Pas de renaissance de la pensée africaine

18/11/2009
Pas de renaissance de la pensée africaine

La Fondation allemande Konrad Adenauer, en partenariat avec l'Université papale grégorienne et le Centre européen de recherche stratégique, organise jeudi à Rome un séminaire consacré aux relations entre l'Afrique et l'Europe. Robert Dussey (photo), le conseiller diplomatique du président du Togo, prendra la parole dans la journée sur le thème de la nouvelle société africaine des cultures.

Robert Dussey s'interroge. Quelle est la politique culturelle du continent ? Pourquoi l'Afrique n'arrive t'elle pas à s'affirmer culturellement ? Et dresse un constat : la période post-coloniale n'a pas été forcément porteuse d'un réel discours de renaissance de la pensée.Voici le discours que prononcera Robert Dussey jeudi à Rome

Introduction

C'est avec un immense plaisir que je vous présente cette réflexion.  Ma joie est profonde parce que le monde entier vient de célébrer        le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Pendant 40 ans,    le monde se réclamait d'un bloc ou d'un autre. L'Afrique était-elle aussi victime de cette division artificielle du monde occidental. De la vision de l'Afrique en général, c'est particulièrement la culture africaine qui en a souffert.

Quelle est la politique culturelle du continent ? Pourquoi l'Afrique n'arrive t'elle pas à s'affirmer culturellement ?

 

Plaider pour une nouvelle société africaine des cultures consiste à faire une évolution des différentes aires culturelles régionales et nationales.

S'agissant de la pensée et de la formation théorique, force est de reconnaître que, depuis la période pré-coloniale caractérisée par le refus et l'émergence des formations politiques et syndicales, la période post-coloniale n'a pas été forcément porteuse d'un réel discours de renaissance de la pensée.

Le leg  historique

Depuis les indépendances, les courants de pensées se sont multipliés et distillés sous l'ombre de l'occident et du fameux camp socialiste. Ainsi, de nombreux théoriciens africains étaient véritablement les relais des deux blocs de l'ouest et de l'est. Les capitalistes et les socialistes se partagent le champ idéologique. Certains qui se réclamaient nationalistes forgèrent leurs discours en référence aux traditions et aux valeurs culturelles et religieuses. Malheureusement, après les indépendances, un vide théorique et idéologique s'est imposé faute de construction et de productions théoriques et idéologiques autonomes. Les intellectuels furent divisés entre Marxiste, … etc. C'est dans cette ambiance de diversions théoriques et de dérives idéologiques que les mouvements politiques et syndicaux en Afrique se sont battus.

Au niveau de la pensée, à l'échelle mondiale, le néopositivisme et le positivisme se sont cristallisés. Au plan philosophique, la crise de la vérité aura un effet négatif sur la production de la connaissance et de l'élaboration du discours, ainsi la crise de l'épistémologie devenait une donnée nouvelle.

Cinquante  ans  après  les  indépendances

Le constat est le suivant :

•    Crise culturelle des sociétés africaines,

•    Une nouvelle épistémologie historique,

•    Une relecture de l'histoire,

•    Une critique culturelle,

•    Elaboration de nouveaux parodigmes et d'un champ conceptuel,

•    Définition et élaboration d'une nouvelle pensée africaine,

•    Définir le nouveau type culturel, l'ordre "osirien" comme matrice de la centralité de la culture.

Nous avons l'impression que la pensée est restée dans les limites de l'ethnicisme critique. Léopold Sédar Senghor est demeuré le penseur ayant le mérite d'avoir élaboré et pensé la méthodologie de la négritude et du socialisme démocratique en Afrique. Wolé Soyinka, s'est distingué positivement comme étant un littéraire critique. Sauf à mon sens le "conscientisme" de Nkrumah, qui représentait une approche originale philosophique à valeur expérimentale.

Ainsi, il apparaît que la plupart des recherches fondées sur des sources de la pensée africaine, n'auront qu'un caractère de faire valoir ou pour se prévaloir. Certains auteurs ont affiché une attitude totale de méconnaissance de l'histoire, de la sociologie, disons une ignorance impardonnable de l'histoire culturelle et sociale des aires culturelles africaines.

Aujourd'hui, la position semble moins évoluer car la crise de la vérité corrélative à la crise de l'épistémologie, n'a pas été étudiée par la plupart des philosophes africains de manière à contribuer à la résoudre. Or il s'agit en fait de la recherche de la vérité scientifique et donc de penser l'impensé. Il faut dire que cet impensé est hélas enfoui, faute de courage et de volonté de créer ce courant d'intellectuels de métiers au dire de Théophile Obenga. Ce courant doit se constituer avec des artisans, de la révolution intellectuelle, se fondant sur l'histoire, la société, les hommes, les traditions, les valeurs, les symboles, les mythes etc.

 

Conclusion

Pour conclure, il convient de prendre en compte l'horizon historique de l'Afrique. Cette démarche renvoie à une exigence qui est celle de la recherche constante et rigoureuse.

Ainsi, la nouvelle politique culturelle africaine doit être : penser par soi-même, pour soi, l'aptitude de se forger un statut autonome, dans la connaissance et dans le savoir. La mise en ordre exige la révision systématique de tous les registres. Les Universités africaines doivent contribuer à l'élaboration d'une pensée et d'une pratique scientifique. Le moment est venu d'inviter à l'action et de susciter la réflexion. Créer des courants de pensée, régénérer l'homme africain, le rendre apte à corriger l'histoire et façonner son devenir, répondre aux défis, assumer son propre développement dans la paix par l'acquisition et la maîtrise du savoir scientifique, technique et technologique.

Le plaidoyer renvoie enfin à une veille intellectuelle, et une révolution intellectuelle, pour un réveil de conscience, en vue d'une véritable renaissance des Etats et Peuples Africains. Il faut enfin penser à la renaissance d'une nouvelle société africaine des cultures capables de redessiner le destin de l'Afrique.

Version anglaise

Introduction

I am immensely pleased to submit the following thought to you. I am deeply happy because the whole world has just celebrated the 20th anniversary of the fall of the Berlin Wall. During 40 years, the world was claiming to belong to one block or another. Africa was also victim of this artificial division of the western world. From the vision of Africa in general, African culture has particularly suffered from it.

What is the cultural policy of the continent? Why Africa cannot assert itself culturally?

 

To plead for a new African society of cultures consists in making an evolution of the different regional and national cultural aeries.

As for the thought and the theoretical grouping, we have to recognize that, since pre-colonial period characterized by the refusal and the emergence of political groups trade unions, the post colonial period was not necessarily marked by a real speech of revival of thought.

The historical legacy

Since the periods of independence, the currents of thoughts increased and distilled under the shade of Occident and the famous socialist faction. So, many African theoreticians were really the intermediaries of both Western and Eastern blocks. Capitalists and Socialists share the ideological field. Some people who assert themselves as nationalists forged their speeches referring to traditions and cultural and religious values. Unfortunately, after the independence, a theoretical and ideological gap was obvious because of the lack of building and autonomous theoretical and ideological productions. The intellectuals were divided between Marxist,… etc. It is in this ambience of theoretical diversions and ideological drifts that the political and union movements fought in Africa.

At the level of the thought, on a worldwide scale, neo-positivism and positivism crystallized. At the philosophical level, the crisis of the truth will have an adverse effect on the production of knowledge and elaboration of speech, so the crisis of epistemology became new data.

Fifty years after independence

The report is as follows:

cultural Crisis of the African societies,

A new historical epistemology,

A re-reading of history,

A cultural criticism,

Development of new parodigms and a conceptual field,

Definition and development of a new African thought,

Define new cultural type, "osirian" order as matrix of the centrality of culture.

We have the feeling that thought remained within the limits of the critical ethnicism. Leopold Sédar Senghor remained the thinker having worked out and thought of the methodology of negritude and democratic socialism in Africa. Wolé Soyinka, distinguished himself positively as being a literary critical. Except to my mind, the "Conscientism" of Nkrumah, who represented a philosophical original approach with experimental value.

So, it appears that most researches based on sources of African thought, will have only a character to emphasize or to take advantage. Some authors showed a complete attitude of ignorance of history, sociology, let us say, an unpardonable ignorance of the cultural and social history of African cultural aeries.

Today, the position seems to evolve less because most Africans philosophers have not studied the crisis of truth the in connection with the crisis of epistemology, so as to contribute to solve it. Yet, it is in fact about the research of the scientific truth and therefore to think about the unthought. It is necessary to say that this unthought unfortunately buried, because of the lack of courage and willingness to create this current of professional intellectuals according to Theophile Obenga. This current must be formed with craftsmen, of the intellectual revolution, being based on history, society, men, traditions, values, symbols, myths etc.

 

Conclusion

To conclude, it is necessary to take into account the historical scene of Africa. This procedure refers to a requirement which is that of strict and constant research.

So, the new African cultural policy must be: to think by oneself, for oneself, the ability to create an autonomous status, in consciousness and in knowledge. The setting in order requires the systematic review of all registers. African Universities have to contribute to the development of a thought and a scientific practice. The time has come to invite for action and incite to think. To create currents of thought, to regenerate the African man, to make him capable to adjust history and to shape his future, to meet challenges, to take over his own development in peace through the acquisition and the control of scientific, technical and technological knowledge.

The advocacy finally refers to an intellectual wakefulness and an intellectual revolution, for a wake of consciousness, with the view of a true revival of States and People of Africa. It is finally necessary to think of the revival of a new African society of cultures capable of re-showing the destiny of Africa.

                        

 

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