Qu’avons-nous fait du flambeau de l’intégration ?

24/03/2011
Qu’avons-nous fait du flambeau de l’intégration ?

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a décerné jeudi le titre d'ambassadeur honorifique au président Gnassingbé Eyadema (décédé en février 2005) pour son rôle essentiel dans la création de l’organisation régionale en 1975 et pour ses missions de paix en Afrique.
Faure Gnassingbé, présent à Abuja pour le 39e sommet de la Cédéao, a souligné que l’ancien président avait joué majeur en faveur de l’intégration et que sa stature internationale et la vocation de paix du Togo lui avaient valu de mener de nombreuses missions de médiation sur le continent.
Biafra, Tchad, Niger, Libéria, ou Sierra Léone , En 38 ans de pouvoir, Gnassingbé Eyadema est parvenu à éviter de nombreux conflits. Son dernier grand dossier fut celui de la Côte d’Ivoire en 2002.
 

Voici le discours prononcé par le président Faure Gnassingbé
Mes premiers mots sont des mots de remerciements que j’adresse tout d’abord à mon frère et ami, le Président Goodluck Jonathan, dont le pays nous accueille, une fois de plus, avec  hospitalité et générosité. Je voudrais également dire merci aux responsables de la CEDEAO et à tous ceux qui ont initié et rendu possible la cérémonie qui nous réunit  dans cette belle cité d’Abuja.
C’est ici même, en terre nigériane, que la CEDEAO a vu le jour il y a exactement 36 ans. Plus de trois décennies se sont donc déjà écoulées  et je me sens à la fois heureux et privilégié  de prendre part à l’hommage qui est rendu aujourd’hui aux pères fondateurs de notre institution commune, dont les succès et la vitalité nous remplissent tous de fierté.
A mes yeux, la cérémonie  de ce jour a un double mérite. Elle nous permet de nous acquitter d’un devoir de reconnaissance vis-à-vis des pionniers de l’intégration dans notre sous-région. Mais  elle donne  également aux jeunes générations, l’occasion de mesurer la portée de l’héritage que nous ont légué ces hommes d’exception, dont la vision et la persévérance ont permis au rêve d’intégration de se réaliser et de s’enraciner dans notre sous-région.
L’héritage que nous ont transmis les pères fondateurs de la CEDEAO est un trésor sans prix. Ils  ont su nous léguer  en effet des valeurs toujours présentes, et qui demeurent profondément ancrées en nous ; ce  sont les valeurs d’unité, de progrès et de prospérité partagée, la foi en un avenir commun. C’est pourquoi je tiens à réitérer mes vifs remerciements, aux responsables de la CEDEAO pour l’occasion unique qu’ils nous offrent de célébrer les grandes figures historiques qui ont façonné notre institution commune.
Pour le Togo et les Togolais, la cérémonie de ce jour a une portée symbolique encore plus forte. L’hommage aux pères fondateurs de la CEDEAO se double en effet  d’un devoir de mémoire vis-à-vis du père de la nation togolaise, feu le Président Gnassingbé Eyadéma qui aura consacré toute de sa vie à rassembler les hommes, comme l’a si bien souligné la notice biographique, au-delà des clivages politiques et bien au-delà des frontières de son pays, le Togo.
Par ma voix, le peuple togolais tout entier, tient donc à  vous exprimer sa profonde gratitude pour cet hommage posthume qui ravive en nous  le souvenir encore vivace des luttes et des combats qui ont jalonné sa vie et qui font qu’il appartient désormais, non pas  à une famille, à une communauté ou à un pays mais à la communauté des Hommes dans sa conception la plus large, la plus humaniste et la plus universelle.

Au moment où ils jetaient ensemble les bases de ce qui allait devenir la CEDEAO,  Feu le Président Eyadéma et Yakubu Gowon faisaient véritablement œuvre de pionniers. A l’époque, l’enthousiasme des indépendances nouvellement acquises rendait  la plupart des Etats jaloux de leur souveraineté dans le cadre étroit des frontières héritées de la colonisation. Dans un tel contexte, il fallait de l’audace et de la vision politique pour prêcher les vertus de l’intégration et donc l’abandon des pans entiers de la souveraineté pour se projeter dans des ensembles plus vastes et envisager la prospérité dans le partage avec les autres nations.
Mesdames et messieurs le Chefs d’Etat et de gouvernement,
La lutte pour l’intégration n’a jamais été un combat solitaire. L’épopée qui a conduit à la création de la CEDEAO est également l’histoire de l’amitié et de complicité entre des hommes illustres partageant un même idéal.
Aussi voudrais-je,  à mon tour, rendre un vibrant hommage aux artisans de la construction de la CEDEAO qui sont aujourd’hui parmi nous.
Mes premières pensées sont pour le Président Yakubu Gowon qui en son temps a tout donné pour sauvegarder l’unité de son pays avant de se lancer avec foi et conviction dans la construction de la CEDEAO.
Je voudrais également saluer le Pr. Adebayor Adédedji et M. Edem Kodjo qui se sont dépensés sans compter, pour accompagner  et donner corps à la vision des pères fondateurs de la CEDEAO.
Mais comme vous le savez tous, l’histoire de la CEDEAO ne s’est pas arrêtée avec les pères fondateurs. Au fil des décennies des défis nouveaux ont vu le jour : les changements climatiques, l’insécurité transfrontalière, le grand banditisme, la cybercriminalité; la liste est longue.
Au moment précis où nous  rendons un hommage unanime aux pères, une vive préoccupation traverse nos esprits. Qu’avons-nous fait du flambeau de l’intégration qu’ils nous ont transmis? Quelle vision avons-nous de l’avenir de la CEDEAO ?
Malgré les avancées, il reste beaucoup à faire et le chantier de l’intégration régionale reste plus que jamais ouvert.
 Puissions-nous face à tant de défis maintenir le cap de l’intégration au sein de notre sous-région, en nous inspirant des rêves de grandeur et de prospérité partagée des pères fondateurs de la CEDEAO.
Je vous remercie pour votre attention.

BIO SOUVENIR

Gnassingbé Eyadema, un homme d’exception
Homme d’exception au parcours peu commun, Feu le Président Eyadéma a vu le jour en 1935 à Pya dans le Nord du Togo. Il aura été toute sa vie, un rassembleur d’hommes, au Togo mais aussi au-delà des frontières de son pays.
Propulsé par le destin aux plus hautes fonctions de l’Etat, après sa démobilisation de l’Armée française où il a servi en qualité d’engagé volontaire, le Président Eyadéma met très tôt un point d’honneur à rassembler les Togolais autour du chantier de l’unité nationale afin de panser  les blessures des luttes fratricides qui ont émaillé les années de lutte pour l’indépendance. Cet attachement à l’union et à la paix entre les hommes restera un trait dominant de la longue carrière politique du Président Eyadéma.
Une fois les jalons de l’unité nationale posés au Togo, le Président Eyadema se tourne sans hésitation vers ses pairs de la sous-région pour partager avec eux sa vision d’une Afrique plus unie, plus solidaire et plus forte.
Cette vision est portée notamment par le projet de création de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest qui lui donne l’occasion de travailler très étroitement avec son frère et ami, le Président Yacoubou Gowon.
Cette collaboration enracine la foi des deux hommes d’Etat dans les vertus de l’intégration régionale. GNASSINGBE Eyadéma investit toute son énergie dans la concrétisation de ce projet porteur d’union et de solidarité entre les peuples d’Afrique de l’Ouest, au-delà des frontières artificielles héritées de la colonisation.
En 1975, la CEDEAO est ainsi portée sur les fonts baptismaux et le Président Eyadéma est heureux d’en être l’un des pères fondateurs et de pouvoir ainsi  léguer aux générations futures cet outil d’intégration qui fait aujourd’hui la fierté des peuples et des Etats d’Afrique de l’Ouest.  
Il en assumera d’ailleurs la présidence en exercice  respectivement en 1988 ; 1997-1998 et  1999.

Le président Gnassingbé Eyadema

Le Président Eyadema a marqué durablement ses contemporains pour son rôle de grand artisan de l’intégration régionale. Il n’aurait pas pu jouer ce rôle avec plénitude sans le climat de paix qu’il a su durablement préserver dans son propre pays, le Togo. Mais loin de la tentation du repli sur soi, le Président Eyadema a toujours considéré la paix comme un bien à partager.
Convaincu que le climat de paix est le premier atout pour une intégration réussie,  Feu le Président Eyadéma  a pris à maintes reprises son bâton de pèlerin, pour  semer les graines de la paix, de la concorde et de l’espoir sur le théâtre de nombreux conflits en Afrique et dans le monde.
Grâce à ses qualités exceptionnelles de médiateur, il a assuré la coordination de plusieurs missions de médiation sur l’ensemble du continent africain, notamment au Tchad, au Libéria, en Guinée Bissau, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire.
Profondément attaché à une diplomatie active au service de la paix, le Président Eyadéma  propose ainsi à ses pairs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), réunis en sommet, à Tunis, en 1994, la mise sur pied d’une force interafricaine de maintien de la paix.
Les efforts du Président Eyadéma pour la recherche permanente de solutions pacifiques et négociées aux conflits lui ont valu la reconnaissance de la communauté internationale qui, à juste titre, lui a décerné une trentaine de distinctions honorifiques, notamment le prix Simba Pour la Paix en 1980, le Grand Compagnon de la Paix en 1989, le Grand Prix Montana pour la Paix en 1998 et le Prix Mérite et Courage en faveur de la Paix en 2004.
Le Président Eyadéma a eu enfin eu le privilège d’accueillir à Lomé en juillet 2000, le sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de  l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) qui a adopté, l’Acte Constitutif de l’Union Africaine (UA). Ce fut l’une des satisfactions majeures de l’artisan de l’intégration régionale du grand dirigeant et du visionnaire que fut Eyadema.
Ultime hommage à l’artisan de la paix et de la concorde entre les hommes, le 15 janvier 2005, quelques jours avant sa disparition survenue le 05 février, deux trophées et la Croix du Commandeur dans le Monde sont décernés au Président Eyadéma.
Eyadéma aura consacré sa vie à promouvoir la paix et la concorde entre les peuples et à œuvrer à une prospérité partagée entre les nations du monde.

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