Sebregondi : « Le sentiment du devoir accompli »

04/03/2009
Sebregondi : « Le sentiment du devoir accompli »

Filiberto Ceriani Sebregondi, l'ambassadeur-chef de Délégation de la Commission européenne au Togo a fait mercredi ses adieux au chef de l'Etat. Il a ensuite tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a indiqué qu'il quittait le pays « avec un sentiment de mission accompli". Il a rappelé le chemin parcouru par le Togo depuis son arrivée en 2005 :  poursuite du dialogue avec l'UE dans le cadre des 22 engagements, dialogue politique qui a abouti à l'APG, formation du gouvernement d'union nationale, organisation des élections législatives dans des conditions satisfaisantes de transparence et de paix sociale, reprise graduelle de la coopération entre l'UE et le Togo ainsi qu'avec d'autres partenaires bilatéraux et multilatéraux, etc…

"Je félicite la classe politique togolaise dans son ensemble qui a su transcender ses divergences pour atteindre ces résultats encourageants" a indiqué M. Sebregondi.Pour le diplomate, il reste au pays à relever des défis majeurs dont l'organisation des élections présidentielles de 2010 et la mise en place de stratégies pour faire face à la crise financière internationale.  

"J'espère que mes frères du Togo réussiront le pari de ces élections pour consolider les acquis démocratiques déjà enregistrés" a poursuivi l'ambassadeur qui a cependant regretté le fait que la politique togolaise soit focalisée sur les acrimonies du passé.

Mardi, M. Sebregondi avait reçu en sa résidence de Lomé pour une réception, le Premier ministre, les membres du gouvernement et le corps diplomatique. Il avait prononcé un discours rappelant les grands axes de l'action menée par l'Union européenne au Togo.

Voici le discours prononcé mardi par Filiberto Ceriani Sebregondi

Le Togo est un petit pays confronté à de nombreux problèmes et challenges mais qui détient une richesse; sa population, généreuse, attachante et accueillante qui quand vous l'avez côtoyée, il est difficile, voire impossible, de s'en détacher. Voilà la situation où vous togolais et togolaises, vous m'avez embarquée et dans laquelle je me trouve après trois ans et demi de service loyal et passionné en tant que Ambassadeur et Chef de la Délégation de la Commission Européenne.  Quitter le Togo à la fin de mon mandat n'est pas chose facile, même si je savais parfaitement bien que ce moment devait arriver au cours de cette année.

M. le Premier Ministre, Excellences, chers amis,

J'ai sans aucun doute eu la chance d'avoir à accompagner le Togo pendant la phase cruciale du renouement progressif et puis définitif de ses relations avec l'Union Européenne. Cette chance n'a pas été celle de mes prédécesseurs, ni probablement celle du Chef de Délégation de plein titre, résident à Lomé cette fois ci, qui me succèdera au cours de l'année 2009. Au cours de mon mandat on est passé de la suspension de la coopération - et même de la suspension des consultations au titre de l'art. 96 de Cotonou à cause des événements dramatiques d'avril 2005 - à la reprise du dialogue sur les 22 engagements, puis à la reprise partielle de la coopération et, enfin, à la reprise pleine et entière des relations avec l'Union Européenne, marquée non seulement par le retour d'une coopération au développement de grande envergure mais également par le renouement du Togo avec la communauté internationale et le rétablissement à Lomé d'une Délégation de la Commission Européenne de plein exercice.

M. le Premier Ministre,

Je suis évidemment profondément satisfait d'avoir parcouru aux côtés des togolais un chemin parsemé de progrès et de succès en un temps aussi court. Aucun Ambassadeur ne pourrait espérer mieux à la fin de son mandat. Mais ma plus grande satisfaction a été en réalité celle d'avoir pu être un témoin privilégié de la période cruciale du retour au dialogue entre les frères togolais qui s'étaient tant divisés et affrontés par le passé. Lors de l'observation du dialogue inter-togolais d'avril à juillet 2006, moi et les collègues avec qui je me suis relayé pour assurer une présence quotidienne aux assises, nous avons pu observer la décrispation graduelle des déclarations rhétoriques des partis et l'installation progressive d'un esprit constructif et ouvert au dialogue. Plus encore, lors des séances d'août 2006 à Ouagadougou qui allaient aboutir à l'Accord Politique Global, j'ai vu à l'Œuvre la future classe politique togolaise, ainsi que je l'ai appelée quand les négociateurs -tous partis confondus- étaient amicalement installés sur les canapés de l'hôtel Sofitel en train de réfléchir aux concessions qu'ils pouvaient mutuellement encore consentir. C'est cet esprit là, tellement bénéfique pour l'apaisement et le développement du Togo, que je garderai toujours dans mon cŒur comme le plus beau cadeau que ce pays c'est fait à lui même et que j'ai eu la chance d'accompagner.

M. le Premier Ministre,

En cette même année, le 9 mai 2006 -jour de la fête de l'Europe- devant un parterre de Ministres et d'hommes politiques pas moins impressionnant que celui d'aujourd'hui, j'avais fortement prôné le dialogue et les concessions mutuelles comme le seul moyen pour votre pays de progresser, en soulignant que l'enjeu –le bien être des populations- en valait bien le coût. Les étapes suivantes: l'accord de Ouagadougou, la formation du gouvernement d'union nationale, la préparation consensuelle des élections législatives et leur tenue dans des conditions satisfaisantes de transparence et de paix civile, ont été autant d'acquis qui font honneur à ceux qui les ont promues et rendues possibles. Je crois qu'il est de mon devoir de saluer le courage politique de cette génération de dirigeants togolais qui, à partir du Président de la République Faure Gnassingbé, en passant par ses Ministres négociateurs, les leaders de l'opposition des grands partis comme des plus modestes, ont fait fi de leurs acrimonies du passé et ont su construire le futur de leur maison commune qu'est le Togo. La facilitation du Président du Burkina Faso son Excellence Blaise Compaoré a certes été un facteur fondamental de réussite de cette entente nationale, la présence d'observateurs comme la mienne et celle de M. Mäi Manga représentant de la CEDEAO, ont peut-être aidé au dénouement du puzzle politique, mais tout ceci n'aurait pas pu voir le jour sans la ténacité et la volonté directe et, je dirais, la qualité morale des protagonistes togolais. Encore une fois, je vous rends honneur pour ce que vous avez été capables de faire.

M. le Premier Ministres, Excellences, chers amis,

Sur quelques points je peux dire, non sans orgueil, que l'apport de l'Union Européenne, et de la Commission européenne que moi et mes collègues représentons, a été fondamental: tout d'abord les ainsi nommés "22 engagements" ont cristallisé 3 ans durant la direction de l'agenda de la renaissance du Togo; peu de fois un document issu d'obscures et frénétiques négociations a eu autant de pertinence et reçu l'aval des tous au plan national et international. Ensuite, l'appui financier et technique que l'Union Européenne a apporté aux premières élections législatives démocratiques du Togo, celles d'octobre 2007; nous sommes convaincus que cet apport, ensemble avec l'observation électorale proprement dite, a été un facteur fondamental de réussite de ce tournant politique capital. Enfin, le retour d'une coopération au développement de taille et de qualité qui 9ème FED, 10éme FED et Stabex confondus a apporté au Togo un portefeuille de projets et d'appuis allant au-delà de 200 millions d'Euros (130 milliards de francs CFA); la locomotive de l'aide européenne, vous le savez tous bien, a entrainé le retour massif de l'aide internationale, comme nous avons pu en être le témoin à la Conférence internationale que la Commission européenne a accueillie en ses locaux en septembre 2008. Je veux ici également rendre hommage au courage politique de l'ex-Président de la Commission européenne M. Romano Prodi et du Commissaire au Développement M. Louis Michel, pour la réussite de ce chef d'Œuvre de relations internationales qu'a été celui des relations entre le Togo et l'UE de 2004 à aujourd'hui. Je rends également hommage à tous les fonctionnaires et agents de la Commission européenne qui à tous les échelons de la hiérarchie, ont travaillé avec acharnement et dévouement au cours de ces années, tant à Bruxelles qu'à Lomé ou à Accra pour aider la réconciliation et la renaissance du Togo.

M. le Premier Ministre

Si je dois être sincère, je termine ma mission avec un sentiment de "Mission accomplie".  Aurais-je tort d'afficher un tel sentiment ? Certains diront que les prochaines élections présidentielles doivent encore avoir lieu et qu'elles représentent le vrai "test" démocratique du Togo, car jamais ce type d'élection ne s'est déroulé dans un climat de confiance. J'en suis conscient car l'on voit déjà les tensions monter mais heureusement, les tractations et le dialogue politique se réinstaller entre les divers courants de la vie politique. Mais après les élections présidentielles, quelqu'un pourrait encore dire que tant qu'il n'y pas eu d'alternance politique –si c'était le cas-, le Togo n'aurait pas encore véritablement atteint le niveau d'une démocratie accomplie. Et ainsi de suite, d'étape en étape.

La vérité est que la démocratie elle-même est un processus permanent d'apprentissage. Toutes les nations démocratiques du monde y sont engagées et l'histoire de chaque pays connaît un chemin complexe, fait de pas en avant et de retours en arrière, d'accélérations et de reculs. L'important est de rester fidèle aux principes fondamentaux de la démocratie, de l'état de droit et du respect des droits de l'homme, qui sont d'ailleurs les éléments essentiels du partenariat que nos autorités respectives ont signé à Cotonou en 2000 et qui nous lient encore pour les prochaines onze années.

L'histoire n'est donc pas accomplie, pas plus celle du Togo, que celle du reste du monde mais je peux légitimement prétendre que ma mission au Togo, elle, elle est bien accomplie.

Excellences, dirigeants de la classe politique togolaise,

Je ne peux donc conclure mon discours de départ qu'avec un autre appel du fond du cŒur pour que la voie du dialogue et de l'entente pacifique prévale encore et toujours pour construire le futur et le bien être du Togo. A travers le dialogue, la compréhension mutuelle et le compromis, vous pouvez, j'en suis sur car vous nous l'avez démontré, trouver encore l'harmonie nationale et Œuvrer pour que la victoire des uns soit possible pour toutes les parties et pour que la défaite des autres ne signifie pas leur écartement de la vie politique et à fortiori de leur place d'honneur dans l'enceinte de la société politique et civile.  Le dialogue et des ententes pragmatiques permettent de régler les problèmes d'aujourd'hui et de poser les bases pour les avancées de demain.

Le Togo a trop besoin de paix sociale pour affronter le défi de la crise économique et financière et pour sortir de la pauvreté ses fils et filles, pour se permettre de plonger à nouveau dans une saison de divisions partisanes et d'incompréhensions. Vous avez la responsabilité d'écouter pas uniquement les aspirations des partenaires internationaux mais plus certainement encore la voix, trop souvent désespérée, des togolais et togolaises, qui vous demandent de régler vos différends passé et présents et de mettre la main à la pâte pour la reconstruction nationale. Il faut refaire du Togo la "suisse" de l'Afrique de l'Ouest, un havre de paix et de justice sociale où il fait bon vivre ensemble

M. le Premier Ministre, mesdames et messieurs, chers amis,

Soyez rassurés, j'ai terminé la partie disons engagée de mon discours et veuillez me pardonner si j'ai peut-être été trop moralisateur ou rhétorique mais il fallait que cela soit dit, surtout lorsqu'il s'agit d'amis.

Mais, je veux aussi vous dire que mon expérience au Togo n'a pas été seulement professionnelle ou diplomatique. Au Togo j'ai trouvé de vrais amis et je sais que je porterai toujours en moi votre amitié et que nous resterons solidaires en toutes circonstances.

Excellence Monsieur le Premier Ministre, pourriez-vous en mon nom, exprimer ma gratitude et ma reconnaissance au Président de la République qui m'a souvent accordé son attention et traité avec des honneurs que j'estimais que je ne méritais pas. Je vous en remercie.

Je veux ensuite rendre hommage à mon ami et petit frère – sa taille n'est pas en cause mais il est mon cadet- le Ministre Gilbert Bawara qui, avec sa sagacité d'homme politique, ses compétences professionnelles acquises au long d'une brillante carrière internationale, son talent de communicateur et ses qualités humaines a été pour moi un partenaire indispensable sans lequel ma propre réussite n'aurait pu être aussi complète et fructueuse. Nous sommes aussi devenus et resterons des grands amis.

Bien d'autres hommes et femmes de l'administration togolaise,  des partis politiques et du corps diplomatique sont aussi devenus mes amis et je ne manquerai pas de le leur démontrer, aujourd'hui et dans le futur. Cependant, je leur ferai tort si je voulais essayer de les nommer tous. Je dis, donc, au revoir au Togo en sachant que je peux compter sur une multitude de vrais amis.

Je voudrais remercier les autorités togolaise pour l'accueil et la collaboration exemplaire qu'ils m'ont toujours accordés, des gardes frontière d'Aflao jusqu'aux plus hauts fonctionnaires de l'Etat.

Last but not least, M. le Premier Ministre je vous remercie sincèrement pour votre accueil chaleureux et la collaboration efficace qui s'est rapidement instaurée entre nous  lors de la Conférence de Bruxelles. Veuillez également étendre mes remerciements sincères aux autres Ministres de votre Gouvernement pour leur disponibilité et engagement.

Enfin, je veux rendre hommage et remercier tous mes collègues de la Délégation de la Commission européenne à Lomé, ainsi que mes autres collaborateurs d'Accra, pour l'excellente collaboration que nous avons entretenue au cours de ces années. Sans leur travail et leur engagement quotidien – nuits et weekends y sont passés sans compter - rien de ce que nous avons achevé n'eût été possible. Mes remerciements vont en particulier au Chargé d'Affaires M. Melo de Sampaio, au Chef de la Coopération, M. Samzun, à Gilles Desesquelles, à Antonio Logreco et à bien d'autres collègues présents et passés qui ont vécu avec passion et détermination ce pan de vie commune, dans la tranchée, avec un véritable esprit de camaraderie.

Ma gratitude va aussi à ma famille qui a patiemment supporté mes fréquents déplacements à Lomé ou à Ouagadougou. Même mon épouse Flavia, ici présente à mes côtés et mes enfants Elena et Giorgio ont pu parfois jouir de la touchante hospitalité togolaise et ils partent eux aussi, je vous l'assure, avec un grand attachement pour votre terre.

M. le Premier Ministre, Excellences, chers amis,

Je vous prie de me pardonner si j'ai été long, mais  la force des idées et des sentiments que m'a apportés ma mission au Togo ne pouvait pas être réduite en un simple discours de départ. Je vous dis au revoir et espère rester à vos cotés dans mes nouvelle fonctions au siège de la Commission européenne.

Je vous remercie de votre attention

 

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