Démocratie et dictature de l’opinion

15/12/2011
Démocratie et dictature de l’opinion

Il existe un consensus dans la société moderne autour de la démocratie c’est-à-dire de la dévolution du pouvoir à des gouvernants pour une durée déterminée après des élections honnêtes et disputées dans des conditions fixées par la Constitution qui détermine les droits et les devoirs des citoyens.

Il existe, bien entendu, des régimes plus ou moins démocratiques : des échelles de vertu démocratique sont dressées par les institutions spécialisées qui ressemblent à des agences de notation.

A la base de la démocratie, il y a naturellement le pouvoir du peuple. Ce peuple qui a rappelé ses exigences à l’égard des gouvernants un peu partout dans le monde en cette année 2011 au point d’avoir été désigné par le magazine Time comme ‘’ l’homme de l’année’’.

Et, pourtant, la voix du peuple n’est pas toujours jugée légitime.

QUAND LES GOUVERNANTS CHERCHENT A ECHAPPER A LEURS RESPONSABILITES

Rappelons-nous ce qui s’est passé lorsque le dirigeant grec Papandreou a voulu soumettre à son peuple par voie de referendum le plan de rigueur qui lui était imposé par les autres pays européens. Il  a été sermonné, menacé par ses collègues au point qu’il a du renoncer à cette consultation et faire approuver le projet par le Parlement. Ce qui voudrait dire que, dans certaines circonstances, la voix du peuple n’est pas toujours bienvenue.

Et, en effet, un dirigeant charismatique peut abuser de son pouvoir pour court-circuiter les élus et refuser leur médiation en s’adressant directement au peuple.

Il peut aussi refuser d’endosser  la responsabilité de décisions impopulaires en se couvrant de la voix populaire.

Par ailleurs, on glisse facilement du referendum au plébiscite lorsque les gouvernants conditionnent l’opinion pour obtenir une adhésion.

Mais on ne peut non plus refuser dans une démocratie de faire appel au peuple si les circonstances l’exigent. Tout est justement affaire de circonstances et d’honnêteté dans le libellé des questions.

Le recours direct au peuple en dehors des élections doit rester exceptionnel.

Des cascades de dissolutions, d’élections anticipées ou de referendums sont à la démocratie ce que la fièvre est à l’être humain, la manifestation d’un état pathologique prononcé.

DE LA DEMOCRATIE A LA DICTATURE DE L’OPINION

L’excès en toutes choses est blâmable. La sondagite aigue qui sévit dans nos sociétés fragilise la démocratie.

La construction d’un pays ne se fait pas dans l’instantané. Le sondage tend à remplacer la gouvernance par la dictature de l’instant. Comment prendre en considération les intérêts supérieurs d’une Nation lorsqu’il faut satisfaire les pulsions au jour le jour ?

Les sondages sont comme les modes. Ils sont enthousiasmants et fugaces, apparemment plébiscités et aussitôt hors du temps.

Les sondages sont des instantanés alors que la vie d’une Nation est un film.

Ils additionnent des torchons et des serviettes alors que la politique est synthétique et globale.

Ils instaurent la dictature du présent alors que la vie d’un pays se conjugue au futur.

Ils transforment les dirigeants qui s’emmêlent dans leurs filets en des girouettes soumises à tous les aléas d’une dérive climatique.

La démocratie ne doit pas être confondue avec la dictature de l’opinion.

Koffi Souza

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