La Commission européenne ne regrette pas d'avoir renoué avec Lomé

19/09/2008
La Commission européenne ne regrette pas d'avoir renoué avec Lomé

La conférence des partenaires au développement du Togo s'est ouverte jeudi matin à Bruxelles dans les locaux de l'Union européenne. Inaugurant les travaux, Louis Michel, le Commissaire européen chargé du développent s'est déclaré « impressionné par la cohérence et l'ambition » du programme de relance économique des autorités togolaises.

Il s'est félicité du chemin parcouru vers l'établissement d'une démocratie pluraliste et s'est déclaré satisfait d'avoir décidé, dès 2004, de reprendre le dialogue avec le Togo. « La Commission avait visé juste en renouant avec ce pays, malgré certaines critiques à l'époque », a-t-il confié.M. Michel a salué la « vision d'ouverture » du président Faure Gnassingbé.

« Orphelin de l'aide » pendant plus d'une décennie, Louis Michel souhaite que le Togo devienne le modèle d'une relation nouvelle entre l'Afrique et les bailleurs de fonds. Il a appelé la communauté internationale à se mobiliser pour aider à la relance de l'économie, « pour faire du Togo un exemple pilote, une success story pour tous les pays en voie de développement ».

Dans son intervention, Louis Michel a rendu hommage à l'ancien Premier ministre, Komlan Mally, et au ministre de la Coopération, Gilbert Bawara, « les artisans de la reprise de la coopération ».

Répondant au Commissaire européen, le Premier ministre, Gilbert Fossoun Houngbo, a remercié la Commission européenne pour son soutien ainsi que le FMI, la Banque mondiale et les pays membres du Club de Paris. Il a en outre salué le président du Burkina Faso pour son action en faveur du retour de la paix au Togo.

De nombreux partenaires au développemnt sont présents à la conférence de Bruxelles dont la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Algérie, l'Espagne, l'Iran, la Libye, le Qatar, la Turquie, l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis ou la chine. Toutes les grandes organisations internationales assistent aux travaux : FMI, Banque mondiale, BID, BOAD, Cedeao, Fonds saoudien, Onudi, FIDA, PAM, BEI, notamment.

Pendant 48 heures, des présentations sectorielles se dérouleront animées par les différents ministres présents à la conférence.

En photo : jeudi matin à Bruxelles, le Premier ministre togolais, Gilbert Fossoun Houngbo, et le Commissaire européen au Développement, Louis Michel

Voici le discours de Louis Michel

Avant de commencer, permettez-moi de féliciter Son excellence M. Houngbo pour sa nomination récente au poste de Premier Ministre de la République Togolaise et pour le discours qu'il a prononcé devant à l'Assemblée Nationale il y a quelques jours. Le programme politique cohérent et ambitieux qu'il a présenté pourrait à lui seul fournir la trame de la réunion qui s'ouvre aujourd'hui.

Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, Messieurs les représentants des Partenaires au Développement du Togo, chers collègues, Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour la Commission européenne et pour moi-même d'accueillir aujourd'hui cette Conférence. Elle témoigne du chemin que le Togo a parcouru ces dernières années vers une démocratie pluraliste et vers sa pleine réintégration au sein de la communauté internationale.

D'où nous venons?

Le Togo vient de loin, de très loin. Et je suis particulièrement heureux de pouvoir affirmer que la Commission avait misé juste, quand en 2004 elle avait décidé de relancer le dialogue avec ce pays dans le cadre de l'Accord de Cotonou.

Une décennie d'isolement n'avait rien donné sinon reproduire le schéma obsolète d'une vision paternaliste et déséquilibrée des relations donateur/bénéficiaire.

C'est grâce aux 22 engagements souscrits en 2004 et à la détermination du Président Faure Gnassingbé, dont je salue le courage et le volontarisme, de mettre en Œuvre l'Accord Politique Global en coopération avec toutes les forces vives du pays que nous sommes ici aujourd'hui.

Je voudrais aussi remercier le Président Compaoré qui a Œuvré dans son rôle de facilitateur pour la réussite de ce processus.

Depuis lors, le niveau et la qualité du dialogue que nous avons entamé avec ce pays font du Togo un exemple de la relation nouvelle que nous voulons instaurer avec nos partenaires.

Un partenariat entre égaux en droits et en devoirs, un partenariat basé sur des valeurs partagées.

Un partenariat où les conditionnalités d'antan sont remplacées par les priorités d'un agenda commun et d'une politique de développement fondée sur les spécificités locales, où des institutions démocratiques doivent avoir des moyens financiers à la hauteur de leurs ambitions.

Le rendez-vous d'aujourd'hui est donc particulièrement important pour continuer sur la voie de cette nouvelle relation. C'est une occasion unique pour renforcer notre dialogue politique, serein et franc, sur nos priorités respectives, sur la façon et les moyens de les atteindre.

Comme je l'ai dit, le programme politique que le Premier Ministre a présenté il y a quelques jours nous éclaire sur la direction et les objectifs de réconciliation nationale et de gouvernance du pays. Nous ne pouvons que les partager, ils constitueront la base de cette nouvelle relation que nous voulons bâtir.

Les bases d'une nouvelle relation

Suite aux longues années de suspension de la coopération, le Togo est aujourd'hui un véritable orphelin de l'aide.

Un réengagement total de la communauté internationale est vital si nous voulons aider ce pays à relever les défis de la démocratie, du développement, de la gouvernance et de la mondialisation et à saisir les nombreuses opportunités économiques dont il dispose.

Je me félicite de ce que les institutions de Bretton Woods, les Agences des Nations Unies et la Banque africaine de développement, sans compter des donateurs bilatéraux importants comme la France, soient déjà, avec la Commission européenne, actifs au Togo.

L'accord intervenu le 12 juin dernier dans le cadre du Club de Paris est une étape importante dans le processus de désendettement du Togo et ouvre la voie vers l'atteinte du "point de décision" de l'initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE).

Mais ce n'est pas suffisant.

Aujourd'hui, l'arrivée de financements nouveaux et l'engagement de nouveaux partenaires sont plus que jamais nécessaires pour aider le Togo dans cette phase délicate de son Histoire.

Ce n'est qu'en combinant une masse critique financière significative et un soutien politique international que le pays retrouvera le chemin d'une croissance durable et saine.

Je suis sûr que nos amis togolais nous convaincront du bien fondé et de la pertinence de leurs choix stratégiques et des objectifs de développement tels qu'ils les ont consignés dans leur document intérimaire de stratégie de réduction de la pauvreté.

Mais au-delà des problèmes structurels, il ne faut pas oublier que les chocs exogènes récents comme la très forte hausse des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques ont fragilisé une économie en voie de stabilisation.

Ils ont touché des populations déjà vulnérables et appauvries qui attendent de voir dans leurs vies quotidiennes les dividendes de la démocratie. Je vous invite donc à être particulièrement attentifs aux actions rapides que le gouvernement a identifiées comme prioritaires dans 4 secteurs sur les 8 prévus dans le Programme Intérimaire d'Actions Prioritaires: les infrastructures, l'agriculture, la santé et l'éduction.

En tant que donateurs, nous devons nous efforcer de faire en sorte que l'aide accrue dont bénéficiera le Togo soit aussi efficace que possible et permette l'utilisation la plus rationnelle possible des ressources disponibles.

Une semaine après la conférence d'Accra, je ne peux qu'insister auprès de vous tous pour faire du Togo un cas d'école dans l'application de la division du travail entre donateurs.

Ceci m'amène aussi à plaider pour qu'on limite autant que possible les contraintes associées à la gestion de notre aide. Dans la mesure du possible, je souhaite que l'on mette en Œuvre un appui budgétaire général ou sectoriel.

J'encourage vivement d'autres partenaires à se joindre à la Commission dans l'utilisation de cet instrument puissant en vue d'en optimiser l'efficacité.

Ce n'est qu'à travers l'aide budgétaire que notre relation peut faire un saut qualitatif important.

Il s'agira aussi d'un important signal de confiance dans la capacité du Togo à mettre lui-même en Œuvre sa politique, avec ses propres procédures et ses priorités budgétaires.

Le Togo et la Commission

Avant de conclure, je voudrais ajouter quelques mots sur les relations entre la Commission et le Togo.

Nous avons repris notre coopération avec la signature au printemps dernier du document de stratégie pays et du programme indicatif national pour le Togo au titre du 10ème Fonds européen de développement.

Ces documents fixent les priorités sur lesquelles se concentrera notre soutien, priorités qui ont été fixées d'un commun accord entre les autorités du Togo et la Commission.

Au titre du 10ième FED le Togo bénéficiera d'une allocation de base de 95,5 M€, auxquels s'ajoute une tranche incitative pour le programme de gouvernance de 25% pour un total de 123 M€ pour la période 2008-2013.

La définition de cette tranche incitative est l'aboutissement d'un dialogue autour du thème central de la gouvernance dans sa définition la plus ample et globale.

Il s'agit de la capacité d'un Etat à remplir ses fonctions régaliennes en s'acquittant efficacement de ses responsabilités politiques, économiques et sociales et, in fine, à offrir à ses citoyens des conditions de vie adéquates et des opportunités de se réaliser pleinement.

Ainsi la gouvernance, parce qu'elle suppose des mécanismes impartiaux imposant le respect des mêmes règles du jeu, conditionne-t-elle, dans une large mesure, la capacité de l'Etat à promouvoir le développement économique, à offrir des services de qualité à ses citoyens et à s'attaquer durablement à la pauvreté, autant d'éléments cruciaux pour le succès de la stratégie de réduction de la pauvreté.

Dans ce domaine, le Togo a déjà accompli des progrès remarquables au cours des dernières années.

Le programme d'assainissement des finances publiques ainsi que la mise en place d'un environnement porteur pour le développement économique et le secteur privé sont autant d'exemples qui nous encouragent à le soutenir davantage.

La Commission entend donc continuer à soutenir le Togo dans des domaines comme la justice, le secteur de la sécurité, l'amélioration des processus électoraux, le soutien à des institutions comme le Parlement ou la création d'une Cour des Comptes.

Enfin, si nous voulons promouvoir et accélérer la croissance économique, nous disposons aussi d'un instrument puissant de gouvernance économique et d'attraction des investissements qui est l'accord de partenariat économique que nous négocions avec la CEDEAO.

Le Togo a un intérêt majeur à s'inscrire dans ce cadre régional afin de traiter efficacement les nombreuses questions liées à la dimension transfrontalière telles que le commerce, les trafics illégaux, la migration ou la sécurité.

Plus encore peut-être que d'autres pays de la sous-région, le Togo ne pourra pleinement réaliser son potentiel humain et économique que dans le cadre d'une intégration régionale accrue.

C'est donc avec grande satisfaction que je note l'engagement du Togo à poursuivre et à soutenir les négociations de l'APE pour la région de l'Afrique occidentale.

Conclusions

Les défis ne manquent pas, mais le travail accompli ces dernières années par les autorités togolaises a largement convaincu de la capacité du pays à les relever avec succès.

C'est bien sûr avant tout aux Togolais qu'il appartient de s'y attaquer.

A cet égard, j'ai été impressionné par les efforts accomplis par les autorités pour associer les forces vives du pays, qu'il s'agisse de mouvements politiques ou de la société civile, à la formulation de la stratégie intérimaire de lutte contre la pauvreté et à la préparation de cette conférence.

La communauté internationale a une responsabilité importante pour que ces efforts se consolident et je souhaite que cette conférence y contribue de façon concrète.

J'invite les pays et les organisations qui participent à cette conférence et qui ne sont pas encore engagés au Togo à appuyer les efforts de développement et de réformes de ce pays pour en faire un exemple ou une succes story pour tous les pays en voie de développement.

Je souhaite plein succès à cette conférence et j'espère qu'elle permettra de donner un coup d'accélérateur aux efforts de développement du Togo et à sa pleine réintégration au sein de la communauté internationale.

 

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