Le défi de l'urbanisation galopante

08/04/2009
Le défi de l'urbanisation galopante

Inventer un modèle africain d'aménagement urbain. Telle est l'ambition de l'Ecole Africaine des Métiers d'Architecture et de l'Urbanisme (EAMAU), installée à Lomé, et qui accueille des étudiants venus de 14 pays d'Afrique. Le temps presse car, selon l'Onu, la moitié de la population du continent sera urbaine en 2050 ! Comment former les futur cadres chargés de concevoir les capitales de demain, quelles solutions apporter à la folle expansion des quartiers informels ?

Ll'Ecole dispose-t-elle de suffisamment de moyens pour délivrer un enseignement de qualité , Autant de questions auxquelles répond Kouadio N'Da N'Guessan, le directeur général de l'EAMAU. Republicoftogo.com: Votre établissement est un peu le symbole de ce que pourrait être une véritable intégration africaine

Kouadio N'Da N'Guessan :

En quelque sorte. Notre école est une institution interafricaine, créée en 1975. A l'origine, sept pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre en étaient membres. Ils sont aujourd'hui 14 dont, outre le Togo, il y a le Bénin, le Burkina Faso, la Centrafrique, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Cameroun, le Niger, le Sénégal, le Mali, la Guinée Equatoriale, le Congo, le Tchad et la Guinée Bissau. Tous ces Etats ont décidé de mutualiser leurs ressources pour faire face ensemble aux besoins en cadres techniques et professionnels de haut niveau dans les domaines de l'architecture, de l'urbanisme, et des métiers connexes.

Republicoftogo.com : Quelle est la vocation première de l' EAMAU ?

Kouadio N'Da N'Guessan :

C'est surtout la formation aux métiers de la ville. Les statuts précisent clairement que l'EAMAU a pour mission la formation dans les sciences et techniques de l'architecture, de l'urbanisme, de l'aménagement du territoire, de la gestion de l'environnement urbain, de l'amélioration du cadre de vie ainsi que dans les domaines artistiques en rapport avec le développement urbain. La formation initiale développe ainsi deux filières : la filière Architecture – Urbanisme en Bac+6 et la filière de Gestion Urbaine en Bac+3.

Mais au-delà de la formation, l'EAMAU s'ouvre aussi à la recherche, notamment celle liée à l'image de la ville en Afrique.

    

Pour assurer au mieux ses missions, l'EAMAU entretient une coopération étroite avec d'autres écoles d'architecture et d'urbanisme, des instituts de recherche et des universités en Afrique et dans le monde.

Republicoftogo.com : Combien d'étudiants avez-vous ?

Kouadio N'Da N'Guessan :

Nous sommes passés de 21 élèves en 1976 à un effectif de 303 aujourd'hui, issus d'une dizaine de pays.

Depuis sa création, l'école a formé environ 600 diplômés répartis dans 18 pays africains, bien au-delà même des seuls Etats membres.

Republicoftogo.com : Qui finance cette école panafricaine ?

Kouadio N'Da N'Guessan :

Les Etats Membres financent à hauteur de 90% le budget de fonctionnement qui est d'un milliard par an. Les 10% restants sont constitués par les frais de scolarité payés par les étudiants et les prestations d'expertise.

Republicoftogo.com : Manifestement, ce budget est insuffisant ; il a provoqué la colère des étudiants récemment qui revendiquent de meilleures conditions de vie et de travail.

Kouadio N'Da N'Guessan :

L'Ecole a effectivement traversé au mois de janvier une zone de turbulence avec un niveau de contestation jamais atteint depuis la création de l'Institution.

La sagesse a fini par l'emporter et aujourd'hui, les choses sont pratiquement rentrées dans l'ordre.

Nous améliorons les conditions de vie et de travail à l'Ecole. Nous nous employons surtout à  colmater les brèches de cette incompréhension entre étudiants et direction en mettant chacun devant ses responsabilités.

Tout est mis en Œuvre pour sauver l'année universitaire, après la crise qui a duré sept semaines.

Le conflit a eu pour mérite de faire prendre conscience de la nécessaire modernisation de l' EAMAU. Ainsi, nous avons ressorti des cartons le projet de nouveau campus. Il y a huit ans, le gouvernement togolais nous a offert un terrain à Lomé II ; reste à commencer les travaux, mais pour cela, il faut que les Etats payent leurs contributions.

Au chapitre des innovations, toute l'Ecole sera bientôt reliée à l'ADSL avec un réseau Wifi grâce au concours technique de Togo Telecom.

D'une manière générale, l'institution à retrouvé la sérénité.

Republicoftogo.com : La question de l'urbanisation se pose de façon récurrente dans la plupart des villes africaines et au Togo, notamment. Votre école est-elle en mesure de proposer des solutions innovantes ?

Kouadio N'Da N'Guessan :

Le problème de l'urbanisation est aujourd'hui un phénomène mondial qui se pose sans doute avec plus d'acuité dans les pays du tiers monde et plus particulièrement en Afrique et donc, bien sûr, au Togo.

Selon le rapport de l'Onu sur  « l'Etat des villes du monde 2008-2009 », les villes d'Afrique subsaharienne sont formées aux deux tiers de quartiers informels, sans structures ni équipements, où vivent 165 millions d'habitants.

Mais les projections sur à peine une quinzaine d'années sont encore plus alarmantes puisque la majorité des Africains vivront à leur tour en ville avec 1,2 milliards de citadins dans des conditions de difficultés que l'on imagine.

Devant ce tableau quasi-apocalyptique, vous comprenez que la responsabilité de l'EAMAU est énorme. Elle se doit de former les cadres qui affronteront demain aux côtés de leurs Etats ces cancers qui rongent les tissus urbains avec les bidonvilles, l'insalubrité, l'habitat sous-intégré, la surpopulation, le chômage, la drogue….

C'est pourquoi nous insistons à l'EAMAU sur la maîtrise du tissu urbain existant, caractérisé au mieux par l'autopromotion, mais aussi par l'autoconstruction avec tous les aléas quant aux normes de sécurité et de confort thermique sous les tropiques.

Mais que pèsent toutes ces notions dans nos pays quand le salaire minimum en vigueur ne correspond pas encore à 10 paquets de ciment ?

Nous formons cependant nos élèves à la fiscalité urbaine pour asseoir des municipalités viables, gages d'une urbanisation plus humaine.

 

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