichées par les autorités seront effectivement respectées.

Lors d'un marathon de 72h, Jacques Toubon et Patrick Gaubert ont rencontré les responsables en charge de l'organisation du scrutin, le ministère de l'Administration territoriale, la Conel (Commission nationale d'organisation des élections), le Comité de suivi, le président de la Cour constitutionnelle ; bref tous les intervenants dans le processus électoral.

Les responsables du ministère de l'Administration territoriale assurent que tout est au point pour le 12 juillet. Le système informatique a été amélioré pour éviter les dysfonctionnements constatés lors des législatives de 2007. Ils dénoncent les accusations de l'opposition qui affirment que les autorités ont une réserve de 500.000 voix susceptibles d'être injectés dans les ordinateurs en cas de résultats défavorables à M. Sassou Nguesso.

Du côté de la Conel, on se dit serein. « La distribution des cartes d'électeurs a débuté la semaine dernière sans problème. Le processus est transparent, ce qui permettra d'éviter toute suspicion », explique Henri Bouka, le président de la commission ; un magistrat professionnel.

Mais certains candidats de l'opposition ne sont pas de cet avis et l'on fait savoir aux parlementaires européens.

L'un des principaux challengers de Denis Sassou Nguesso, Mathias Dzon (Alliance pour la République et la démocratie (ARD) – et ancien ministre des Finances de Sassou- affirme que de nombreuses cartes d'électeurs ont été distribuées à des étrangers, notamment des ressortissants de RDC. Mêmes accusations de la bouche d'un autre candidat, Guy-Romain Kinfoussia, qui réclame un recensement dans la région du Pool*.

« Des cartes sont distribuées aux électeurs du Pool, mais la majorité de la population a fui cette région depuis plusieurs années ; cela prouve qu'il y a fraude et que l'élection est mal emmanchée », affirme Me Hervé-Ambroise Malonga, le porte-parole du candidat Dzon.

Jacques Toubon et Patrick Gaubert ont écouté les arguments avancés par l'opposition et questionné le président de la Cour constitutionnelle, Gérard Bitsindou, à propos de l'invalidation de la candidature d'Ange-Edouard Poungui de l'Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads de l'ancien président Pascal Lissouba). M. Bitsindou lie ce rejet à au non-respect par le candidat d'une présence effective au Congo 24 mois précédant la date de dépôt de candidature. Une disposition qui a laissé dubitatifs les parlementaires européens.

Le candidat Denis Sassou Nguesso, qui recevait dimanche les élus européens, a catégoriquement rejeté les accusations de ses opposants les jugeants essentiellement politiques.

« Les arguments que nous ont donné les représentants de la majorité comme de l'opposition sont assez convaincants, mais il ne nous appartient pas de prendre parti en faveur d'un camp ou d'un autre. Notre mission à Brazzaville consiste à vérifier si l'organisation technique de l'élection permettra de parvenir à un scrutin propre », indique Jacques Toubon.

Et de ce point de vue, l'ancien ministre, qui vient d'être nommé par le président Nicolas Sarkozy, à la tête d'une mission chargée de préparer et d'assurer la mise en Œuvre d'une initiative « 2010 - Année de l'Afrique », estime que les choses sont relativement bien organisées même si il n'est pas en mesure de garantir à ce stade le bon déroulement du scrutin.

Pour Jacques Toubon et Patrick Gaubert, la présence d'observateurs de l'Union européenne le 12 juillet au Congo serait un moyen d'exercer un contrôle sur les opérations de vote, mais jusq'uà présent, l'UE n'a pas manifesté le souhait de s'impliquer dans le processus électoral.

« C'est dommage, explique M. Toubon, car il est indispensable de consolider la démocratie congolaise. Sans tomber dans le pessimisme, certains de nos interlocuteurs nous ont quand même dit qu'une reprise de la guerre civile n'était pas à exclure. C'est vous dire notre préoccupation ».

Treize candidatures dont celle du président sortant Denis Sassou Nguesso ont été retenues pour le scrutin du 12 juillet.

• Une succession de guerres civiles, depuis 1993, mais principalement les événements tragiques de décembre 1998 et de l'année 1999, ont beaucoup appauvri la région du Pool située à 80km de Brazzaville. Des pillages systématiques ont réduit à néant toutes les activités économiques et sociales du pays et l'insécurité a ralenti tout développement.

En photo : (de gauche à droite) Patrick Gaubert, Mathias Dzon et Jacques Toubon

Photo de droite : Jacques Toubon et Thierry Gombet, président de la Commission nationale des droits de l'Homme

© InterPress Service

 

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