Promouvoir l’énergie, les compétences et les aspirations des jeunes

04/10/2012
Promouvoir l’énergie, les compétences et les aspirations des jeunes

« Jeunesse africaine : formation, emploi et avenir », tel était le thème du Forum économique organisé jeudi à Paris par l’OCDE. Le Premier ministre togolais, Kwesi Seleagodji Arthème Ahoomey Zunu (photo), y participait. Clôturant les travaux, il a souligné que les Etats africains devaient affronter les défis majeurs de création d’emplois décents dans un contexte économique et social marqué par la rareté des ressources, la déstructuration du tissu industriel, l’exode rural, l’analphabétisme et la démographie galopante.

M.  Ahoomey Zunu a mis en évidence la faible qualité et le manque d’efficacité de l'éducation acquise par un grand nombre de togolais qui empêchent ceux-ci de participer équitablement au marchés du travail formel, les condamnant ainsi à des emplois peu productifs, mal rémunérés et précaires, généralement dans l'économie informelle.

« L’énergie, les compétences et les aspirations des jeunes sont des atouts précieux qu’aucun pays ne peut s’offrir le luxe de gaspiller. Aider les jeunes à réaliser tous leurs objectifs en leur ouvrant l’accès à l’emploi est une condition préalable à l’éradication de la pauvreté, au développement durable et à une paix pérenne », a-t-il lancé devant un parterre de 500 invités ; ministres étrangers et experts économiques.

Et pour y parvenir, le Premier ministre préconise une réforme en profondeur des systèmes éducatifs et de formation en Afrique. L’offre de l’enseignement technique et professionnel ainsi que celle de l’enseignement supérieur doit être totalement revue pour s’adapter au marché du travail et aux grandes mutations que connaît le continent.

En photo : le Premier ministre togolais et le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría

Voici l'intervention du Premier ministre

Je voudrais, tout d’abord, m’acquitter d’un agréable devoir, celui de vous entretenir sur la jeunesse africaine : les défis de formation, de création d’emploi (l’entreprenariat, les petites et moyennes entreprises, le financement etc.), et vous dire toute la joie qui m’anime pour l’honneur fait à mon pays le TOGO en  l’invitant à ce 12ème Forum Economique International sur l’Afrique, à travers ma modeste personne.

Ma joie est d’autant plus grande que c’est la première fois que le Togo prend part à ces assises à l’OCDE.

C’est pourquoi, je voudrais, au nom du Président de la République Togolaise et en mon nom propre, exprimer à l’O.C.D.E. nos sincères remerciements et notre gratitude pour la marque d’attention faite au Togo.

Je salue la pertinence du thème de ce Forum « Gestion des ressources humaines et naturelles : Quelle politique pour promouvoir l’emploi des jeunes en Afrique ? » et je suis heureux de vous entretenir sur les défis de formations et de création d’emplois auxquels fait face la jeunesse africaine.

Mesdames et Messieurs, 

Le  monde est confronté depuis ces trois dernières décennies à des problématiques majeures suite à la crise économique et sociale qui frappe de plein fouet tous les Etats en général et, de façon plus aiguë, les pays africains. Parmi ces problématiques, figure en bonne place la question de l’emploi décent dont la résolution conditionne la sécurité et la paix sociale compte tenu de son impact sur la vie politique, économique et sociale.  La crise  financière qui secoue le monde depuis 2007 s’est traduite  par un ralentissement de la croissance, entrainant ainsi des pertes d’emploi et la hausse du taux de chômage avec comme corollaire l’exacerbation de la pauvreté.

Mesdames et Messieurs, 

A l’échelle mondiale, 75 millions de jeunes sont actuellement au chômage et plus de 150 millions d’autres vivent avec moins de 1 dollar par jour. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), en Afrique, les jeunes représentent 36,9% de la population en âge de travailler ; mais 60% des chômeurs sont des jeunes, un taux bien supérieur à la moyenne mondiale (43,7%). Globalement, le risque de chômage est 3,5 fois plus grand pour les jeunes que pour les adultes. Ce qui montre clairement les difficultés particulières qui freinent la participation des jeunes au marché du travail. Selon les mêmes sources, d’ici 2015, le nombre de jeunes actifs continuera de croître (+28,8 millions) en Afrique subsaharienne. Cette situation risque de créer une «génération perdue» et menace la cohésion sociale.

Les Etats africains doivent faire efficacement face à des défis majeurs de création et de consolidation d’emplois décents dans un contexte économique et social marqué par la rareté des ressources, la déstructuration du tissu industriel, l’exode rural, l’analphabétisme, la démographie galopante, etc. 

Parmi les contraintes liées à la demande d’emploi qui expliquent ce tableau peu reluisant de la situation des jeunes, figurent en bonne place le problème du taux d'analphabétisme élevé qui condamne les concernés au sous-emploi et à la pauvreté au travail. 

Mais, paradoxalement, l’Afrique est de plus en plus confrontée au phénomène des « chômeurs éduqués », qui résulte de l’éducation de masse dans le supérieur, au détriment des considérations de pertinence et d'efficacité externe, avec la fâcheuse conséquence que les connaissances et compétences des diplômés sont plus adaptées aux besoins de l'économie contemporaine entrainée par le secteur privé. La faible qualité et le manque d’efficacité de l'éducation acquise par un grand nombre de togolais empêchent ceux-ci de participer équitablement aux marchés du travail formels, les condamnant ainsi à des emplois peu productifs, mal rémunérés et précaires, généralement dans l'économie informelle.

(de gauche à droite) Laurent Bossar, directeur du Club du Sahel, Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu, et Mario Pezzini, directeur du Centre de développement de l’OCDE

Par ailleurs, les sortants du système éducatif et de formation professionnelle, chez qui l’esprit d’entreprise est très peu développé, ne disposent pas souvent d’accompagnements structurés vers l’auto emploi ou, en d’autres  termes, vers la création de micro et petites entreprises avec  les ingrédients nécessaires, en termes de :

- maîtrise des mécanismes de création d’entreprises, 

- connaissances des filières (procédures de création d’entreprise, matériel, matières premières)

- connaissance des mécanismes de financement. 

Honorables invités

Mesdames et Messieurs

L’énergie, les compétences et les aspirations des jeunes sont des atouts précieux qu’aucun pays ne peut s’offrir le luxe de gaspiller. Aider les jeunes à réaliser tous leurs objectifs en leur ouvrant l’accès à l’emploi est une condition préalable à l’éradication de la pauvreté, au développement durable et à une paix pérenne.

Les pays d’Afrique sont aux prises avec un double défi, celui  d’élargir la participation à la formation qualifiante et d’en relever  la qualité, de façon à améliorer la productivité et accroître les  revenus : 

Premièrement, augmenter la productivité des femmes et des hommes dans l’économie informelle, où travaillent aujourd’hui la plupart des jeunes, des femmes et des entrepreneurs.

Deuxièmement, réformer les systèmes d’enseignement et de formation, afin qu’ils soient à même de délivrer les qualifications et compétences requises pour stimuler la croissance du travail décent dans l’économie formelle. En effet, l’enjeu de tout système de formation professionnelle,  aujourd’hui, c’est celui d’un système qui assure tant une formation technique en phase avec les besoins du secteur privé, et qui associe la culture d’entreprise, l’orientation des sortants vers l’emploi ou l’auto emploi garantissant des conditions de vie décente.

Mesdames et messieurs,  

Nous devons placer l’emploi et le travail décent au cœur du développement  du continent. Pour atteindre cet objectif dans un environnement international essentiellement marqué par l’économie du savoir,  l’éducation  et  la formation de qualité doivent constituer pour nos nations, un socle de développement durable à travers des investissements massifs dans leurs systèmes éducatifs et de formation de compétences critiques à même de valoriser les ressources locales.

Aujourd’hui plus que jamais, face à la mondialisation et dans un monde en perpétuelle mutation où l’adaptation continuelle s’impose à tous, l’Afrique a besoin de compétences pour son développement économique, social et culturel.

Ce développement passe obligatoirement par une réforme de nos systèmes éducatifs et de formation pour une réponse à nos besoins présents et futurs à travers leur pertinence et leur qualité. Cette réforme doit permettre un développement quantitatif et qualitatif de l’offre d’enseignement technique et professionnel ainsi que celle de l’enseignement supérieur. Ce qui permet d’orienter les flux d’apprenants dès la fin du primaire pour disposer d’une main d’œuvre qualifiée. L’enseignement supérieur de qualité sera le temple de recherches et du savoir pour produire de la connaissance indispensable à l’innovation au profit du développement économique et social.

En conclusion,  pour renforcer l’employabilité des jeunes et faciliter leur accès à l’emploi, des mesures urgentes doivent être prises en veillant à fournir un éventail de connaissances et de compétences adapté à la demande actuelle et future du marché du travail, favoriser l’acquisition des compétences transversales et créatives. Pour ce faire, quelques mesures sont indispensables,  entre autres : 

- l’élaboration d’un répertoire des besoins des entreprises en qualification des entreprises ;

- la résolution du problème des compétences des jeunes par les curricula adaptés au besoin du marché de l’emploi ;

- la création d’un cadre concerté intégrant toutes les parties prenantes pour l’élaboration des programmes de formation plus adéquats ;

- la formation des jeunes dans les nouveaux domaines porteurs (mines et carrières, métiers du port, pétrole, chemins de fer, environnement des emplois verts, artisanat, etc.)

- la mise en place d’un dispositif d’incitation à l’embauche des jeunes diplômés ;

- et enfin l’organisation des formations qualifiantes de courte durée au profit des primo demandeurs d’emploi.

Je vous remercie.

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