Fin de la « chasse-gardée »

06/12/2007
Fin de la « chasse-gardée »

Le président du Togo, Faure Gnassingbé, devrait participer à partir de samedi au 2e sommet UE-Afrique de Lisbonne qui doit définir de nouvelles relations politiques et économiques avec le continent.

Un demi-siècle après la décolonisation, les Européens affichent leur volonté de bâtir un partenariat d'égal à égal avec les Africains, dans l'espoir de contrecarrer l'influence croissante de la Chine sur un continent en pleine expansion.L'Europe, habituée à une "vision caritative moralisante" de l'Afrique, doit comprendre que le continent "n'est pas" et ne sera jamais plus sa "chasse-gardée", souligne le commissaire européen au Développement Louis Michel.

L'Afrique, avec son milliard d'habitants et ses immenses ressources naturelles, est désormais "courtisée par toutes les puissances de la planète, Etats-Unis et Chine en tête", insiste-t-il.

L'Union européenne, premier partenaire commercial de l'Afrique, craint surtout d'être rattrapée par la Chine. Le troisième partenaire économique des Africains a ces dernières années multiplié son aide, ses investissements et son influence sur le continent, consacrés par le 1er sommet Chine-Afrique de novembre 2006.

Et les Africains préfèrent souvent l'"argent facile" chinois - accordé sous forme de prêts et sans condition - aux 36 milliards annuels de dons européens partiellement conditionnés au respect des droits de l'Homme ou à la bonne gouvernance. L'UE avait donc "désespérément besoin de ce sommet", explique une source européenne.

La polémique autour de la participation du président zimbabwéen Robert Mugabe, qui avait provoqué l'annulation du précédent sommet en 2003, n'empêchera donc pas cette fois les Européens de recevoir les 48 chefs d'Etat et de gouvernement africains dont la venue est déjà confirmée.

La présidence portugaise de l'UE, qui avait organisé le premier sommet UE-Afrique au Caire en 2000, n'a pas cédé aux menaces de boycott du Premier ministre britannique Gordon Brown, qui refuse de voir Mugabe, en principe interdit de séjour dans l'UE en raison des violations des droits de l'Homme de son régime.

"La bonne politique est de l'affronter les yeux dans les yeux", fait valoir le secrétaire d'Etat portugais aux Affaires étrangères, Manuel Lobo Antunes.

En l'absence de M. Brown et de quelques-uns de ses homologues de l'UE, Lisbonne assure que les Européens diront clairement à Mugabe et à quelques autres dirigeants africains ce qu'ils pensent de leur régime.

Quitte à ce que les Africains, "lassés des leçons européennes, mettent sur la table le traitement des migrants africains en Europe", prédit une source européenne.

Un des objectifs de ce nouveau "partenariat stratégique" entre les deux continents est d'ailleurs que l'"Afrique et l'Europe travaillent ensemble pour protéger et promouvoir les droits de tous en Afrique et en Europe".

Des intentions qui rendent déjà sceptiques nombre d'ONG. "Le sommet va faire de nombreuses et nobles promesses, mais il faudra attendre des résultats concrets pour pouvoir juger", estime Reed Brody, de Human Rights Watch.

"Est-ce que le sommet fera vraiment une différence pour les civils sous les bombardements en Somalie, pour les militants de la démocratie au Zimbabwe ou pour la jeunesse sénégalaise sur un radeau vers l'Espagne?", s'interroge-t-il.

Les ONG s'inquiètent également que les accords commerciaux en cours de négociations entre l'UE et l'Afrique n'augmentent encore les difficultés économiques de pays parmi les plus pauvres de la planète.

Cette question très polémique risque de détourner l'attention d'un ordre du jour par ailleurs très chargé.

Européens et Africains veulent ainsi mettre en place huit "plans d'action" à court terme pour améliorer concrètement leur coopération sur les grands sujets euro-africains et internationaux: immigration, paix et sécurité, énergie, changement climatique...

Des plans d'action qui seront évalués lors du prochain sommet, espéré dans trois ans, en Afrique.

 

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