Vraie libération, faux intermédiaire

06/03/2013
Vraie libération, faux intermédiaire

La semaine dernière, Jeune Afrique publiait une information selon laquelle l’ancien député européen, Michel Scarbonchi (photo), aurait joué un rôle central dans les négociations permettant la libération provisoire de Loïk Le Flock-Prigent, incarcéré pendant cinq mois au Togo pour complicité d’escroquerie. 

Faux. La justice togolaise, et elle seule, a pris la décision de remettre l’ancien patron d’Elf en liberté pour raison médicale.

Michel Scarbonchi s’était déclaré scandalisé par les assertions de l’hebdomadaire, jurant n’y être pour rien, et se déclarant déterminé à obtenir du journal un démenti.

« Je n’ai joué aucun rôle dans la libération de M. Le Floch-Prigent. La justice togolaise est totalement indépendante et j’en suis le premier témoin pour travailler sur ce pays depuis des années. Moi je n’ai aucun intérêt à jouer ce rôle à la con d’intermédiaire, cela ne m’intéresse absolument pas. J’ignore pourquoi Jeune Afrique s’en prend à moi », avait-t-il d’ailleurs confié mercredi dernier dans un entretien téléphonique avec Republicoftogo.com.

Or, à défaut de démenti, Jeune Afrique propose dans sa dernière livraison une enquête de 3 pages titrée ainsi : « Les dessous d’une libération ». Et quel personnage se retrouve au cœur de l’affaire et de l’article ? Michel Scarbonchi !

C’est bien cet ex-député européen qui a été à la manœuvre du début à la fin de l’affaire, affirme le journal. En informant Le Floch-Prigent dès août 2012 des risques d’une arrestation. C’est encore lui « qui joue sa partition » en expliquant aux autorités togolaises qu’un accident de santé ferait mauvais effet à Paris.

Présenté par Jeune Afrique comme consultant de plusieurs chefs d’Etat africains, dont Faure Gnassingbé, Scarbonchi est décrit comme l’homme clé. La preuve. « Le 13 février au soir dans le plus grand secret Michel Scarbonchi se rend à Lomé après avoir prévenu quelques proches + Je vais ramener Le Floch+ ».

Toujours selon l’hebdo, l’affaire capote après la publication par le Parti socialiste d’un communiqué peu amène à l’égard des autorités togolaises.

L’ex-député européen relate dans les colonnes du journal un entretien supposé avec le ministre de l’Economie et des Finances, Adji Otéth Ayassor, au cours duquel ce dernier n’aurait pas caché sa colère à la lecture du texte, parlant d’un « jugement partial et d’une ingérence inadmissible ».

Problème, non seulement M. Ayassor n’a jamais tenu de tels propos, mais il n’a, à aucun moment, abordé ce dossier avec son interlocuteur; des questions qui ne relèvent pas de sa compétence d'ailleurs.

Last but not least, Scarbonchi se targue d’avoir apaisé les tensions entre les socialistes français et le pouvoir togolais après un coup de fil passé au député Jean-Christophe Cambadélis, auteur du communiqué.

A en croire Jeune Afrique, les interventions répétées de Scarbonchi permettent la libération de Le Floch le 26 février.

De deux choses l’une, ou bien les journalistes de l’hebdomadaire panafricain font preuve d’une imagination débordante, ou bien la rédaction s’est fait berner par cet intermédiaire de haute volée, ce qui est le plus probable.

Pour les lecteurs peu au fait des réalités togolaises, un certain nombre de précisions s’imposent.

Michel Scarbonchi n’est pas et n’a jamais été conseiller du président du Togo ; il n’a pas accès aux cercles décisionnaires à Lomé. 

D’ailleurs le droit de réponse adressé mercredi par la présidence de la République à Jeune Afrique parle de lui comme d’un « opportuniste ».

Il n’a joué aucun rôle de médiation ni auprès des autorités togolaises, ni auprès de Loïk Flock-Prigent pour permettre sa libération. Enfin, M. Scarbonchi n’a jamais été mandaté pour jouer les missi dominici entre le gouvernement togolais et le Parti socialiste français.

Voici le droit de réponse adressé mercredi par la présidence de la République à Jeune Afrique

C’est avec beaucoup d’étonnement que la Présidence de la République togolaise a pris connaissance du récit romancé de la mise en liberté provisoire  de   M. Loïc Le Floch Prigent, inculpé pour sa participation présumée à une affaire d’escroquerie internationale et incarcéré jusqu’à une date récente à Lomé. Ce récit est publié dans le numéro 221 de Jeune Afrique.

Nous sommes bien surpris que  Jeune Afrique ait pris pour argent comptant des déclarations aussi fantaisistes, émanant de personnes qui n’ont aucun lien, ni officiel, ni officieux avec le Palais présidentiel. 

La Présidence de la République togolaise est en effet  très étonnée que Jeune Afrique, qui nous a habitué à plus de rigueur, ait choisi  de prêter foi  aux allégations de certains opportunistes qui tentent visiblement  de s’attribuer « les beaux rôles » dans une affaire judiciaire  qui, tout en étant très complexe, suit néanmoins son cours normal . 

Dans ces conditions, il a été particulièrement choquant,  de lire dans les colonnes de Jeune Afrique que la libération de M. Loïc Le Floch Prigent a été « décidée en réalité par le Président Faure Gnassingbé beaucoup plus que par le parquet de Lomé ».

Cette perception erronée et totalement anachronique du fonctionnement des institutions togolaises est d’autant plus regrettable que le Chef de l’Etat togolais n’a jamais eu le moindre échange sur l’affaire en cause avec les personnes qui sont prétendument présentées  comme les artisans de la mise en liberté provisoire de l’ancien patron d’Elf.

Pour leur part,  les  autorités togolaises ont toujours pris acte des  démarches officielles visant à obtenir, dans le cadre de la protection diplomatique, une libération de M. Le Floch Prigent pour raison de santé. Sur la question,  la position du Gouvernement togolais n’a du reste jamais varié. Elle a consisté et consiste toujours à laisser à la justice le soin d’en décider, en toute indépendance.

Aujourd’hui que le volet des confrontations avec l’ancien patron d’Elf est clos, l’on peut comprendre que le parquet n’ait plus jugé utile de garder en détention l’intéressé dont les avocats et la famille avaient d’ailleurs sollicité une évacuation sanitaire de longue date.

En tout état de cause, votre article ne rend pas justice aux efforts que le Togo déploie dans le domaine de la bonne gouvernance. Même s’il reste du chemin à faire, le Togo ne peut plus être présenté comme un pays où les décisions de justice  sont le fait du Président de la République. Ce serait purement et simplement injuste.

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