Piraterie maritime : coordonner l’aide internationale

27/02/2012
Piraterie maritime : coordonner l’aide internationale

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques, B. Lynn Pascoe, a prévenu lundi le Conseil de sécurité de l'ONU que la menace de la piraterie dans le golfe de Guinée « est devenue de plus en plus alarmante alors que les pirates sont devenus de plus en plus violents ».

M. Pascoe présentait le rapport de la mission d'évaluation chargée par le Secrétaire général de l'ONU d'apporter des réponses nationales et régionales à la menace de la piraterie dans le golfe de Guinée. Cette mission s'est rendue, du 7 au 24 novembre, au Bénin, au Nigéria, au Gabon et en Angola.

« Les pays du golfe de Guinée ont besoin d'un front uni afin de répondre de manière efficace à la menace grandissante de la piraterie le long de leurs côtes », a déclaré le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, mettant l'accent sur l'importance de la stratégie régionale préconisée par le Conseil de sécurité, dans sa résolution 2018 (2011).

Dans son rapport annuel 2010, l'Organisation maritime internationale (OMI) recense la côte ouest-africaine parmi les six principaux foyers de piraterie dans le monde.

La mission d'évaluation juge « de la plus haute importance » que l'ONU collabore avec la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la Commission du golfe de Guinée, les trois organisations régionales participant à la lutte contre la piraterie dans la région, en vue de « convoquer dès que possible le sommet commun des trois organisations, préconisé par le Conseil pour servir de cadre à l'élaboration d'une stratégie globale de lutte contre la piraterie dans la région ».

Lors du précédent débat public du Conseil de sécurité sur le sujet, le 19 octobre 2011, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait demandé à la CEDEAO et à la CEEAC de collaborer à l'élaboration d'une stratégie régionale globale et intégrée de lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, en étroite coopération avec la Commission du golfe de Guinée et l'Organisation maritime de l'Afrique de l'Ouest et du Centre (OMAOC).

Le 31 octobre 2011, le Conseil, « vivement préoccupé par la menace qu'ils font peser sur la navigation internationale, la sécurité et le développement économique des États de la région », avait, par sa résolution 2018 (2011), condamné tous les actes de piraterie et vols à main armée commis dans le golfe de Guinée et engagé la CEDEAO, la CEEAC et la Commission du golfe de Guinée à entreprendre une action concertée, notamment des patrouilles maritimes bilatérales ou régionales.

Le Directeur de la Commission des affaires politiques de la CEDEAO, M. Abdel Fatau Musah, a manifesté lundi son inquiétude face à la dégradation d'une situation sécuritaire déjà fragile dans l'espace de la CEDEAO en raison d'une part, de la résurgence des rébellions et du banditisme, de la dégradation de la sécurité alimentaire dans le Sahel et d'autre part, de l'augmentation de la piraterie et des activités illicites qui y sont associées dans le golfe de Guinée.

Kodjo Menan, le président du Conseil de sécurité

Il a expliqué que ces développements minaient sérieusement les gains obtenus ces 10 dernières années s'agissant des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Elliott Ohin, le ministre des Affaires étrangères du Togo, qui présidait la séance, a souligné qu’au plan national, et en vue de renforcer son arsenal juridique en la matière, l’Assemblée nationale du Togo avait autorisé le Gouvernement en novembre dernier à ratifier la Convention internationale pour la répression d’actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime du 10 mars 1988.  

Le ministre a indiqué que les capacités nationales et régionales des États de la région ne leur permettaient pas, à eux seuls, de prévenir ou de circonscrire efficacement la menace.  Une approche collective du problème est donc impérieuse pour éviter que le mal, une fois combattu au niveau d’un pays ou d’une des sous-régions du golfe de Guinée, ne se déplace ailleurs. 

 L’augmentation des attaques des pirates sur la côte béninoise alors même qu’elles ont commencé à connaître une diminution sur la côte du Nigéria démontre, a-t-il dit, combien l’apport de la communauté internationale est nécessaire pour aider à combattre le mal. La lutte contre la piraterie requiert un effort conjugué de toutes les régions et ne saurait être laissée aux seuls pays du golfe de Guinée, a-t-il ajouté.  

M. Ohin a soutenu l’idée selon laquelle les Nations Unies pourraient encourager les États de la région à prendre des mesures pour mobiliser un soutien international à l’appui des activités menées dans la région et aider à coordonner l’aide internationale, notamment pour la mise en œuvre d’une stratégie globale. 

La seconde résolution que le Conseil de sécurité s’apprête à adopter est ainsi, selon lui, la démonstration de l’engagement de l’ONU et de toute la communauté internationale à s’impliquer résolument dans la lutte, aux côtés des États du golfe de Guinée, contre la piraterie maritime.

Voici l’intervention d’Elliott Ohin

Le Togo se réjouit de ce que le présent débat du Conseil de sécurité sur la piraterie dans le Golfe de Guinée survient quelques jours après la réunion que notre Conseil a consacrée aux répercussions du crime organisé transfrontière sur la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel, réunion que le Chef de l’Etat togolais a personnellement présidée.

Le débat de ce jour illustre donc la détermination du Conseil de sécurité à apporter les réponses nécessaires aux nouvelles menaces à la paix et à la sécurité auxquelles les Etats de la région du Golfe de Guinée sont confrontés.

Avant d’aller plus loin,  je voudrais remercier le Secrétaire général Adjoint, Monsieur Lynn Pascoe, de la présentation qu’il vient de nous faire sur le sujet sous examen. Je tiens aussi à renouveler au Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, notre gratitude pour l’heureuse initiative qu’il a prise d’envoyer, au mois de novembre dernier, dans les pays directement touchés, une mission d’évaluation des Nations Unies sur la piraterie dans le Golfe de Guinée.

Les observations contenues dans le rapport de la mission d’évaluation illustrent parfaitement la gravité de la menace que constitue la piraterie dans le Golfe de Guinée. Pour le Togo, ces observations, qui édifient notre Conseil sur le caractère préoccupant de cette situation, justifient en même temps nos grandes inquiétudes sur les implications de cette menace sur la paix, la sécurité et la stabilité ainsi que sur le développement économique de la région.

Ces inquiétudes sont d’autant plus renforcées qu’il est de plus en plus établi qu’il existe des liens entre la piraterie et d’autres formes de crimes organisés dans la région, comme ceci a été démontré lors du débat du 21 février évoqué plus haut.

En effet, les statistiques présentées dans le rapport, révèlent qu’entre 2010 et 2011, il y a eu une augmentation inquiétante du nombre des attaques dans la partie ouest-africaine du Golfe de Guinée.

La République du Bénin, qui reste le pays qui subit les contrecoups de cet accroissement d’attaques, connait une chute vertigineuse de l’activité du Port de Cotonou. Les fortes pertes financières enregistrées dans le pays démontrent à suffisance l’impact désastreux que la piraterie peut avoir sur les économies et la consolidation de la gouvernance économique dans la région.

Pour faire face à cette situation pernicieuse, les Etats du Golfe de Guinée ont pris des initiatives conjuguées pour lutter contre le fléau. Nous pensons notamment au programme dénommé «  opération prospérité » dans le cadre duquel des patrouilles conjointes sont effectuées par des forces de sécurité nigériane et béninoise sur les côtes du Bénin.

Au plan national, et en vue de renforcer son arsenal juridique en la matière, l’Assemblée Nationale a autorisé le gouvernement togolais en novembre dernier à ratifier la convention internationale pour la répression d’actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime du 10 mars 1988. Par ailleurs, le renforcement des capacités des acteurs nationaux de la lutte contre la piraterie a permis à la Marine togolaise, le 8 février dernier, de repousser une attaque de pirate contre un navire panaméen.

Au plan régional, on notera également la mise en place par des Etats membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) d’une structure globale de sécurité maritime sous la forme de Centre régional de sécurité maritime de l’Afrique centrale (CREMAC) et l’adoption d’un mécanisme de financement, par les Etats concernés eux-mêmes, à travers le regroupement de leurs diverses taxes maritimes dans une seule taxe commune destinée à financer la sécurité maritime.

Nous nous félicitons également de la volonté réaffirmée des Chefs d’Etat de la CEDEAO, au cours du sommet tenu les 27 et 28 janvier dernier, de renforcer la collaboration avec la CEEAC, la Commission du Golfe de Guinée et tous les acteurs concernés, en vue de faire face à la piraterie.

En attendant la tenue de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats du Golfe de Guinée, le Togo estime que ces approches devraient être privilégiées et encouragées en vue de l’échange des informations et des expériences.

Toutefois, et comme cela apparait clairement dans le rapport du Secrétaire général, en dépit de leur détermination et des efforts qu’ils fournissent pour éradiquer individuellement ou dans le cadre d’une coopération bilatérale la piraterie, les capacités nationales et régionales de nos Etats ne leur permettront pas, à eux seuls, de prévenir ou de circonscrire efficacement la menace.

Une approche collective du problème est donc impérieuse pour éviter que le mal, une fois combattu au niveau d’un pays ou d’une des sous-régions du Golfe de Guinée, ne se déplace ailleurs. L’augmentation des attaques des pirates sur la côte béninoise alors même qu’elles ont commencé à connaitre une diminution  sur la côte du Nigéria démontre combien l’apport de la communauté internationale est nécessaire pour aider à combattre le mal.

Par ailleurs, il va sans dire que la piraterie dans le Golfe de Guinée constitue une menace, non pas seulement pour les pays de la région, mais aussi pour le commerce international ainsi que pour le personnel naviguant dont plusieurs membres sont originaires d’autres régions du monde. Dès lors, la lutte contre la piraterie requiert un effort conjugué de toutes les régions et ne saurait être laissée aux seuls pays du Golfe de Guinée.

Le Togo tient ici à saluer et encourager les appuis multiformes apportés au Bénin et aux autres pays de la sous-région par différents partenaires notamment la France, les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Union Européenne et Interpol pour renforcer leur capacité dans le domaine de la sécurité maritime.

Mon pays considère, compte tenu des enjeux ci-dessus évoqués, que la communauté internationale a un rôle très important à jouer. C’est pourquoi, nous soutenons l’idée selon laquelle les Nations Unies pourraient encourager les Etats de la région à prendre des mesures pour mobiliser un soutien international à l’appui des activités menées dans la région et à aider à coordonner l’aide internationale, notamment pour la mise en œuvre d’une stratégie globale.

La seconde résolution que le Conseil de sécurité s’apprête à adopter sur la question de la piraterie dans le Golfe de Guinée est la démonstration de l’engagement des Nations Unies et de toute la communauté internationale à s’impliquer résolument dans la lutte, aux côtés des Etats du Golfe de Guinée, contre la piraterie maritime.

Le Togo réitère ses vifs remerciements aux membres du Conseil de sécurité pour leur contribution à cet égard et souhaite que la mise en application ce texte concourt à la résolution du problème.

Je vous remercie

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