Philippe Evégnon : « La culture de l'autorité de l'Etat n'est pas encore ancrée dans nos habitudes »

11/05/2009
Philippe Evégnon : « La culture de l'autorité de l'Etat n'est pas encore ancrée dans nos habitudes »

Le Togo dispose d'un Code de la presse considéré par les professionnels comme l'un des plus libéraux d'Afrique de l'Ouest. La notion de délit de presse n'existe pas et les journalistes ne risquent pas de finir en prison pour avoir critiqué des dirigeants politiques ; ce qu'ils ne se privent pas de faire. Pour Philippe Evégnon , le président de la Haute autorité de l'audiovisuelle et de la communication (HAAC), le Togo est un pays très avancé dans ce domaine.

« La liberté de la presse est effective au Togo, mais elle doit être soutenue par un minimum de responsabilité de la part des professionnels, explique Philippe Evégnon dans un entretien accordé à republicoftogo.com Republicoftogo.com : La liberté de la presse est-elle vraiment une réalité au Togo ?

Philippe Evégnon :

Oui, absolument ! Plusieurs facteurs le démontrent. D'abord, le pluralisme du paysage médiatique national, plus de 70 radios privées, 7 chaînes de télévisions privées et plus d'une centaine de titres de journaux privés enregistrés au niveau de la HAAC.

Ensuite, il y a la libéralité des tons éditoriaux qui s'observent dans les journaux.

L'autre facteur, c'est le Code togolais de la presse et de la communication qui ne contient plus de peines privatives de liberté en matière de délit de presse. Aujourd'hui, lorsqu'il y a délit de presse, la personne incriminée s'adresse à la Haute autorité de l'audiovisuelle et de la communication pour trouver une solution à l'amiable ».

Le dernier facteur, c'est l'aide à la presse qui a évolué de 50 millions au départ à 75 millions puis à 350 millions en 2009 et, selon la commission mise en place pour gérer cette aide, une bonne partie de cet argent sera utilisée pour la formation des journalistes. Je pense que c'est des éléments suffisants pour témoigner de la liberté de la presse dans notre pays.

Republicoftogo.com : On vous reproche de jouer le rôle de censeur. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

Philippe Evégnon :

J'ai l'impression que les togolais aiment bien établir les règles sans jamais vouloir les respecter !

Dans une démocratie, c'est d'abord la prescription de la loi, malheureusement au Togo, lorsqu'on applique la loi, il y a toujours des gens pour voir les choses autrement.

S'il est vrai que la liberté de la presse est une réalité dans notre pays, il faut bien que cette liberté soit souscrite dans le cadre d'une responsabilité collective, pour éviter les débordements.

L'article 2 du code de la presse dit que la presse écrite et audiovisuelle est libre, mais l'article 3 du même code dit que cette liberté doit respecter un certain nombre de principes dont la dignité de la personne humaine, la déontologie en matière d'information et de communication, la libre entreprise, le respect de l'ordre public, de la sécurité et l'unité nationale, le respect en matière de défense nationale.

C'est lorsque la HAAC constate la violation d'un de ces dispositifs qu'elle réagit et souvent par une démarche pédagogique et conciliante. Lorsque toutes les voies de recours sont épuisées que nous prenons des mesures disciplinaires prévues par la loi. Lorsqu'un journaliste dit d'un ministre en  fonction qu'il est « un cas social » dans un commentaire, c'est une insulte à l'endroit d'un honnête citoyen qui ne doit pas nous laisser indifférent.

Republicoftogo.com : Certains estiment que la liberté de la presse n'est en fait pas utilisée par les journalistes eux-mêmes. Une situation paradoxale.

Philippe Evégnon :

Cette question touche à l'éducation civique du citoyen. Nous devons d'abord apprendre à respecter l'autorité de l'Etat et je pense que cette culture n'est pas encore ancrée dans nos habitudes.

Conséquence, il se développe une sorte d'auto censure. Il faut être sûr de parler pour construire, pour éclairer ou édifier avant de se résoudre à parler.

 

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