Houngbo : « Combattre la gangrène »

29/11/2011
Houngbo : « Combattre la gangrène »

«Les groupes criminels se jouent des frontières, maîtrisent les technologies les plus performantes, jonglent avec les procédures, s’entourent de professionnels. Et sous ces multiples visages, ils menacent les efforts d’enracinement et de démocratisation de nos Etats ». Ce sont les déclarations du Premier ministre togolais, Gilbert Houngbo, à l’ouverture mardi à Lomé d’une réunion 

des partenaires techniques et financiers pour la mise en œuvre du plan intégré de lutte contre la drogue et le crime ; une politique menée en coopération avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). 

Entre juillet et novembre 2011, plus de 5 tonnes de cocaïne et 600kg de cannabis ont été saisis dans la sous région. 

Au Togo, 421 kg de cocaïne et deux tonnes de cannabis, ont été interceptés au Port de Lomé, à l’aéroport et aux frontières terrestres depuis de début de l’année.

Le ministre de la Sécurité Gnama Latta a salué l’engagement des partenaires dans la lutte contre les trafiquants. Pour sa part, le 

ministre de la justice, Tchithcao Tchalim, a rappelé les efforts menés par le Togo pour moderniser et renforcer les capacités opérationnelles de la justice.

Le Premier ministre a insisté sur l'impérieuse nécessité de mener une action concertée pour, seul véritable moyen d’obtenir des résultats contre des réseaux très bien organisés.

Voici l’intervention du Premier ministre 

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole au nom du gouvernement togolais pour ouvrir les travaux de la rencontre de ce matin. Mais avant, je voudrais au nom du Chef de l’Etat et de celui du gouvernement, souhaiter à vous tous la cordiale et chaleureuse bienvenue à ces assises consacrées à un sujet aussi sensible qu’important: la lutte contre la drogue et la criminalité transnationale.

En répondant à notre invitation, vous nous renouvelez tout l’intérêt que vous ne cessez de manifester pour notre pays et votre engagement à nous accompagner dans la réalisation  du programme national intégré de lutte contre ce fléau de criminalité organisée.

Mesdames et Messieurs,

La drogue est une gangrène qui menace chaque pays touché par son trafic, qu’il soit producteur, transitaire ou destinataire. Une gangrène répandue sur tous les continents et aggravée par la mondialisation. Une gangrène qu’il faut combattre dans toutes ses dimensions par une combinaison d’approches répressive, sociale, économique et financière, sur tous les fronts, national, régional, mondial.

La criminalité transnationale organisée prospère sur ce trafic. Elle engendre une corruption insidieuse qui menace la bonne gouvernance. Ces groupes, non seulement contrôlent le trafic de drogue, mais aussi entretiennent le trafic d’armes et toutes sortes d’activités hautement criminelles. C’est pourquoi il nous faut agir ensemble pour que la porosité de nos frontières, l’inefficacité de nos actions, ne contribuent à créer des zones où les trafiquants pourront prospérer en toute impunité.

Les groupes criminels actuels se jouent des frontières, maîtrisent les technologies les plus performantes, jonglent avec les procédures, s’entourent de professionnels. Et sous ces multiples visages, ils menacent les efforts d’enracinement et de démocratisation de nos Etats. Il est de notre devoir d’unir nos forces contre ces puissances déstabilisatrices.

Mesdames et Messieurs,

Ce programme national intégré est une réponse du Gouvernement,  conformément aux orientations du Chef de l’Etat, au phénomène de  la criminalité en  général, au trafic de drogue et autres trafics illicites en particulier et dont l’objectif est de protéger le peuple togolais de ces fléaux.

Le volume des stocks de drogues saisies régulièrement dans notre pays et la manifestation, chaque jour, de la criminalité qui va des vols à mains armées aux actes de cybercriminalité et de piraterie maritime prouvent, à suffisance, l’étendue de  la menace à laquelle le Togo doit faire face.

Mesdames et Messieurs,

C’est pour juguler cette situation qui, non seulement sape les efforts de développement du pays, mais également constitue un facteur de détérioration de la sécurité nationale que  le gouvernement togolais s’est doté, depuis quelques années déjà, d’une stratégie nationale de combat.

En effet, après la ratification de toutes les conventions des Nations Unies et l’adhésion à tous les accords et protocoles en matière de lutte contre la criminalité organisée, le Togo a adopté des lois qui réprimandent et renforcent la  lutte contre les drogues, le blanchiment des capitaux et le terrorisme. C’est dans cet esprit que le Togo a mis en place des structures qui s’activent tous les jours pour contrer le développement de ces maux dans le pays. Il s’agit notamment :

 du Comité National Anti-Drogue

 de l’Office Central de Répression du Trafic Illicite des drogues et du Blanchiment,

 de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières,

 et des Services spécialisés de police, de gendarmerie et de douane au port et à l’aéroport de Lomé.

Mesdames et Messieurs,

Malgré toutes ces mesures qui ont donné des résultats encourageants, la situation reste préoccupante. En effet, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Togo, et d’Afrique du Nord sont devenus des zones de transit depuis que le marché américain s’est contracté. Pire, les cartels sont devenus si puissants au point de menacer gravement la stabilité de plusieurs pays. La menace est multiforme et changeante. Les réseaux criminels s’adaptent rapidement aux changements et ont une imagination débordante pour identifier de nouveaux circuits et de nouveaux modes de transport.

Il nous faut, dès lors, plus d’ingéniosité et plus de détermination à tous les niveaux mais surtout au niveau judiciaire pour les freiner. Les narcotrafiquants doivent se heurter à une chaîne pénale complète, efficace et sans faille.

Combattre les trafiquants, ce n’est pas seulement les incarcérer ou saisir leur drogue. Il faut à notre avis, s’attaquer à la cause première du trafic : l’argent. Il faut donc priver les groupes du produit de leur crime.

Mesdames et Messieurs,

Ce sont autant de constats et de réflexions qui ont poussé le gouvernement à  adopter un cadre stratégique national intégré de lutte contre la drogue et le crime dont l’élaboration a bénéficié de l’expertise de plusieurs d’entre vous partenaires dont la France, les USA, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, l’Union Européenne et la commission de la CEDEAO. Ce programme national intégré qui couvre la période 2009-2013 est articulé autour de cinq axes prioritaires et qui vont du renforcement des structures de coordination et de répression à celui de la capacité de l’Etat dans ses actions de prévention des activités criminelles.

C’est ce programme national intégré que le gouvernement voudrait vous soumettre ce matin afin de solliciter votre appui et accompagnement.

Compte tenu de l'ampleur du défi à relever, la lutte contre le trafic de drogue, nécessitera des financements importants. Le programme national intégré est évalué à près de 14,5 millions de dollars avec un gap de financement de 13 millions de dollars.

La mise en œuvre des actions prévues dans le Plan d’action Intégré permettra au Togo d’enclencher une riposte contre les menaces de ces fléaux et d’éviter la criminalisation du tissu social au Togo.

Il nous faut par ces actions, agir énergiquement sur l’ensemble de la menace : sur l’offre des drogues, des armes, des produits pharmaceutiques contrefaits, sur le trafic des personnes, bref sur tous les fléaux qui font le lit du crime et du terrorisme.

Nous devons aussi contrer la demande interne de la consommation de plus en plus forte de la drogue qui est en passe de compromettre dangereusement la santé des populations.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons aujourd’hui toutes les raisons de relever ces défis. Nous devons, à présent, nous en donner tous les moyens. Et c’est la raison qui sous-tend l’organisation de cette table ronde qui se justifie par la volonté du gouvernement d’offrir à tous ses partenaires un cadre cohérent pour l’accompagnement des actions gouvernementales en matière de lutte contre la criminalité organisée.

Je souhaite qu’au cours de cette rencontre, vous parveniez à un consensus sur la meilleure manière d’accompagner le Togo dans la mise en œuvre de ce programme en vue de contribuer efficacement à l’éradication du phénomène.

J’ai de bonnes raisons de croire que vous serez davantage mobilisés aux côtés du Gouvernement dans ce nouveau challenge contre la criminalité organisée et créer ainsi un espace plus sécurisé pour tous.

En photo : le Premier ministre (à gauche) et le ministre de la Sécurité

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