Togo-France : une relation apaisée dans une Afrique déstabilisée

14/11/2013
Togo-France : une relation apaisée dans une Afrique déstabilisée

Les relations entre la France et le Togo sont au beau fixe et c’est dans ce contexte apaisé que se déroule la visite officielle de Faure Gnassingbé en France à l’invitation de François Hollande.

Les réformes politiques et économiques en cours au Togo ont rassuré les partenaires au développement dont la plupart avaient pris leur distance en raison des incertitudes que créait un processus de démocratisation particulièrement difficile.

La France qui n’avait jamais rompu complètement a été la première à reprendre sa coopération avec le Togo.

Au moment où le Président Faure Gnassingbé rencontre le Président François Hollande à l’Elysée, la coopération franco-togolaise vient de franchir tout juste le cap symbolique des  cinquante années. C’est en effet le 10 juillet 1963 que le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République togolaise ont signé leurs tout premiers accords de coopération.

 Cette  coopération qui s’est diversifiée au fil des ans s’effectue aujourd’hui le long de trois axes majeurs, l’appui au développement et le social, la défense et la sécurité.

PROGRES DEMOCRATIQUES AU TOGO

Les progrès démocratiques du Togo ont rouvert les portes d’une coopération franche et sereine entre les deux Etats amis

Le succès des élections législatives du 25 juillet 2013, organisées dans un climat consensuel et de totale transparence  est sans doute l’une des manifestations les plus récentes de l’évolution positive  que connaît  la démocratie au Togo. 

L’apaisement du climat politique est le fruit du processus de réconciliation nationale qui a pris un tournant décisif avec la création le 29 mai 2009 d’une Commission Vérité Justice et Réconciliation. Le Président Faure Gnassingbé avait donné d’énormes chances de succès à cette Commission en portant à sa tête un prélat, Mgr Barrigah, évêque d’Atakpamé.

Aujourd’hui, la mise en œuvre des recommandations formulées par la CVJR suit activement son cours. En aout 2013, le Ministère des  droits de l’homme a été nommément  chargé, lors de la formation d’un nouveau gouvernement, de veiller à la mise en œuvre effective des recommandations qui sont contenues dans son rapport final.

L’apaisement politique dont jouit aujourd’hui le pays, n’aurait pas été possible sans une politique active de « main tendue » visant à transcender les clivages politiques pour mobiliser tous les Togolais dans l’œuvre de réconciliation et de reconstruction nationale.

L’ouverture politique amorcée en 2005 a pris un relief particulier en 2010,  notamment avec la signature d’un accord de gouvernement qui a permis au principal parti d’opposition, l’Union des forces de changement(UFC) ainsi qu’à d’autres formations politiques de faire leur entrée au Gouvernement.

L’ouverture politique s’est également manifestée par une série de réformes institutionnelles engagées dans le droit fil de l’Accord politique global(APG) signé en 2006. Cet accord  avait jeté les bases d’une refondation profonde de la vie politique au Togo.

Les grandes institutions de la République ont été ou sont en voie de réaménagement pour permettre aux représentants des différents courants de la vie politique d’y siéger et d’y faire valoir la diversité des opinions.

Il en va ainsi de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, de la Commission nationale des droits de l’homme, de la Cour constitutionnelle, etc., etc.

Dans sa déclaration de politique générale présentée devant l’Assemblée nationale en septembre 2013, le Premier ministre togolais Monsieur Séléagodji Ahoomey-Zunu a réitéré la ferme volonté du Gouvernement de poursuivre et de parachever les réformes institutionnelles et constitutionnelles nécessaires à l’ancrage de la démocratie et de l’Etat de droit au Togo.

En matière électorale, le Togo  a organisé depuis 2007,  avec un succès unanimement reconnu, trois scrutins de grande envergure. Il s’agit des élections législatives de 2007, de l’élection présidentielle de 2010 et des élections législatives de 2013. 

Ces trois grands rendez-vous électoraux se sont déroulés sans violence et dans un  climat consensuel même si certaines formations usent systématiquement de leur droit de contester les résultats. Ce droit s’exerce au demeurant dans l’indifférence générale.

Le Togo est entrée depuis 2007 dans une ère d’élections apaisées qui développe un climat propice à la poursuite de la coopération franco-togolaise.

LES RELATIONS ECONOMIQUES  TOGO FRANCE

La France est l’un des principaux partenaires commerciaux du Togo.

Les exportations françaises se concentrent sur les catégories de produits suivantes : produits pharmaceutiques, produits pétroliers raffinés et coke, équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique, produits des industries agroalimentaires, matériels de transport, produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l’aquaculture. En 2011, les exportations de la France ont progressé de 3,6%. 

Les importations, bien qu’en progression notoire (+29,4% en 2011avec un montant total de 23,041 M €), restent à un niveau très faible. Depuis quelques années déjà la progression est due essentiellement aux produits agricoles et aux produits des industries agroalimentaires.

Une vingtaine de filiales de sociétés françaises ainsi que plusieurs entreprises à intérêts français sont présentes sur le territoire togolais - en particulier dans les secteurs bancaire, de l’hôtellerie, des transports et de la manutention portuaire, des hydrocarbures, du BTP, des communications et de l’agroalimentaire.

La France souhaite densifier ces relations économiques. Accor a obtenu de conserver l'exploitation de l'hôtel Mercure Sarakawa pendant une période transitoire de un an durant laquelle il renégocie les termes de son bail; Veritas et la Soget viennent de se voir confier la mise en place d'un guichet unique au port de Lomé; La Société Générale ouvrira prochainement une agence à Lomé. 

LE DEVELOPPEMENT DE LA COOPERATION

La France est le premier bailleur bilatéral du Togo. En 2008, à l’occasion de la visite du Secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, a été signé le Document cadre de partenariat France-Togo (2008-2012). Sont privilégiés les secteurs de l’éducation, des infrastructures urbaines et de la

Santé, relevant des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Les actions de coopération conduites dans ces domaines sont essentiellement mises en œuvre par l’Agence Française de Développement. Des objectifs transversaux prioritaires sont également mis en œuvre par le MAEE : l’appui à la gouvernance, la promotion de la francophonie et de la diversité culturelle et le développement de la coopération de proximité.

La coopération au développement a pour principal canal d’intervention l’Agence française de développement.

Aujourd’hui l’AFD intervient au Togo par délégation de fonds de l’Union européenne à travers le programme d’aménagement urbain du Togo (PAUT) qui vise à assainir les quartiers Est de la ville de Lomé, déclarés zones vulnérables en raison des fréquentes inondations  qui y sont enregistrées.

L’AFD a subventionné le PAUT à hauteur de 8,5 milliards de FCFA (13 millions d’euros) notamment pour la lutte contre les inondations et la gestion des déchets solides. 

Par ailleurs l’AFD a subventionné grâce à une convention signée en août 2011 l’exécution du programme de développement communautaire des quartiers vulnérables urbains et périurbains  de Lomé à hauteur de 3,3 milliards de FCFA (cinq millions d’euros). Ce programme vise à améliorer les conditions de vie des habitants de ces quartiers et à faciliter leur accès aux services essentiels.

Démarré en 2007, sur un financement de l’Union européenne d’un montant total de 13,9 milliards de FCFA, le Programme d’aménagement urbain du Togo connaît un franc succès.

Une convention de financement pour le démarrage de la seconde phase a été signée en 2013 et devra permettre de mobiliser 28,3 milliards de FCFA soit 43 millions d’euros.

En 2009, l’AFD a bénéficié d’une délégation de fonds de l’Union européenne pour la mise en œuvre du programme d’appui à la sécurisation des élections présidentielles de 2010 au Togo pour un montant total de 3,5 millions d’euros.

Globalement l’aide publique au développement de (APD) accordée par la France au Togo en 2012 s’élève à 28,56 millions d’USD, soit 6,56% de l’aide totale octroyée au Togo. Ce qui place la France au 6e rang du classement des principaux partenaires au développement. Il s’agit par ordre d’importance de la Chine, la CEDEAO, la Banque mondiale, le système des nations Unies, l’Union européenne, la France, le Groupe de la Banque africaine de développement, les ONG internationales, la Banque islamique de développement et les Etats Unis d’Amérique.

Il faut noter que l’aide française au développement prend généralement la forme de dons de l’AFD qui s’élèvent à 27,406 millions USD pour 2012 alors que la Chine et la BIDC par exemple interviennent en priorité à travers les prêts concessionnels.

Autre détail important, l’AFD a accordé au Togo en 2012 un Appui global budgétaire de 0,60 millions USD, ce qui dénote de la confiance qui règne entre les deux partenaires.

Au-delà de l’Aide publique au développement, il faut signaler que depuis 1996, la France appuie la société civile togolaise à travers le Fonds Social de Développement  devenu Fonds d’appui aux sociétés civiles du Sud (FASCS).

Ainsi de 1996 à 2011 plus environ 5 milliards de FCFA soit 8,31 millions d’euros ont été mobilisés pour promouvoir des initiatives locales et innovantes portées par les acteurs de la société civile.

LA  PRIORITE DE LA SECURITE ET DE LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

La visite du Président Faure Gnassingbé à l’Elysée intervient  à un moment où l’Afrique est touchée par le terrorisme et la piraterie.

C’est l’occasion pour les partenaires de développer leur communauté de vues. Au cours des derniers mois, la sécurité régionale et continentale a été au cœur des relations entre les deux Etats, notamment avec l’intervention au Mali - où la diplomatie française a pu compter sur le soutien du Togo - mais aussi au Sahel, ou en RCA. Ce partenariat dans la lutte contre le terrorisme présent naturellement un intérêt pour l’Afrique occidentale au Sahel, première victime des actes terroristes, mais également pour l’Etat français qui cherche à stopper les groupes qui tenteraient de s’attaquer à l’Europe et la France.

Le Togo souhaite, par ailleurs, développer une stratégie maritime nationale de lutte contre la piraterie, avec l'appui de la France et s’intégrant dans un contexte régional. En mars 2009, le Togo a été le tout premier pays africain à réviser son accord de défense avec la France, conformément aux nouvelles orientations définies par Paris. Désormais, les relations entre les deux pays dans le domaine de la défense sont guidées par les principes de base que sont la transparence, la réciprocité, la concertation, le respect mutuel et la sécurité collective.

C’est à travers ce  cadre rénové et  adapté au nouveau contexte international que le Togo et la France effectuent périodiquement des exercices mutuels d’entrainement à la manœuvre dans les eaux togolaises ainsi que des échanges d’expériences professionnelles. Le dernier exemple de ce type de manœuvres remonte à septembre 2013, lors de l’escale de la frégate de surveillance Germinal dans le port de Lomé.

Des exercices de simulation de lutte contre la piraterie maritime ont été également menés au large des côtes togolaises en mars 2013, lors de l’escale du bâtiment de protection et de commandement le Mistral.

La lutte contre le trafic des stupéfiants est devenue ces dernières un domaine de prédilection pour la coopération entre la France et le Togo.

Le service de sécurité de l’Ambassade de France au Togo s’est ainsi beaucoup investi pour le renforcement des capacités des gendarmes, policiers, douaniers et autres auxiliaires  de  justice togolais, en matière de conduite des auditions des trafiquants présumés. 

Compte tenu des proportions importantes que prend la cybercriminalité, la Cellule cybercriminalité de la Direction centrale de la Police judiciaire bénéficie régulièrement de modules de formation dispensés par des experts français.

Le Togo et la France, dans le cadre  de leur spécificité et de leurs in intérêts nationaux développent ainsi une coopération sereine dans une Afrique déstabilisée.

Koffi SOUZA

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