Gilbert Houngbo : « Le Premier ministre doit être prêt à prendre des coups »

03/02/2009
Gilbert Houngbo : « Le Premier ministre doit être prêt à prendre des coups »

Calme et déterminé. Le Premier ministre togolais, Gilbert Houngbo, a bien l'intention de poursuivre et d'amplifier les réformes, quitte à prendre des coups dans un climat pré-électoral.

Le chef du gouvernement note une crispation du débat politique depuis le début de l'année, prélude aux élections présidentielles de 2010. Pour ce haut fonctionnaire international issu des Nations Unies et membre d'aucun parti politique au Togo, les critiques à l'égard de l'action gouvernementale relèvent de calculs politiciens.La relance de la machine économique demeure sa priorité. Dans un entretien accordé à republicoftogo.com, Gilbert Houngbo détaille l'ensemble des actions menées en faveur de la population dans le secteur de l'éducation, de la santé ou de l'agriculture.

Il explique également les raisons pour lesquelles les aides internationales et les remises de dettes prennent un certain temps avant de devenir effectives donnant du même coup l'impression d'une certaine inaction des autorités.

Republicoftogo.com : Quelques jours après la présentation de votre bilan des « 100 jours » à la télévision, des partis appartenant à l'opposition et des journaux privés ne se privent pas de vous critiquer jugeant ce bilan « mitigé » Que leur répondez-vous ?

Gilbert Houngbo :

Certains n'ont assurément pas compris le sens de cette émission. Le 1er octobre 2008, le Conseil des ministres a adopté un programme d'urgence à exécuter en trois mois. C'est donc les résultats de ce programme spécifique que nous avons présenté à la télévision, secteur par secteur. Si vous reprenez le communiqué officiel publié à l'issue de ce Conseil, vous constaterez que beaucoup de choses ont déjà été réalisées et que tous les chantiers annoncés dans ce programme d'urgence ont été ouverts.

Qualifier le bilan de « mitigé » est un peu exagéré. Cette lecture est faîte par deux catégories de Togolais. Il y ceux qui inscrivent leur démarche dans des calculs politiciens ; ce que je peux comprendre, et il y a ceux qui estiment qu'en comparaison de l'immensité des travaux et des attentes de nos populations, les résultats sont trop minces.

Vous êtes donc globalement satisfait ?

Gilbert Houngbo :

Honnêtement, nous sommes satisfaits même si il y a certains éléments sur lesquels nous accusons des retards de quelques semaines et ce, dans le but de mieux combattre la corruption. Soyons clairs, on ne peut pas tout faire en 3 ou 4 mois, mais plus que jamais, nous sommes déterminés à aller de l'avant.

Les critiques les plus vives à l'égard du gouvernement portent sur les dossiers politiques. Retards dans la mise en place de la Commission « Vérité, Justice et Réconciliation » et absence de mise en Œuvre du Cadre permanent du dialogue.

Gilbert Houngbo :

Un constat s'impose :  tous les partis politiques sont déjà dans la logique de 2010 (année de l'élection présidentielle au Togo, ndlr). Les critiques relèvent de calculs politiques des uns et des autres en fonction d'intérêts stratégiques ; ce qui est tout à fait légitime.

La réalité est que le gouvernement a accepté les recommandations formulées concernant la Commission « Vérité, justice et réconciliation ». Une vraie politique de réconciliation ne peut se faire qu'en dehors de tout calcul politique. La nomination du président de cette Commission est donc une tâche très difficile. Nous avons passé ces derniers mois à examiner plusieurs noms possibles. Il nous a été demandé de choisir une personnalité issue du monde religieux. Nous pensons qu'il s'agit là d'une très bonne idée même si ce n'est pas un dogme.

Je crois que le chef de l'Etat aura très prochainement une réunion avec les leaders religieux afin de faire évoluer l'agenda et de prendre leurs conseils et avis.

Ce retard est justifié car il faut du temps pour réunir toutes les conditions favorables à la création de cette importante structure dans un climat serein et dépolitisé.

Le gouvernement est aussi accusé de ne pas respecter les accords APG.

Gilbert Houngbo :

Que l'on me dise en quoi le gouvernement ne respecte pas l'APG !

Les réformes constitutionnelles et institutionnelles sont un vaste chantier. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le président Faure Gnassingbé a convoqué une session extraordinaire de l'Assemblée nationale afin de commencer les débats.

La vraie question est que certains estiment que les discussions ne doivent pas avoir lieu au niveau du Parlement. Avons-nous, nous Togolais, un respect pour nos institutions ? L'Assemblée actuelle représente le Peuple. Elle est issue d'un scrutin libre et transparent. Elle doit donc jouer son rôle. Telle est ma conviction.

S'agissant du cadre permanent du dialogue, le gouvernement est tout à fait disponible, mais les partis d'opposition n'y amènent pas le consensus. Si nous avançons, on risque de nous accuser de ne pas respecter la classe politique. C'est ce qui justifie ce retard. Nous allons très bientôt proposer des noms pour cette Commission

De manière générale, il est très bon pour notre pays d'avoir un cadre de ce type où tous les problèmes du Togo pourront être débattus, puis entérinés par l'Assemblée.

Eloignons-nous un instant des questions purement politiques pour évoquer ce qui est le fondement de l'action de votre gouvernement, les réformes économiques et sociales. L'une des priorités est la modernisation du secteur de la santé, largement dégradé. Où en est votre équipe ?

Gilbert Houngbo :

S'il y a un domaine où nous nous sommes beaucoup investis, c'est effectivement celui de la santé. Rappelons, par exemple, la gratuité des traitements ARV.

Comme prévu dans le programme d'urgence, nous avons entrepris la réhabilitation des CHU de Lomé-Tokoin,  du CHU Campus et de celui de Kara, la construction et la réhabilitation de la DRS Lomé Commune et des districts, la réhabilitation des centres régionaux et préfectoraux, la construction  des CMS (centre médico-sociaux) de Bé-Klikame, Djidjole, Agbalepedo, Doumassesse à Lomé qui est en cours. Nous avons déjà signé les contrats pour l'acquisition de scanners et d'équipements chirurgicaux dernier cri.

Une campagne d'administration de vitamine A et d'Albendazole, couplée avec une distribution de moustiquaires imprégnées et une autre de vaccination contre la poliomyélite ont été menées très récemment. C'est déjà pas mal.

Votre gouvernement a accordé une aide importante à la presse privée. Ce soutien est-il de nature à professionnaliser les médias au Togo ?

Gilbert Houngbo :

Effectivement. Cette aide pour la presse privée qui était initialement de 75 millions a été multipliée par quatre sur instructions du Chef de l'Etat et représente pour 2009 une somme de 350 millions de francs CFA. C'est dire l'importance que nous accordons à  la liberté de la presse comme pilier important de notre jeune démocratie. Cet argent doit aider la presse privée à mieux faire son travail.

Si les montants n'ont pas encore été débloqués, cela n'a rien à voir avec un manque de volonté politique, ce n'est pas un problème de trésorerie, mais d'organisation et de dialogue entre le ministère de la Communication, la HAAC et les représentants de la presse privée. Tous ensemble, ils doivent étudier la meilleure façon d'utiliser ces fonds.

Dans le secteur de l'énergie et de l'eau, votre gouvernement a prévu des appuis financiers et la construction de 150 forages. C'est déjà fait ?

Gilbert Houngbo :

Nous avons en effet prévu une subvention de 9 milliards de francs CFA à la CEET (Compagnie énergie électrique du Togo, ndlr) pour lui permettre de résorber en partie les délestage et pour acheter des combustibles pour l'alimentation de ses installations. Il y a également la construction d'une centrale de 14 groupes pour 20 MW et la pose récemment de la première pierre de la centrale de 100 MW qui est construite par le groupe américain « Contour Global ».

La centrale devrait être opérationnelle début 2010, date à laquelle les Togolais pourront enfin respirer. D'ici là, il pourra encore y avoir des délestages cette année. Notre objectif est d'en avoir moins ; nous y travaillons.

En ce qui concerne l'eau, nous pouvons citer la construction d'un château  d'eau par la Togolaise Des Eaux (TDE) dans le quartier du lycée de Tokoin à Lomé pour desservir les populations de ce quartier de la capitale. A l'intérieur du pays,  nous avons prévu la construction de 150 forages dans les régions maritimes, des Plateaux, des Savanes et de la Kara, nous en avons réalisé 180 au total.

Est-ce suffisant ? Doit-on être satisfait et s'arrêter là ? Evidemment non. Nous allons continuer ; nous devons continuer.

Une réunion des bailleurs de fonds s'est tenue vendredi dernier à Kara pour accompagner le monde agricole. Le secteur primaire est vital pour le développement du pays. Que fait votre gouvernement concrètement ?

Gilbert Houngbo :

L'agriculture est le fondement de notre relance économique.

Le secteur agricole occupe toute notre attention. Nous avons en effet acquis 25.000 tonnes d'engrais en prélude à la prochaine saison agricole pour que tout producteur puisse disposer d'intrants à temps et à un prix abordable. L'ANSAT a également reçu une subvention de 2 milliards pour constituer un stock de sécurité de près de 10.000 tonnes de céréales, à un tarif attractif pour les agriculteurs.

Nous l'avions annoncé et nous l'avons fait !

Il faut aussi organiser ce monde agricole sous la forme de groupements pour un meilleur rendement et une meilleure efficacité ou pour l'accès au micro-crédit. A cet égard, le ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé du Développement à la base, est très en pointe sur cette question. Le gouvernement a déjà financé 30 groupements et nous allons passer à 100 très bientôt.

Il y a quelques mois des intempéries ont gravement endommagé les principaux axes routiers du pays, notamment à Amakpapé. Où en est la reconstruction ?

Gilbert Houngbo :

2008 a été très difficile pour les Togolais à cause de ces inondations.

Nous avons posé la première pierre pour la reconstruction du pont d'Amakpapé et de deux autres, il y a quelques jours. Nous avions déjà mis en service une déviation qui utilisait le pont ferroviaire.

Contrairement au pont-rail qui limitait le gabarit des camions, la nouvelle voie supporte tous les types de camions.

Dans la capitale, nous avons entrepris les travaux de réhabilitation de plusieurs  artères avec le concours du Génie militaire, à qui je rends un hommage mérité.

Nous avons commencé le dragage de la lagune de Lomé.

Les travaux du curage des caniveaux de Lomé ont été également réalisés par des jeunes sous la supervision du secrétariat d'Etat à la Jeunesse et à l'Emploi des Jeunes.

A l'intérieur du pays, de nombreuses pistes ont été réhabilitées et construites. Dans les jours à venir 150 km de pistes seront inaugurées sur toute l'étendue du territoire. Toutes les préfectures sont concernées.

On reproche à votre gouvernement d'avoir limité la gratuité de l'éducation au pré-scolaire et au primaire, sans y inclure le secondaire.

Gilbert Houngbo :

J'accepte cette critique ; elle est légitime. Nous rêvons de rendre l'école gratuite jusqu'au Bac.

Mais aujourd'hui, il faut le reconnaître, nous n'avons pas les moyens de cette politique.

La gratuité dans le pré-scolaire et le primaire -qui a coûté 2 milliards à l'Etat-  c'est juste une première étape.

Rappelons quand même que nous avons recruté plus de 2000 enseignants, nous avons entamé la construction de 2 lycées techniques à Kanté et à Lomé. Le gouvernement a également accordé une subvention  consistante -1,6 milliard- à  nos deux universités (Kara et Lomé) et une autre de 300 millions aux Ecoles d'Initiative Locale (EDIL).

Presque chaque jour, les Togolais découvrent en lisant leur journal, en écoutant la radio ou en consultant internet que le Togo a bénéficié de remises de dettes et d'aides financiers de l'Union européenne ou d'autres institutions. Mais ils se demandent où va l'argent car ils ne voient pas d'amélioration dans leur vie quotidienne. Qu'avez-vous à leur répondre ?

Gilbert Houngbo :

Je peux comprendre mes compatriotes lorsqu'ils tiennent ces propos. Cette situation crée une certaine frustration. On nous dit qu'il y a de l'argent, mais on ne voit rien !

La réalité est la suivante. Quand un montant est annoncé par un partenaire, c'est seulement le début d'un long processus avant de matérialiser les choses, autrement dit de recevoir un chèque. Le Togo doit établir le dossier, examiner les éventuelles conditions, discuter avec le donateur. C'est un parcours long et compliqué.

C'est la raison pour laquelle il y a souvent un décalage.

Il nous appartient aussi de poursuivre nos réformes, notamment notre lutte contre la corruption et une meilleure gestion des finances publiques. Nous aurons aussi encore à faire des sacrifices. Il faut le dire à la population. Ce sont les conditions pour sécuriser l'aide de la communauté internationale.

La totale normalité en matière socio-économique est attendue à court terme au Togo.

Depuis le début de l'année, on constate une certaine crispation du débat politique. Une sorte de pré-campagne plus d'un an avant la présidentielle. Partagez-vous ce sentiment. Cette précocité n'est-elle pas de nature à compromettre la politique de réformes et le programme d'urgence ?

Gilbert Houngbo : Le risque existe. Il nous appartient de le minimiser pour réduire son effet. En réalité, depuis octobre 2007, et la transparence qui a caractérisé l'élection législative, je suis profondément convaincu que la classe politique togolaise a commencé la campagne pour la présidentielle de 2010.

Dans cette période, le Premier ministre doit être prêt à prendre des coups même s'il n'est issu d'aucun parti politique.

Le souci du gouvernement est d'être sûr que l'agenda des réformes sera respecté et qu'il ne sera pas affecté par un débat politique qui prend de plus en plus forme.

Si les élections se sont très bien déroulées en 2007, il n'y a aucune raison que celles de 2010 ne soient pas aussi bien organisées ; sinon mieux.

Retrouvez également l'interview du Premier ministre sur FACEBOOK

 

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