« La presse a besoin d’une bonne psychothérapie »

07/09/2010
 « La presse a besoin d’une bonne psychothérapie »

Procès en cascade contre les journaux privés, signal d’alarme tiré par certains professionnels, accusations d’un retour du Togo à la dictature.

Depuis quelques semaines, la tension est perceptible dans les médias.

L’absence de professionnalisme et à leur propension à faire du journalisme militant ou de l’actualité poubelle plutôt que de privilégier l’information, est à l’origine des dérives.

Des dizaines de journaux, au lectorat confidentiel, sont publiés au Togo. Faute d’un marché publicitaire digne de ce nom, les éditeurs ont recours à des méthodes peu orthodoxes : financements politiques, soutiens de sociétés ou chantage à la rumeur.

Le Togo dispose d’une Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) dont la mission est, justement, de règlementer la profession et de permettre aux journaux, radios et télévisions de renforcer leurs compétences.
Les membres de l’institution viennent en partie d’être renouvelés après un vote des députés.

Dans un entretien accordé à republicoftogo.com, son président, Philippe Evegnon (photo), explique les dérapages de la presse et dresse un bilan des activités de l’institution qu’il dirige.

Republicoftogo.com : On assiste, ces dernières semaines, à une série de procès contre les journalistes, doit-on conclure que le Togo est en régression ?

Philippe Evegnon : Ce brusque phénomène trouve son origine dans les difficultés de nos partenaires à se plier aux conseils et recommandations de la HAAC.
En temps que garants de la liberté, défenseurs et protecteurs de la presse et des autres moyens de communication, ce n’est évidemment pas très agréable de voir des journalistes traînés devant les tribunaux, alors que le Code de la Presse et de la Communication confère à la HAAC la possibilité d’être saisie en cas de délit de presse pour parvenir à un règlement à l’amiable.
En réalité, tout est parti de la modification de la loi organique relative à la HAAC à la fin de l’année 2009.
Après un premier vote de la nouvelle loi à l’Assemblée, les professionnels du secteur ont exigé qu’on enlève à la HAAC le pouvoir de sanctionner un média, en dehors de simples mises en garde ou de mises en demeure.
Ils ont insisté et obtenu que seuls les tribunaux aient compétence pour prononcer des sanction en cas de délit de presse. Je suis donc aujourd’hui surpris quand j’entends les journalistes se plaindre de cette cascade de procès.

Republicoftogo.com : Comment expliquer les dérives de la presse ?
Philippe Evegnon : Il y a lieu de faire un diagnostic à deux niveaux.
Il y a d’abord un vrai problème de capacité intellectuelle et professionnelle à diriger une entreprise de presse.
Il y a ensuite une totale absence de civisme, de patriotisme et de sentiment national chez certains professionnels.
Il y a une volonté délibérée de certains médias de s’ériger en appendices des partis et des hommes politiques. Et c’est bien dommage !

Republicoftogo.com : Alors quelle solution ?

Philippe Evegnon : Il faut assurément trouver des solutions ; une nouvelle régulation, sans excès, mais également sans laxisme.
L’obligation est le nécessaire renforcement des moyens matériels et humains de la HAAC ainsi que la révision des textes pouvant conférer à l’institution toute sa substance et son poids constitutionnel.

Republicoftogo.com : Vous venez d’être réélu par l’Assemblée membre de la HAAC pour les cinq prochaines années. Serez-vous candidat à votre propre succession ?

Philippe Evegnon : Mon seul souci est que l’Autorité puisse réellement disposer des moyens à la hauteur de ses ambitions.
La presse togolaise, surtout la presse privée, malgré une vingtaine d’années d’existence, a besoin d’une thérapie, mieux, d’une psychothérapie.
L’heure de l’apprentissage a assez duré, voici venu le temps de la maturité.
Si mes collègues me font confiance encore une fois, je ne les décevrai pas ; j’irai volontiers au charbon, comptant sur l’abnégation de tous pour réussir cette mission.

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