Discrimination positive

24/03/2011
 Discrimination positive

Le Doyen de la Faculté des Sciences de l’université de Lomé (UL) et Directrice du laboratoire d’entomologie appliquée, Adolé Isabelle Glitho, a reçu mercredi les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Distinction remise par l’ambassadeur de France au Togo.
Dans son intervention M. Renaux a rappelé le parcours exceptionnel de la récipiendaire et mentionné le fait que Mme Glitho est la première femme, et pour l’instant l’unique femme togolaise, à avoir accédé à cette haute responsabilité universitaire. 
Dans sa réponse, l’universitaire a exprimé sa gratitude au président Nicolas Sarkozy « qui a bien voulu me décerner cette prestigieuse distinction, au titre de sa réserve personnelle ».
Dans une intervention pleine d’humour, Adolé Isabelle Glitho s’est félicitée d’ « être une des bénéficiaires de cette discrimination positive qui rend justice aux femmes dont la compétence et l’engagement sont incontestables (…).
Voici l’intervention de Dominique Renaux, l’ambassadeur de France au Togo
Nous sommes réunis aujourd’hui auprès de Madame Isabelle GLITHO pour lui rendre hommage. Permettez-moi d’abord de rappeler les grandes étapes de son parcours professionnel.
Madame le Doyen, vous êtes née à Cové, au Bénin. En 1977, vous obtenez un doctorat de 3ème cycle d’entomologie en physiologie des insectes à l’Université de Dijon, en France. L’année suivante, vous êtes inscrite sur la liste d’aptitude du CAMES comme maître assistante en biologie animale. En 1981, vous êtes nommée assistante en biologie animale à l’Université du Bénin de Lomé. En 1990, vous devenez Docteur ès sciences d’entomologie - spécialité bioécologie et gestion des populations de l’Université François Rabelais de Tours. Maître de conférences en 1992, vous accédez en 1998 au rang de professeur titulaire en biologie animale et professeur associé à la Faculté de Tours. Parallèlement, de 1980 à 2000, vous avez suivi de nombreux stages de recherche et de perfectionnement dans divers laboratoires spécialisés en France. De 2003 à 2006, vous êtes Chef de Cabinet du premier Président de l’université de Lomé. Depuis janvier 2009, vous exercez les fonctions de Doyen de la Faculté des Sciences de l’université de Lomé et de Directrice du laboratoire d’entomologie appliquée. Vous êtes la première femme, et pour l’instant l’unique femme togolaise, à avoir accédé à cette haute responsabilité universitaire. 
Mais ce n’est pas tout ! Vous êtes aussi Professeur-associé de l’Université François Rabelais de Tours et de l’Université de Ouagadougou. Membre du comité consultatif de la fondation SADAOC (sécurité alimentaire durable pour l’Afrique de l’Ouest et centrale), experte pour l’UNESCO des programmes d’éducation scientifique des jeunes filles et des femmes (« Women, Science and Technology »), experte pour l’AUA (Association des Universités Africaines) en 1998, conférencière à la conférence mondiale pour l’enseignement supérieur en 2009, Présidente de l’association « Femmes togolaises pour la promotion de la science et de la technologie », vous êtes aussi responsable de la chaire UNESCO « Femme, Science et gestion raisonnée de l’Eau en Afrique de l’ouest ». Et enfin, vous avez également publié des dizaines d’articles et d’études dans diverses publications scientifiques spécialisées.
Madame le Doyen,
Soucieuse du développement de votre continent, vous avez choisi de mettre votre formation et votre savoir-faire au service du développement agricole en Afrique. Par votre formation, votre expérience professionnelle et associative, votre talent et la facilité qui est la vôtre à collaborer avec des chercheurs d’horizons divers mais aussi avec vos proches collaborateurs, vous êtes une scientifique de renom et une directrice de thèse très appréciée de vos étudiants - si mon décompte est exact, vous avez, à ce jour, dirigé une dizaine de thèses de doctorat et plus d’une trentaine de mémoires de DEA et d’ingénieurs. Ce sont vos grandes qualités intellectuelles, votre inlassable force de travail, votre profond sens du devoir et la reconnaissance par vos pairs de la haute qualité scientifique de vos travaux qui vous ont valu ce poste de Doyen de la faculté des Sciences de l’Université de Lomé.
Mais ce sont vos qualités humaines, Madame le Doyen, qui vous valent d’être dans le cœur de tous ceux qui ont la chance d’être vos élèves - je pense évidemment à celles que vous appelez vos « filles » et qui sont nombreuses autour de vous ce soir - ou encore ceux qui ont la chance de travailler  ou de collaborer avec vous. Ce sont vos qualités humaines, qui vous valent d’être respectée, admirée par tous, par vos partenaires, comme vos pairs, par vos élèves comme par vos collègues et vos collaborateurs.  Ce sont vos qualités humaines, vos qualités de cœur, qui vous ont amenée à votre engagement auprès des jeunes filles afin d’aider celles-ci à être mieux représentées dans les filières scientifiques. C’est d’ailleurs, au titre de vos activités associatives au profit du genre que vous avez pris l’attache du service de coopération et d’action culturelle de cette Ambassade en 2009 et établi avec la coopération française un partenariat qui  ne cesse depuis lors de se renforcer.
Voilà pourquoi, compte tenu de vos compétences reconnues par la communauté universitaire et scientifique, de l’excellence de vos travaux, de vos admirables et admirés talents de professeur, de votre inlassable dévouement au développement de votre pays et à celui de la femme, de vos hautes qualités humaines, le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, sur ma proposition, a décidé de vous distinguer.
Madame le Doyen, l’heure solennelle de la reconnaissance de la Nation française a sonné.

Voici la réponse d’Adolé Isabelle Glitho
C’est avec une grande Joie et un réel plaisir que j’ai reçu l’annonce de ma nomination au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.
En cette circonstance solennelle et mémorable de remise de la distinction, qu’il me soit permis d’exprimer ma très déférente gratitude à Son Excellence Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République Française, qui a bien voulu me décerner cette prestigieuse distinction, au titre de sa réserve personnelle.
Je voudrais également adresser mes plus vifs remerciements à vous, Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France au Togo et à vos collaborateurs qui, à divers niveaux de responsabilité, m’avez jugée digne d’accéder à un si grand privilège et lui en avez fait la bienveillante proposition.
Mes sincères remerciements vont aux autorités de l’Université de Lomé, pour l’appui constant dont j’ai bénéficié durant toute ma carrière, dans l’accomplissement quotidien de mes activités d’enseignement et de recherche, et des responsabilités administratives qu’elles ont bien voulu me confier.
Je leur suis particulièrement reconnaissante de l’opportunité qu’elles m’ont ainsi offerte d’initier parallèlement des activités d’appui à la promotion et à la scolarisation de la Jeune fille, dans le cadre de l’association « Femmes Togolaises pour la Promotion de la Science et de la Technologie »
Leur soutien institutionnel a été déterminant dans la mise en œuvre des programmes développés à cet effet, et dont le succès a retenu l’attention de plusieurs partenaires de l’éducation, qui m’ont accordé leur appui, et au rang desquels il me plaît de citer particulièrement le Service de Coopération d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Togo et son Chef, Monsieur Frederic MERLET.
Je reçois donc la distinction qui m’est décernée comme la reconnaissance de mon travail scientifique et de mon engagement en faveur de la jeune fille. Mais je ressens surtout l’hommage que la France me témoigne en cette circonstance, comme un grand honneur fait à mon institution universitaire qui a favorisé et appuyé ma promotion scientifique et mon engagement social.
J’ai également une dette de reconnaissance envers mes collègues enseignantes, membres de l’association « Femmes Togolaises pour la Promotion de la Science et de la Technologie » et des associations sœurs d’autres universités, dont la confiance a toujours conforté mes actions. Je n’oublie pas mes Jeunes étudiantes qui ont compris le message et ont accepté de me suivre dans cette aventure.
C’est le lieu de remercier deux femmes dont l’appui m’a été utile dans la création de la chaire UNESCO « Femme, Science et Gestion Raisonnée de l’Eau en Afrique de l’Ouest : Sonia BAHRI et Renée CLAIR au Siège de l’UNESCO à Paris.
Je ne voudrais pas oublier feu mon Maître, le Professeur Charles Noirot qui a guidé mes premiers pas dans la recherche à l’université de Dijon et a été pour moi plus un père qu’un simple directeur de thèse de 3è Cycle. Jusqu'à sa mort le 23 septembre 2010, il a suivi ma carrière étape après étape et n’a pas hésité à m’orienter sur une thématique autre que la sienne mais plus utile à la recherche pour le développement en Afrique. C’est lui qui m’a confiée pour ma  thèse d'Etat, à celui que j’appelle affectueusement mon Patron, le Professeur Jacques Huignard  qui a fait de moi une Tourangelle depuis 1985. Ces deux éminents professeurs sont des hommes de cœur qui m’ont soutenue avec mes enfants à une période difficile de notre vie.
Mais le plus grand mérite de cette distinction revient à ma famille (Père, Mère, Frères et Sœurs), et plus spécifiquement à feu mon père qui a transmis à tous ses enfants le goût du travail bien fait et leur a inculqué un sens aigu des responsabilités. Merci particulièrement à Maman et à ma sœur Ghislaine qui me remplaçaient auprès de mes enfants quand les recherches me conduisaient loin de ma maison. Merci à mes frères Maxime et Marius qui m’ont servi de chauffeurs et de guides lors de mes missions de recherche.
Je dois également cette distinction à mon époux, Serge, le complice discret de toutes mes entreprises, et à mes chers enfants, qui sont nés en France et ont choisi d’y vivre, me faisant constamment porter ce pays dans mon cœur avec eux.
Ils ont tenu à être présents à travers Sandra qui est arrivée des Etats Unis hier soir et qui repart demain matin. Ils considèrent que cette distinction est un honneur pour toute la famille, et un motif particulier de fierté pour eux. Merci à toi, ma Grande ; ta présence me confirme que Dieu m'a comblée !
A vous tous, chers collègues et amis, j’exprime ma profonde gratitude et vous dédie cette distinction, qui m’honore et me réconforte à plus d’un titre.
Comment en serait-il autrement sachant que la Légion d’Honneur est la plus haute des distinctions nationales françaises. Elle récompense, dans un vaste brassage, les mérites acquis par des citoyens au service de la nation, les carrières hors du commun, ainsi que les étrangers qui se sont signalés par les services rendus à la France ou aux causes qu’elle soutient, et ce en dehors de toutes considération sociale et héréditaire.
En l’instituant en mai 1802, le premier consul BONAPARTE, futur Empereur Napoléon 1er, entendait « créer un Ordre qui soit le signe de la vertu, de l’honneur, de l’héroïsme, une distinction qui serve à récompenser à la fois la bravoure militaire et le mérite civil ».
Quarante ans  plus tard, l’homme d’Etat, avocat et historien français, Louis Adolphe THIERS, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, saluait en elle « le triomphe le plus éclatant de l’égalité même, non de celle qui égalise les hommes en les abaissant, mais de celle qui les égalise en les élevant ».
Vous comprendrez que, malgré l’attachement que je porte à la France et à ses valeurs cardinales et malgré mon affiliation à l’Ordre des Palmes Académiques de France, j’étais loin de penser que mes modestes actions retiendraient l’attention des plus hautes autorités françaises, et me vaudraient un jour d’être inscrite au rang des hommes et des femmes qui ont mérité l’hommage d’entrer dans l’Ordre de cette prestigieuse institution deux fois séculaire, qui a su traverser les âges, et demeurer l’incarnation sacrée de l’honneur et de la patrie.
Je le dis sans fausse modestie, surtout qu’il s’agit de rejoindre parmi les illustres nominés, des personnalités remarquables du monde politique, scientifique, économique, social, artistique, culturelle et humanitaire, dont la haute autorité et la renommée s’imposent à tous par leurs actions exceptionnelles, voire héroïques. Ex : Président de L’Université de Lomé.
Qu’il me soit permis de saluer toutes les femmes légionnaires, et de rendre particulièrement hommage à Madame Geneviève de Gaule-Anthonioz, première femme Grand-Croix de la Légion d’Honneur qui s’est distinguée par son engagement dans la résistance contre l’occupation, et dans la lutte contre la pauvreté.
A cette femme d’honneur et de valeur, je voudrais associer dans un même hommage les nombreuses femmes de mon pays, d’Afrique et d’Europe, mes sœurs d’armes, qui luttent au sein des associations, contre l’ignorance, la pauvreté, la maladie et la discrimination sous toutes ses formes, et dont les
sacrifices et les victoires ne s’inscrivent que dans la mémoire de leurs consœurs. En cette occasion, je voudrais leur renouveler mon engagement à leurs côtés pour la promotion scientifique des femmes.
Je le fais avec d’autant plus de conviction que la promotion et l’épanouissement de la femme furent inscrits dans les préoccupations des maisons d’éducation crées pour les filles des membres de l’Ordre de la Légion d’Honneur.
En juillet 2008 le Président Nicolas SARKOZY a relevé, la faible représentation des femmes dans l’ordre (16%) et a promis de corriger ce déséquilibre en veillant à la stricte parité dans les promotions.
Je me réjouis d’être une des bénéficiaires de cette discrimination positive qui rend justice aux femmes dont la compétence et l’engagement sont incontestables. Cela me conforte dans la poursuite de mon combat pour une meilleure implication de la femme dans le développement d’un monde à visage humain.
J’étais légionnaire dans le cœur et l’esprit. Maintenant que j’en porte l’insigne, je promets de l’être davantage et de porter plus haut et plus loin les idéaux sincères de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, qui sont les piliers de la Légion d’Honneur.
Vive la France universelle, pour que triomphent l’Honneur et la Patrie, et que fleurisse sur notre planète une nouvelle civilisation, faite par les hommes et par les femmes, pour tous les hommes et toutes les femmes.
Vive le Togo, dont la devise est composée de mots chers à mon cœur: Travail , Liberté, Patrie.
Je vous remercie.

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