Fabius : ne pas subir le prix de l'inaction

25/11/2013
Fabius : ne pas subir le prix de l'inaction

‘J’ai prié le président François Hollande de se faire l’avocat de la Centrafrique, de se faire l’avocat de l’Afrique, de façon à ce que ce pays ne tombe pas dans l’oubli. J’ai dit qu’à mon avis, si la France ne prend pas le leadership, ne mobilise pas la communauté internationale, nous risquons d’avoir un sanctuaire pour les terroristes en RCA. Et cela nous ne pouvons pas l’accepter’. Voici ce que déclarait le président du Togo, Faure Gnassingbé, lors d’une rencontre le 15 novembre dernier à Paris avec son homologue français.

En écho, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius (photo), publie lundi une tribune consacrée à la situation dans ce pays d’Afrique centrale.

La France, l’Afrique doivent intervenir. ‘Nous ne voulons pas, demain, payer et subir le prix, beaucoup plus lourd, de l’inaction’, écrit M. Fabius.

Voici la tribune du ministre français des Affaires étrangères

Au cours de sa jeune histoire, la République centrafricaine a connu déjà bien des heures sombres. Le pays affronte aujourd’hui sa pire crise. Dans cet État effondré, des pans entiers du territoire sont livrés à la violence de bandes armées. Pillages, recrutement d’enfants- soldats, villages brûlés, viols, exécutions sommaires : les populations civiles paient le prix fort. Déjà un habitant sur dix a dû fuir son foyer. La mortalité infantile, très élevée, s’aggrave encore. L’impact de l’instabilité sur l’agriculture vivrière annonce une possible crise alimentaire. Le système sanitaire est délabré avec, localement, l’amorce d’épidémies et seulement sept chirurgiens pour cinq millions d’habitants. Le climat de peur se double de la menace imminente d’une catastrophe humanitaire.

Dans ce territoire potentiellement riche et terriblement pauvre, où existait traditionnellement une certaine harmonie entre groupes et croyants des diverses confessions, voilà que des tensions intercommunautaires et interreligieuses se développent. L’hostilité entre chrétiens et musulmans est déjà à l’origine de nombreux morts. La spirale de haine opposant les habitants entre eux menace : il faut à tout prix l’éviter.

S’ajoute à ce tableau dramatique le risque de déstabilisation de toute la région. La République « centrafricaine » ne s’appelle pas ainsi par hasard : elle est au carrefour notamment de la zone des Grands Lacs, des deux Soudans, du Cameroun, du Tchad, du Congo. L’ensemble du continent aurait à perdre si elle devenait le sanctuaire de groupes armés criminels ou terroristes. L’expérience nous apprend combien il est dangereux de laisser ainsi se développer des « zones grises », refuges de trafics et de groupes terroristes venus d’autres pays africains ou d’autres régions du monde.

La gravité de cette situation a été soulignée dès septembre par le président français devant l’Organisation des Nations unies. Les pays du centre de l’Afrique, l’Union africaine sont alertés et mobilisés. Ni l’indifférence, ni l’inaction ne sont des options. Que faire ?

D’abord susciter l’engagement des Centrafricains eux-mêmes. Les autorités locales, même transitoires, portent la responsabilité d’assurer l’ordre public, de protéger les populations civiles et de lutter contre l’impunité. Elles doivent remplir leurs engagements : conduire la transition politique, organiser des élections au plus tard début 2015 comme le prévoient les accords internationaux. De leur côté, les acteurs de la société civile centrafricaine, notamment les religieux, doivent continuer de se mobiliser en faveur de la paix civile. Ils ont besoin d’être soutenus, ainsi que nous l’avons souligné avec la commissaire européenne aux Affaires humanitaires, Kristalina Georgieva, à l’occasion de notre récent déplacement conjoint à Bangui.

Un engagement fort de la communauté internationale est impératif. Il passe par un soutien humanitaire immédiat. L’Union européenne et les Nations unies s’y emploient. La France, à elle seule, consacre plusieurs millions d’euros à des actions humanitaires dans les domaines de l’alimentation et de la santé. Ces efforts doivent accompagner l’action des organisations non gouvernementales, notamment centrafricaines, qui œuvrent avec courage en faveur des plus éprouvés.

Mais l’amélioration de la situation humanitaire est évidemment inséparable du rétablissement prioritaire et urgent de la sécurité. Tous les acteurs, politiques comme humanitaires, partagent ce constat. L’Afrique est en première ligne et elle a commencé à intervenir. D’abord, les pays voisins et toute la région : en juillet, l’Union africaine a décidé de déployer une force africaine, la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca), que la France soutient et soutiendra. La communauté internationale doit accompagner la montée en puissance de cette force, dans tous les domaines, y compris en assurant son financement. La résolution 2121 du Conseil de sécurité adoptée à l’unanimité le 10 octobre constitue une première étape. Cette dynamique doit être amplifiée par un engagement collectif fort, à New York, à Bruxelles et à Addis-Abeba, de la part de tous les partenaires qui ont à cœur le sort de ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants. Le secrétaire général des Nations unies vient de faire rapport au Conseil de sécurité sur les choix à faire. Une nouvelle résolution de l’Organisation des Nations unies est imminente, tournée vers l’action.

La France, avec l’Union africaine, a fait de la mobilisation internationale en faveur de la République centrafricaine une priorité. Il s’agit, tout en évitant les erreurs du passé, de prévenir une situation dramatique et d’accompagner les Centrafricains et leurs partenaires africains dans leurs efforts pour la République centrafricaine. Nous ne voulons pas, demain, payer et subir le prix, beaucoup plus lourd, de l’inaction. La France sera au rendez-vous. Dans le respect du droit et avec ses partenaires, notamment européens, elle agira afin que, un an après le déclenchement de la rébellion, la République centrafricaine puisse reprendre espoir.

Laurent Fabius

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