Café-cacao : l’ambition est de retour

28/06/2012
Café-cacao : l’ambition est de retour

Depuis 2008, l’Etat s’est réengagé dans le secteur café-cacao après des années de libéralisation et de gestion calamiteuse. Le ministre de l’Agriculture, Kossi Messan Ewovor, n’a rien caché des difficultés lors d’une réunion jeudi à Kpalimé avec les principaux acteurs de la filière.

Mais l’implication nouvelle des autorités, qui s’accompagne de l’injection de 400 millions de Fcfa depuis trois ans pour appuyer les producteurs, laisse espérer une hausse significative de la production, et donc des exportations. D’autant que la Banque mondiale apporte son assistance pour le volet commercialisation.

Malgré les difficultés, le café et le cacao togolais n’ont jamais perdu en qualité, a souligné, pour sa part, Enselme Gouthon, le président du Conseil des exportateurs de café et cacao (CECC). Trouver des acquéreurs n’est donc pas un problème, reste à booster les rendements.

Voici un extrait du discours du ministre de l'Agriculture

(…) La culture du café et cacao, a longtemps représenté une part importante dans les exportations du Togo. Introduite à l’époque coloniale, elle constitue l’une des principales activités qui a occupé par le passé près de 40 mille ménages de la région des Plateaux et d’une partie de la Région centrale.

C’est à ce titre et vue l’engouement des producteurs, que ces filières ont retenues l’attention de l’Etat qui, pour aider les producteurs à tirer le meilleur profit de leurs activités, avait mis en place des structures pour assurer l’encadrement, la formation, l’introduction des innovations, la commercialisation et la construction d’infrastructures notamment les pistes voire des routes.

Les activités conjointes de ces structures ont permis d’augmenter de façon significative les superficies, d’améliorer rendements, de lutter efficacement contre les insectes nuisibles et les maladies, et finalement améliorer le revenu des producteurs.

Au pus fort de la production, les données statistiques agricoles, les productions indiquaient 29.360 tonnes et 25.900 tonnes respectivement pour le cacao et le café.

Malheureusement, sous la pression des politiques d’ajustement structurelle et de libéralisation des filières café et cacao ont en 1996 connu le désengagement de l’Etat de la production et de commercialisation avec à la clé la liquidation de l’OPAT.

Mesdames et Messieurs,

La désorganisation du secteur a provoqué, la baisse des rendements, la dégradation de la qualité marchande des produits, la recrudescence des insectes et des maladies nuisibles, la démotivation des producteurs, la destruction des plantations et surtout la détérioration de l’environnement suite à la destruction anarchique du couvert végétal et aux feux de brousse.

Cette situation s’est aggravée par l’absence dans la zone d’un vrai service d’accompagnement technique qui au quotidien devrait soutenir les producteurs et témoigner par ces actions régaliennes sur le terrain, de la volonté de l’Etat à continuer à faire de ce secteur un outil important de développement économique et local.

La crise socio-politique et économique aggravée par la suspension de la coopération des partenaires au développement a davantage aggravé la situation en réduisant les appuis financiers publics au secteur café cacao.

Malgré les tentatives et les efforts de réorganisation, les appuis financiers mais aussi la volonté des producteurs de ces deux filières, après une courte période de renouveau, sont rentrées dans une stagnation, puis dans une régression accélérée.

Il nous faut toutefois reconnaître que si la filière a pu survivre c’est grâce à l’engagement de certains acteurs dont je veux ici saluer les efforts.

Aussi voudrais-je exprimés mes sincères reconnaissances et ma profonde gratitude à toutes les productrices et producteurs, les responsables des organisations de producteurs et tous les autres nombreux acteurs à savoir la direction de la qualité et de la métrologie, les négociants, les distributeurs d’intrants de micro-finance et à travers eux, l’ensemble des acteurs pour les efforts consentis pour sauvegarder les filières café et cacao. Je n’oublie pas tous les acteurs qui de loin ou de près ont œuvré pour la survie du secteur.

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, le verger cacaoyer est confronté au problème de vieillissement ; 70% des cacaoyers existants sont constitués de veilles variétés Amelonado de plus de 50 ans  d’âge. Malheureusement, ils sont aussi soumis à la pression des maladies telles que le Swollen Shoot, le phytophtora qui constituent de réels dangers menaçant l’existence même de la filière cacaoyère.

En l’absence d’un système d’encadrement cohérent, d’une politique de replantation et de la réhabilitation des vergers de café et de cacao et d’actions d’envergue de lutte contre les maladies et des parasites, la production n’a pas connu d’accroissement sensible, à peine 10 mille et 12 mille par an pour chaque produit. Ce tableau assez sombre des filières café et cacao nous interpelle tous à des actions courageuses en vue d’une relance effective des deux cultures.

Mesdames et Messieurs,

Le renouvellement des vergers et la replantation de nouvelles superficies s’imposent pour améliorer la production. En effet sans la production la commercialisation ne serait qu’un vain mot.

C’est dans cet esprit que le gouvernement a pris ses responsabilités pour engager une première mobilisation de ressources financières pour soutenir la production et les producteurs.

Il nous souvient, dès 2008, un atelier organisé en ces mêmes lieux les 10 au 12 avril a permis de se pencher sur le devenir des filières café et cacao.

Il a été reconnu que l’une des contraintes majeures au développement de ce secteur est surtout le manque de soutien de l’Etat au développement de ces cultures d’exportation et en particulier l’absence d’appui conseil adéquat aux planteurs.

Aussi, une cellule de vulgarisation et d’appui technique a été mise en place. Ainsi par décision n°78/MAEP/Cab/SG du 04 août 2008, l’unité technique café cacao (UTCC) a été créée.

Toutefois à la complexité des problèmes, le gouvernement a décidé de procéder à l’étude des meilleures conditions de relance de la filière café cacao.

Mesdames et Messieurs,

Pour aller plus loin dans ses réformes le gouvernement a élaboré et mis en œuvre à partir de 2011, le Programme National d’Investissement et de Sécurité Alimentaire (PNIASA) en collaboration avec les acteurs nationaux et les Partenaires Financiers et Techniques.

Le PNIASA est désormais le cadre de référence cohérent qui permet de mettre en place des financements durables et multiformes dont a besoin notre agriculture et dans ce programme les cultures de rente notamment le café et le cacao ont une place importante sans compte le coton.

C’est donc pour se doter d’éléments de décisions pertinent, le gouvernement en collaboration avec la Banque mondiale a commandité une étude d’évaluation des perspectives de développement des filières café cacao en 2010, étude réalisée par la Société Française d’Etude et de Réalisation (SOFRECO).

Cette étude d’évaluation qui a présenté un diagnostic approfondi de la situation depuis la libéralisation du secteur intervenue en novembre 1996 a proposé un plan d’actions opérationnelles devant déboucher sur une stratégie de relance durable des cultures de café et de cacao qui devrait permettre de :

-      Augmenter de façon durable le revenu des producteurs

-      Rendre fluide la commercialisation des produits

-      Sécuriser et professionnaliser l’ensemble des acteurs de la filière.

Ces 3 catégories de base ont été déclinées en axes opérationnels qui sont :

1-   Axe1 : Amener la production à un haut niveau de rendement sur le long terme et de façon durable : sécuriser la production en volume et qualité

2-   Axe2 : Rationnaliser et professionnaliser la commercialisation : sécuriser les flux physiques et financiers

3-   Axe3 : Construire une véritable interprofession, gestionnaire de la filière.

Mesdames et Messiers,

Comme vous le savez le Togo, à travers le PNIASA, le gouvernement offre un cadre de référence unique d’intervention et vise à assurer des financements durables dans le secteur.

C’est à ce titre que les stratégies définies pour la relance des filières café cacao sont prises en compte dans son projet d’appui au secteur agricole (PASA), un des projets d’opérationnalisation du PNIASA.

La réussite de la mise en œuvre de ce programme nécessite une participation réelle des acteurs de la chaîne de commercialisation qui inclut les producteurs, les différents  intermédiaires ainsi que les exportateurs.

Je veux dire que les enjeux aujourd’hui sont très importants et nous devons sortir des vieux modèles, voir les choses originales, qui existent  et notamment être capable de travailler en public-privé.

Les acteurs locaux et partenaires au développement sont souvent impatients de voir nos stratégies traduites en actions opérationnelles. Cette recherche de cohérence d’ensemble, point de départ d’une vraie révolution agricole est très coûteuse en matière de concertation et de conception. La conception  et la mise en œuvre du PNIASA est une preuve palpable.

Nous manquions de cohérence dans nos actions et d’outils efficaces de coordination. Mais maintenant le PNIASA redonne de la coordination à l’ensemble du système agricole qui en avait besoin.

Mesdames et Messiers,

Une ère nouvelle s’ouvre sûrement pour l’agriculture togolaise et particulièrement pour le café cacao. Nous ne devons pas rater les opportunités qui s’offrent et je sais compter sur tout un chacun pour le redressement progressif des 2 filières. Toutes nos actions doivent être conduites dans une parfaire cohésion et mise en œuvre dans un  cadre de partenariat et de complémentarité exemplaire. Il n’ya donc pas de place pour les actions qui auront tendances à privilégier des intérêts partisans.

C’est dans cette optique que le gouvernement apprécie hautement le thème du présent atelier stipulé « Les acteurs de la chaîne de commercialisation face au processus de relance des filières café et cacao ».

J’exhorte donc tous les acteurs de la chaîne de commercialisation à œuvrer en synergie avec le gouvernement et à apporter leurs meilleures contributions au processus

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