Victoire à domicile

23/11/2007
Victoire à domicile

« L'acceptation mutuelle ». Sous ce titre, l'hebdomadaire l'Union paru vendredi au Togo évoque la rencontre entre le président Faure Gnassingbé et le leader de l'UFC, Gilchrist Olympio ; rencontre historique puisqu'elle s'est déroulée à la présidence, une première. «Ce n'est pas la première fois ni la dernière fois qu'on se voit», a tenu à préciser Gilchrist Olympio à la presse. Soit. Sauf que pour la première fois depuis près de vingt ans de carrière d'opposant à Gnassingbé Eyadéma, il a échangé avec le tenant du pouvoir à domicile », écrit le journal.

L'Union évoque dans le même numéro la reprise de la coopération entre Lomé et l'Union européenne qui sera officialisée dans quelques jours par le Premier ministre portugais également président du Conseil européen. Enfin l'hebdo ne manque pas de rappeler que le Togo a replongé dans le cycle douloureux des délestages. Voici une sélection d'articles publiés par l'Union

POLITIQUE

Amendement du règlement intérieur : Une éprouvante scène de juridisme à l'Assemblée

«Monsieur le Président, j'espère que les séances à venir ne ressembleront pas à celle que nous voyons aujourd'hui». Le député Doe Bruce Adama ne veut plus revivre le «kick and ruch» de cette véritable entrée en débat des nouveaux députés lors de la restitution en plénière du rapport du comité d'amendement du règlement intérieur de l'Assemblée. Le rapporteur et le président du même comité d'amendement sont longtemps restés en désaccord public au cours du débat général sur le texte à étudier. Cinq suspensions de séance pour adopter trente articles. D'aucuns diront que cela témoigne du sérieux que les élus y mettent d'entrée de jeu. Pour d'autres, c'est le signe que les discussions ont été franches entre les trois sensibilités de nouvel hémicycle. N'empêche. Les députés se sont tapés dessus par des arguments d'interprétation et de réécriture de la «constitution de l'Assemblée». Un pur juridisme qui a finalement servi un plat indigeste à ceux qui n'étaient qu'à un spectacle des initiés.

Tout est parti de l'article 9 du règlement qui précise : «le président de l'Assemblée nationale et les membres du bureau sont élus pour la durée de la législature dans les conditions fixées par le règlement intérieur…». Alors que le rapport du comité d'amendement mentionnait la formule «le président de l'Assemblée nationale et les autres membres du bureau», pour tenir compte de l'intitulé du chapitre IV détachant la durée des fonctions des membres du bureau de sa composition. On n'a pas compris par quelle alchimie le mot «autres» a été toiletté de la version à adopter. En réalité, les locataires du palais des congrès ont longuement voulu savoir si le président du bureau de l'Assemblée est un membre à part entière de celui-ci. Du coup, il est inconcevable d'imaginer un patron d'un bureau qui n'est pas membre du bureau. Même si un autre brandit l'argutie qui veut que, dans certains pays, le président de l'Assemblée n'est même pas un député ; plutôt quelqu'un parachuté du dehors. Visiblement, c'est un débat qui trouve sa source dans la formule du règlement intérieur de 2002, conjuguée à une disposition constitutionnelle dont le juridisme dit qu'elle contient une contradiction dans un même article.

Aux termes des alinéas 1 et 3 de l'article 54 de la loi fondamentale, «l'Assemblée nationale et le Sénat sont dirigés chacun par un président assisté d'un bureau. Les présidents et les bureaux sont élus pour la durée de la législature dans les conditions fixées par le règlement intérieur de chaque Assemblée (...) Il est pourvu au remplacement des autres membres des bureaux, conformément aux dispositions du règlement intérieur de chaque Assemblée». La polémique vient du distinguo établi entre le président et son bureau par l'emploi du participe passé «assisté». Autrement, le texte aurait à juste titre prévu que l'Assemblée est coiffée par un bureau dirigé par son président. Heureusement que la séance de droit ne pouvait provoquer une modification de la Constitution! Dans tous les cas, le chef des séances parlementaires reste, aux yeux de tous, une institution de l'Etat. Le temps s'est beaucoup écoulé et le texte de l'article 9 a été voté sans l'amendement à l'amendement. Et il n'a pas su arrêter le train du contre argument.

L'autre point qui a aussi épuisé les députés le mercredi dernier aura été l'article 12 du règlement. Il n'avait pas trouvé d'entente au sein du comité d'amendement. Selon la version initiale, «le président est élu au scrutin uninominal secret et à la tribune, à la majorité des membres composant l'Assemblée. Si cette majorité n'est pas atteinte au premier tour du scrutin, il est procédé à un deuxième tour pour lequel l'élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés. Au troisième tour, la majorité relative suffit ; en cas d'égalité de suffrages, le plus âgé est élu». Ici, c'est le Rassemblement du peuple togolais (RPT) qui s'est accroché à la suppression de «secret et à la tribune» par «à main levée». On veut croire que c'est le seul moyen de concrétiser le principe directeur de l'article 8 qui impose que toute élection interne reflète la configuration politique du palais. Pour ainsi dire qu'en aucun cas un groupe parlementaire ne peut occuper deux postes successifs du bureau de l'Assemblée (un ajout superfétatoire de l'article 10, selon certains députés). Pendant ce temps, des élus de l'Union des forces de changement (UFC) brandissaient une non protection du vote du député lorsqu'il votera en plein air.

C'est la crainte qu'un député ne sera pas inquiété quand il votera contre son propre parti. Même si on veut croire que les candidatures sont déclarées uniquement par les formations politiques. Le député Lawson Georges se sera inutilement battu pour faire comprendre que la guéguerre était plus superflue ; l'essentiel, c'est de déclarer que le parti qui a déjà obtenu le premier poste se rétracte au moment de pourvoir au poste suivant. En réalité, ce ne sera qu'un jeu de distribution entre le RPT et l'UFC devant le CAR qui n'a que quatre représentants. Pour Me Apévon Dodji du CAR, tout doit être le fruit d'une négociation de couloir entre les différentes sensibilités et non en plénière. Au RPT, on s'est vite rendu compte que la justice n'est pas une égalité. Tout doit être fait au prorata des 81 députés. Au finish, un aparté entre Patrick Lawson et Kpatcha Gnassingbé –en pleine suspension de cinq minutes sollicitée par l'UFC– a fait désamorcer le blocage : l'élection de l'équipe dirigeante de l'Assemblée se fera par vote à main levée. L'UFC a accordé la proposition tout en votant contre.

A la reprise d'hier, c'est l'ordre d'établissement des sept commissions qui a donné le ton des dissensions. Même si le doyen Vouley Frititi a martelé que les commissions ne sont nullement identifiables par quelque importance, des députés se sont tirés dessus : classer les commissions veut dire qu'il y a une classification entre les députés ; par pédagogie, numéroter les commissions peut vouloir dire classification ; par pédagogie, numéroter peut aussi vouloir dire décomptage ; au regard de ce qui se fait ailleurs, il y a une préséance entre les commissions ; il est aussi indécent de vouloir mettre uniquement des tirets. Et pourtant, la même écriture qui a vécu depuis 1994 n'a jamais empêché les commissions de bien fonctionner.

En rappel, le règlement intérieur jusque-là en vigueur a été adopté le 1er juin 1994 et modifié par les résolutions des 19 novembre 1996 et 29 avril 1999. Il est composé de 140 articles contenus dans sept titres.

Assemblée nationale : Le CAR érigé en groupe parlementaire

Cela peut ressembler à une particularisation d'un texte impersonnel au parti de Yawovi Madji Agboyibo. Mais pour des juristes députés, le règlement intérieur est un texte interne à une institution et doit pouvoir évoluer avec les éléments de celle-ci. A cela s'ajoute l'envie de sauvegarder un climat d'acceptation et de participation de tous à la cause nationale.

Particulièrement le Comité d'action pour le renouveau (CAR) devra siéger aux structures de l'hémicycle. C'est ainsi que le nouvel article 26 précise qu'«un groupe ne peut être reconnu comme administrativement constitué que s'il réunit au moins le vingt-cinquième des membres composant l'Assemblée nationale». Par une erreur de calcul, le comité d'amendement avait prévu le vingtième ; ce qui fait une moyenne de 4,05 qui dépasse le nombre obtenu par la caravane du CAR le 14 octobre 2007. Dans l'ancien texte appliqué pendant la troisième législature, un groupe ne peut être constitué que s'il réunit au moins le dixième de l'effectif de l'Assemblée.

Visiblement, le CAR ne veut pas prêter le flanc à une alliance ouverte au sein de l'hémicycle en n'adoptant pas la forme d'un groupe parlementaire. Tout pourrait se négocier en coulisse. Au cours du vote, chacun devra en principe garder sa force de conviction

En général, les députés peuvent s'organiser en groupes par affinités politiques. Ils doivent remettre en ce cas au bureau de l'Assemblée nationale une déclaration indiquant le nom et la composition de leur groupe. Ce document est publié au Journal Officiel. Toute modification doit, par parallélisme des formes, être portée à la connaissance du bureau de l'Assemblée. Un parti politique ne peut constituer plus d'un groupe parlementaire. Un député ne peut appartenir qu'à un seul groupe. Les députés qui n'appartiennent à aucun groupe peuvent s'apparenter à un groupe de leur choix avec l'agrément du bureau de ce groupe. Ils comptent pour le calcul des sièges accordés au groupe dans les commissions. Tout député qui n'appartient ou ne s'apparente à aucun groupe est dit non-inscrit. Les modifications à la composition d'un groupe sont portées à la connaissance du bureau de l'Assemblée sous la signature du président du groupe s'il s'agit d'une radiation, sous la signature du député intéressé s'il s'agit d'une démission, et sous la double signature du député et du président du groupe s'il s'agit d'une adhésion ou d'un apparentement.

Vacances au sein du bureau

Selon la lettre de son nouveau règlement intérieur, l'Assemblée nationale est dirigée par un président assisté d'un bureau. Aux termes de l'article 12, «le président est élu au scrutin uninominal à main levée, à la majorité des membres composant l'Assemblée. Si cette majorité n'est pas atteinte au premier tour du scrutin, il est procédé à un deuxième tour pour lequel l'élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés. Au troisième tour, la majorité relative suffit ; en cas d'égalité de suffrages, le plus âgé est élu».

Par pure logique, les fonctions du président de l'Assemblée prennent fin s'il est censuré par la majorité des députés composant l'hémicycle ; la piste d'un quorum des deux tiers est ainsi abandonnée. En cas de vacance par décès, démission ou toute autre cause, l'Assemblée élit un nouveau président dans les 15 jours qui suivent la vacance si elle est en session. A défaut, elle se réunit de plein droit en session extraordinaire convoquée dans les 8 jours par le premier vice-président ou, le cas échéant, le deuxième vice-président. Pour réparer la vacance d'un autre poste, il est procédé à un remplacement au plus tard au cours de la prochaine session, toujours à main levée.

Le vote sans blocages au sein du bureau

L'amendement de l'article 24 vise à éviter d'éventuels blocages au niveau des travaux du bureau et par-là même inciter tous les membres à prendre part activement à tous les travaux. Le bureau ne délibère que si cinq de ses sept membres, dont obligatoirement le président ou un vice-président, sont présents. Si ce quorum n'est pas atteint, il est procédé à une seconde convocation. Dans ce cas, le bureau peut délibérer valablement si quatre de ses sept membres, dont obligatoirement le président ou un vice-président, sont présents. A défaut de consensus, il prend ses décisions à la majorité des membres présents. En cas de partage égal des voix au deuxième tour, celle du président ou du président de séance est prépondérante. Aucun membre du bureau ne peut donner délégation à un autre membre aux fins de le représenter à une réunion de bureau.

UE-Togo : Enfin l'éclaircie

Après bien des péripéties et plus de  quatorze ans de sanctions, la reprise de la coopération entre Bruxelles et Lomé semble être inéluctable. « Le Togo a rempli les conditions pouvant lui permettre de renouer avec l'Union européenne. De mon point de vue, les conditions pour ouvrir la normalisation complète de la coopération entre l'UE et le Togo sont remplies. Normalement, dans les semaines qui viennent, c'est-à-dire avant la fin de l'année, il devrait y avoir une décision qui devrait cautionner l'idée de cette normalisation », a expliqué Louis Michel,  Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, à l'issue de l'audience que lui avait accordée le Chef de l'Etat togolais.  La normalisation des relations  entre l'UE et Lomé, première étape d'une reprise de la coopération internationale avec le Togo, est intervenue il y a deux ans, lorsque Bruxelles avait conditionnée sa reprise de coopération à l'organisation d'élections législatives libres et transparentes. Ce qui vient d'être fait. La mission d'observation de l'UE dépêchée pour surveiller le processus électoral n'a délivré qu'un satisfecit général. Il n'y a donc plus d'obstacle au retour du Togo dans les escarcelles de l'UE.

Mais que de chemins parcourus. C'est en effet en 1993 que Bruxelles a décidé de la suspension partielle de sa coopération avec le Togo pour cause de violations des droits de l'Homme par le régime Eyadema. Après quatre ans de tractations et de missions de bons offices, l'UE  conditionne en 1997 la relance de son aide à la tenue d'élections libres et démocratiques.  Mais les élections présidentielles du 21 juin 1998 sont jugées irrégulières par Bruxelles. Les observateurs européens avaient en effet dénoncé des manipulations grossières qui auraient entaché ce scrutin. Toutefois le 30 juillet 1998  s'ouvraient à Bruxelles des consultations entre l'UE et une délégation togolaise conduite par le Premier ministre d'alors Kwasi Klutse. Il s'agit de la première application d'une procédure fondée sur l'article 366bis de la convention de Lomé IV révisée visant les pays ACP accusés de violation des principes démocratiques et l'Etat de droit. Malheureusement les consultations ont plutôt débouché sur la suspension formelle de l'aide européenne au Togo, à l'exception de l'aide humanitaire. Un an plus tard, soit en juillet 1999, l'UE intervient dans la crise politique togolaise en nommant l'ambassadeur autrichien Georg Reiche, comme facilitateur, aux côtés de Bernard Stasi et Paul Von Stupnagel, les médiateurs français et allemand. Leur but était d'encourager le dialogue entre la mouvance présidentielle et les partis d'opposition afin de trouver une issue à la crise et mettre en Œuvre l'accord cadre de Lomé. Mais le processus de démocratisation capote à nouveau. En 2000, le Togo, persuadé d'avoir gain de cause, posa sa candidature pour accueillir les cérémonies de signature du nouvel accord entre l'UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Et pour cause. Depuis 1975, date de la première Convention de Lomé, la capitale togolaise a toujours abrité la signature des accords euro-ACP renouvelés tous les cinq ans. L'époque n'est plus la même.

L'UE refuse que son nouveau partenariat avec les ACP, qui accorde une place importante aux droits de l'Homme et la démocratie, soit signé dans un pays qui viole, à ses yeux, ces principes. L'accord sera signé à Cotonou. Mais  les autorités togolaises ne baissent pourtant pas les bras. En juin 2002 le  feu président Eyadema est reçu par le président de la Commission européenne d'alors, Romano Prodi.  Suite aux législatives d'octobre 2002, le gouvernement togolais demande la relance du dialogue avec l'Europe dans l'espoir d'une reprise de l'aide financière. Mais l'UE juge que ces élections législatives, boycottées par les partis d'opposition signataires de l'accord de Lomé, ont manqué de crédibilité. Passeront deux ans déserts.

Le 14 avril 2004, le gouvernement conduit par le premier ministre Koffi Sama, signe  à Bruxelles, les 22 engagements pour restaurer les principes démocratiques, les libertés fondamentales, les droits de l'Homme et établir un dialogue national avec l'opposition.  

L'UE dit attendre l'exécution effective des promesses togolaises. Et le 31 août 2004  la Commission de Bruxelles propose une reprise, sous conditions, de l'aide européenne. En Novembre 2004 l'UE considère comme des «initiatives notables» de la part des autorités togolaises, la réunion en août 2004 avec l'opposition traditionnelle pour instaurer un dialogue national transparent, l'adoption d'un nouveau code de la presse, un meilleur accès des partis d'opposition aux médias publics ou l'accélération des jugements des prisonniers politiques en détention préventive. Mais l'Europe conditionne encore la reprise de sa coopération à des efforts supplémentaires en matière de démocratie. Elle suspend d'ailleurs la notification de son aide au Togo (40 millions d'euros au titre du 9ème FED et 12 millions du Stabex) à la révision du code électoral acceptable pour tous les partis togolais et à la fixation d'une date pour l'organisation d'élections législatives libres et transparentes. Les fonds ne seront débloqués et la coopération avec Lomé ne sera pleinement rétablie qu'au lendemain du scrutin parlementaire. Le 27 décembre 2004,  en visite à Lomé, le commissaire européen au Développement Louis Michel se disait optimiste, suite à l'annonce par le président Eyadema de la tenue d'élections législatives en mars ou avril 2005.  Mais le 6 février 2005,  après la désignation, de Faure Gnassingbé Eyadema comme successeur du défunt président, Eyadema, Louis Michel appelle les  responsables togolais «au respect strict des procédures prévues par la Constitution» pour ne pas hypothéquer le dialogue interne et les perspectives d'amélioration des relations avec l'UE. La tenue d'élections étant la condition sine qua non d'une normalisation de la coopération européenne.  Le retour à la constitutionnalité et l'annonce des présidentielles pour avril 2005  avaient remis le Togo sur la bonne voie. Mais les violences qui ont émaillées ces élections ont quelque peu creusé encore l'écart entre les deux parties. La signature de l'Accord Politique Global  le 20 août 2006 et la formation d'un gouvernement d'union nationale ont été fort appréciées par Bruxelles. L'exécution des réformes contenues dans cet accord et la réussite des dernières législatives sautent les derniers verrous sur la voie de la reprise et augurent des lendemains meilleurs pour les populations.  Les retombées de ce dégel sont en effet énormes. Il s'agit des enveloppes de près 120 millions d'euros (78 milliards de francs CFA), au titre du 10e FED pour la période de 2008 à 2013. En avant goût, l'EU a accordé le 15 novembre denier une subvention de 17 milliards au Togo.

Après deux ans de  réformes menées au pas de charge par le président Faure Gnassingbé, voici venue enfin l'heure de la dégustation. Vivement le début de la reconstruction du pays.

Rencontre Faure-Gilchrist au Palais de la Présidence : L'acceptation mutuelle

Les commentaires sont allés dans tous les sens sur une image à la télé du leader radical au régime togolais en entretiens, mercredi, avec Faure Gnassingbé. En Italie, chez les Saint Egidio, on pourrait comprendre. Ou encore à Ouagadougou. Mais, c'était à Lomé, au Palais de la Présidence.

L'unique opposant à feu Gnassingbé Eyadéma serait-il revenu à la réalité. Contre la logique à laquelle il nous a toujours habitués, il s'est déplacé, mercredi, en milieu de matinée, au Palais de la Présidence, en bordure de la mer à Lomé, pour rencontrer Faure Gnassingbé. «Ce n'est pas la première fois ni la dernière fois qu'on se voit», a tenu à préciser Gilchrist Olympio à la presse. Soit. Sauf que pour la première fois depuis près de vingt ans de carrière d'opposant à Gnassingbé Eyadéma, il a échangé avec le tenant du pouvoir à domicile.

On croyait la chose impossible, tellement l'homme a passé toute sa carrière à fuir la cohabitation et à diaboliser les tenants du pouvoir. Histoire de ne pas se « compromettre ». Et de tenter de préserver l'intégrité d'une popularité entretenue par le refus permanent de rencontrer le seul maître de Lomé. Ses visites-éclair, souvent annoncées à grands coups de média, visaient aussi le même but.

La méthode Faure

La réalité, c'est qu'on ne peut plus faire de la politique sans se parler. Et Faure Gnassingbé l'a si bien compris. Se mettant à la disposition de l'autre, contre le cours des choses, le chef de l'Etat se déplace, en Italie, Abuja, Ouaga… à sa rencontre pour échanger. Il est dispo, en toute heure, affichant cette volonté inouïe de discuter et d'associer son principal adversaire politique. C'est pourtant si simple, puisqu'il s'agit de parler du Togo, de son devenir. La persévérance de Faure a fini par avoir raison de la méfiance de Gil.

Ç'aurait été maladroit que l'opposant ne rende pas la pièce de cette politesse. Après avoir fait déplacé le chef de l'Etat à l'extérieur de son pays, Gilchrist Olympio n'a pas eu le toupet, en avril 2006, de rendre ne serait-ce qu'une visite de courtoisie à Faure Gnassingbé, alors qu'il était présent à Lomé pour célébrer la Fête de l'Indépendance. Pendant que tout le monde assistait au défilé de circonstance, lui, il s'est retrouvé avec des badauds sur le stade du Cimetière à Lomé. C'est le radicalisme même. De l'intégrité politique. Heureusement que seules certaines personnes ne changent pas, comme dirait l'adage.

Et le mythe ?

Reste pour Gilchrist Olympio à entretenir le mythe. Pour avoir collaboré avec le Rassemblement du peuple togolais (RPT) dans un gouvernement d'union nationale, pourtant accepté par tous, Yawovi Agboyibo et Léopold Gnininvi en ont payé, cher, le prix, dénigrés qu'ils ont été par l'Union des forces de changement (UFC). Avant eux, c'est exactement le même sort qu'ont subi Edem Kodjo et Zarifou Ayéva de la part d'Agboyibo et de Gnininvi pour avoir cohabité avec le RPT.

Le leader de l'UFC redoute-t-il cette éventualité ? Sûrement, de la part de ses militants et sympathisants. Pourtant, le parti est intéressé par des postes ministériels, et même la Primature d'Agboyibo. C'est le prix à payer en politique.

ECONOMIE

Energie : Welcome Délestage

Des signaux avaient dévoilé  son come back depuis le début du mois de novembre. Les autorités de la Communauté Electrique du Bénin (CEB) et de la Communauté Energie Electrique du Togo (CEET) viennent de confirmer le retour du délestage. La CEET nous a pourtant fait croire au départ à une panne sur les réseaux de ses fournisseurs. Mais le jeu n'a pas duré longtemps. Mis à nu, les responsables du secteur énergétique sont obligés de sortir de leur mutisme et jouer les victimes. Selon les explications données par la CEET, qui semblent être pris de court par cette situation, les causes de ce phénomène sont essentiellement liées à la diminution de la puissance importée du Ghana et de la Côte-d'Ivoire. La résurgence des coupures électriques est consécutive à la baisse du niveau d'eau dans les barrages des pays fournisseurs. Mais le Directeur général adjoint de la CEB, Kankpa Kokoroko est allé plus loin pour dévoiler que c'est sur une injonction de la Volta River Authority (VRA) du Ghana  à la CEB de limiter sa consommation sur son réseau que la CEB a été contrainte de demander à la CEET de délester ses clients. En effet selon la Direction de la CEET, c'est le mercredi 14 novembre vers 17 heures qu'un fax est arrivé de la VRA l'enjoignant de ramener la puissance tirée sur son réseau de 50 à 25 Mw sous peine de voir coupé ses deux lignes de fourniture connectées à son réseau, notamment celle reliée au réseau de la Compagnie Ivoirienne de l'Electricité (CIE).

La surprise affichée par la CEET face à situation étonne plutôt certains spécialistes. « Depuis 1998 où le délestage a commencé, la VRA a toujours surpris par ces décisions. Ce n'est pas nouveau. On aurait pu anticiper surtout que la reprise délestage était annoncée pour fin octobre dernier », explique-t-on du côté de la CEB. Qui plus est, la CEB affirme que le fax d'injonction de la VRA est arrivé à Lomé depuis le 12 novembre et non le 14 novembre comme le soutient la CEET.  Les dissensions qui couvaient entre les deux institutions depuis que le Togo, par le biais de la CEET,  avait décidé de négocier directement  avec le groupe américain Global Gontour l'acquisition d'une centrale d'une puissance de 100 Mw, se dévoilent au grand jour. Faut-il le rappeler, le Togo et le Bénin avaient confié les négociations avec le groupe américain à la CEB depuis 2006. Mais alors qu'elles semblent aboutir, la CEB décida d'abandonner ces négociations avec Global.

Le gouvernement togolais  au temps fort de la crise énergétique, a décidé de faire cavalier seul en concluant un accord avec la société américaine au grand dam de la CEB. Depuis, la compagnie interétatique semble avoir perdu son monopole et son hégémonie dans les contrats énergétiques au profit de ces deux clients. Selon des observateurs, l'existence même de la CEB risque d'être remise en cause dans les années à venir avec l'introduction des privés  plus compétitifs dans le secteur.

Ce que redouterait le Bénin voisin. Son souhait c'est que cette structure puisse conserver ses prérogatives, au moins, jusqu'en 2010, date de la fin des travaux du grand barrage d'Adjraralla au Bénin. Le coût de réalisation de ce fleuron commun aux deux pays est évalué à 100 milliards de francs CFA, endossés favorablement par la Banque Mondiale et d'autres bailleurs de fonds. Si le Togo se décide à bouder la CEB, la bancarisation de ce projet risque de prendre un coup dur, selon certains milieux. Les créanciers préférant concéder des prêts à deux pays plutôt qu'à un seul. On n'en est pas là pour l'instant.

Mais la froideur qui caractérise aujourd'hui les relations entre le directeur de la CEB et son collègue de la CEET reflète bien la méfiance que se vouent les deux institutions. Toutefois la décision du Ghana de tempérer les ponctions de la CEB dans ses réserves énergétiques est justifiée par la hausse de la demande dans le pays et par des stratégies politiques. Les travaux de construction des stades dans le pays pour abriter la CAN 2008 consommeraient beaucoup d'énergie. Qui plus est, les présidentielles étant prévues pour l'année prochaine, le parti au pouvoir voudrait faire des yeux doux aux populations en leur accordant plus d'autonomie énergétique qu'elles n'en ont eu jusqu'ici.  Comme on le voit, le Ghana a préféré assurer ses arrières plutôt que de se nourrir d'une pathétique politique de bon voisinage moins rentable.

Ainsi avec seulement une disponibilité  énergétique comprise entre 45 et 50 Mw par jour pour une consommation réelle  de 100 Mw aux heures de pointe, la CEET  a  remis son programme de délestage mal respecté d'ailleurs. Selon les dispositions annoncées, le quartier administratif est alimenté de 7H à 15H alors que les zones résidentielles sont reparties en deux plages horaires : 06H à 18H et 18H à 24H.  La CEET dit avoir mis ses groupes en réparation pour être opérationnels à fin décembre au plus tard. D'autres  nouveaux groupes seront également disponibles en janvier 2008. Puis viendra l'année prochaine, si Dieu le veut, l'énergie du gazoduc ouest africain, annoncée depuis des années à grands renforts de publicité. Autrement, aucune solution n'est possible est avant la fin de l'année. Et dire que c'est depuis 1998 que cette situation dure !

Grande soirée de jazz  au Goethe Institut

Le Goethe institut accueille une soirée de jazz le 29 novembre prochain de 19 h à 22 heures. La soirée sera animée par les groupes String Thing d'Allemagne,  Eliké et Le Guy Réna Group du Togo. Les Allemands connus comme les meilleurs musiciens de jazz en Europe, feront une musique basée essentiellement sur le violon, la violoncelle et la contrebasse. Un jazz européen et blanc qu'on aura à cŒur de découvrir.

Les Togolais du groupe Eliké et du Guy Réna Group constituent plus un club de jazz que de vrais musiciens de jazz. Ici le jazz est plus chanté que joué. Néanmoins, ils constituent l'un des rares groupes de musique du jazz de la capitale, où l'on sent en voie de disparition ce goût pour l'art du grand maître Duke Ellington et du baasiste John Coltrane.

Un Togolais nominé aux Danish World Awards 2007

Lauréat des Danish World Awards 2006 dans la catégorie World Track, l'artiste togolais polyvalent du Danemark, Sylvester Yawo Agbedoglo alias Master Drummer en café-concert au Centre Culturel Français de Lomé le 29 Septembre dernier est doublement nominé aux Danish World Awards 2007 dans les catégories  World Track avec le single Kamassan,  World best album avec son album Tsadila sorti en 2006

La finale des Danish World Awards 2007 est prévue pour le Jeudi 22 Novembre à Copenhague Djiz Haus á 21h 00.

© L'Union du 23 novembre 2007

 

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