La marque de fabrique du président Faure Gnassingbé

17/06/2014
La marque de fabrique du président Faure Gnassingbé

Gilbert Bawara

Les récentes concertations entre formations de la majorité et de l’opposition parlementaire n’avaient pas pour vocation d’aboutir à des conclusions définitives s’imposant à tous. Aucun comité ad hoc ne pourra se substituer à la représentation nationale. C’est en substance ce que souligne Gilbert Bawara, le ministre de l’Administration territoriale, dont l’entretien qui suit.

M. Bawara précise qu’un projet de loi, élaboré à partir des conclusions des récentes discussions politiques, sera transmis dans les jours qui viennent aux députés pour examen.

Le Togo organisera l’année prochaine des élections présidentielles.

Republicoftogo.com : Des concertations politiques se sont déroulées récemment donnant l’impression qu’elles se substituaient à la représentation nationale

Gilbert Bawara : Je tiens à rappeler le contexte et l’esprit dans lesquels ont été initiées et se sont déroulées les discussions entre formations politiques représentées au Parlement.

Tout observateur de bonne foi reconnaît que l’ouverture, la recherche du dialogue et du consensus sont une marque de fabrique du président Faure.

Il a toujours privilégié la discussion, l’esprit d’écoute et le sens du compromis, qu’il s’agisse des problèmes politiques, économiques, sociaux ou institutionnels.

En 2005, le dialogue politique, conformément aux 22 engagements pris à l’égard de l’Union européenne, était totalement bloqué ; le président Faure est à l’origine de la reprise des pourparlers politiques sur des bases nouvelles et donc l’artisan principal de l’Accord politique global (APG). Au lendemain de ce dialogue, toutes les parties signataires n’ont pas participé au gouvernement d’union nationale qui était censé prendre en charge les propositions de reformes constitutionnelles et institutionnelles.

Mais cela ne l’a pas empêché de prendre d’autres initiatives, y compris au lendemain de la présidentielle de 2010. Malheureusement l’extrémisme et la logique de contestation systématique n’ont pas permis des résultats concluants.

Il y a quelques semaines, le gouvernement a reçu les formations  représentées à l’Assemblée nationale ainsi qu’une délégation de sursaut Togo pour recueillir leurs points de vue concernant le parachèvement de l’APG. Tous les interlocuteurs ont souligné à cette occasion la nécessité de vider une fois pour de bon les dispositions restantes de cet arrangement politique qui répondait au contexte politique de l’époque et de tourner résolument la page.  

C’est dans ce cadre que situaient les récentes concertations qui n’avaient pas pour vocation d’aboutir à des résultats décisifs et définitifs et à priver les députés de leur liberté d’initiative et d’appréciation et donc à lier irrémédiablement les mains à la représentation nationale. 

Il s’agissait d’examiner s’il était possible de parvenir à un compromis et à des propositions consensuelles, mais certainement pas à des conclusions et décisions s’imposant à tous.

Sur des questions importantes qui concernent l’avenir du Togo, il est n’est pas surprenant que des divergences apparaissent.

Les concertations ont eu lieu et le gouvernement a joué un rôle d’observateur attentif. J’ai fait le point jeudi dernier en conseil des ministres en listant les positions exprimées par les parties prenantes.

Le gouvernement a décidé de transmettre à l’Assemblée un projet de loi constitutionnel qui transpose ou retranscrit la quintessence des positions exprimées par les parties.

Republicoftogo.com : Dans quel délai le texte sera-t-il transmis au Parlement?

Gilbert Bawara : Ce sera fait très rapidement, dans les jours qui viennent.

Republicoftogo.com : Que vous inspire la polémique née de la fin des concertations. Échec, pas échec ?

Gilbert Bawara : Le gouvernement ne veut pas se lancer dans un jugement de l’attitude des uns et des autres. Nous estimons que chaque fois qu’il y a des opportunités de dialogue, il faut y aller en œuvrant pour parvenir à un compromis. Bien sûr, sur certains points,il peut y avoir des divergences, des désaccords. C’est ça la démocratie. C’est même la garantie du pluralisme démocratique. Autrement ce serait le règne de la pensée unique et des diktats et la permanence des arrangements informels !

Parler d’échec est impropre.

Nous voulons faire en sorte que les institutions qui sont issues du vote des Togolais jouent pleinement leur rôle dans un esprit démocratique et républicain. Si on s’enferme dans une logique de solutions ad hoc, extra institutionnelles, cela peut avoir de fâcheuses conséquences sur le plan constitutionnel. L’APG n’avait pas vocation à régenter indéfiniment la vie politique, encore moins à se substituer aux lois et principes qui gouvernement le fonctionnement régulier des institutions. Les réformes nécessaires à l’approfondissement de la démocratie et à la modernisation des institutions restent une œuvre continue, un chantier permanent ! Elles ne s’arrêtent pas aux confins de l’APG. 

Quand les Togolais s’expriment à travers les urnes et qu’il en sort une majorité, c’est à elle d’assumer pleinement ses responsabilités et être redevable et comptable des résultats devant le peuple. Mais elle doit le faire dans un esprit d’écoute et de dialogue pour conférer davantage de légitimité et renforcer l’adhésion d’une large frange de la population à l’action qui est menée.

Republicoftogo.com : Certains opposants semblent ignorer la représentation nationale privilégiant des actions de rue

Gilbert Bawara : Ce n’est pas une surprise ! C’est une logique qui prévaut depuis plusieurs années.

Si les manifestations peuvent se dérouler aussi librement dans notre pays, cela témoigne à l’évidence d’une certaine vitalité démocratique.

Les Togolais ont l’occasion, à intervalles réguliers, de donner leur avis en se rendant aux urnes. C’est finalement la seule chose qui compte.

Republicoftogo.com : Certains partis réclament la rétroactivité concernant une éventuelle réforme du mandat présidentiel. Quel est votre avis ? Vrai ou faux débat ?

Gilbert Bawara : D’un point de vue politique et militant, les gens ont le droit de dire une chose et son contraire, de demander ce qu’ils veulent. 

Je place ça davantage sur le terrain de la liberté d’opinion et d’arguments partisans et politiques.

Laissons aux députés le soin de discuter de ces questions. Ce sont les décisions et les actes des institutions démocratiques qui sont déterminants.

Republicoftogo.com : Quid des élections locales ?

Gilbert Bawara : Nous allons mettre un place un comité technique qui sera chargé d’élaborer une feuille de route relative à la décentralisation et aux élections locales. Toutes les étapes de ce travail se feront de manière concertée avec la participation des partis politiques, de la société civile et des partenaires techniques et financiers intéressés. Avant d’aller voter, il est indispensable de s’assurer que les collectivités locales disposeront des moyens de travailler, notamment des ressources budgétaires indispensables à leur autonomie. Et que le cadre juridique, administratif et financier est complet pour leur bon fonctionnement.

A quoi bon la décentralisation si le système est bancal. 

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