Mally : « La corruption est un frein au développement »

10/06/2008
Mally : « La corruption est un frein au développement »

Le Premier ministre a lancé lundi les travaux de l'atelier sur la mise en oeuvre de la convention des Nations Unies contre la corruption. La cérémonie s'est déroulée au palais des congrès de Lomé en présence de plusieurs délégations étrangères notamment de l'ONU, de Transparency international et d'autres délégations venues d'autres pays.

Dans le discours qu'il a lu au nom du Président de la République (Faure Gnassingbé est actuellement à New York, ndlr), Komlan Mally a fait un diagnostic complet de la corruption au Togo avant d'exhorter les directeurs de société, les agents de sécurité et de l'ordre, les entreprises ainsi que les fonctionnaires à en finir" avec ces pratiques d'une l'autre époque"."La corruption est un frein au développement"a t-il dit.

M. Mally a plaidé pour la mise en place d'une institution chargée d'éradiquer la corruption dans tous les secteurs et services de l'Etat.

Les travaux de l'atelier se poursuivront jusqu'au 11 juin.

Voici le discours du Premier ministre, Komlan Mally

La corruption est aussi vieille que le monde. Née avec la civilisation, elle a traversé les temps et la voilà qui menace les assises même de nos nations. Les dégâts qu'elle provoque ont un impact amplifié et beaucoup plus nuisible dans les Etats peu nantis comme le nôtre.

Dans nos pays, elle est effectivement la première cause de dissipation de deniers publics, d'aggravation de la précarité et de dégradation des mŒurs. La corruption favorise la grande criminalité allant du trafic de drogue au terrorisme, au blanchiment d'argent, à la traite des enfants, etc.

Elle met en péril la paix et la sécurité d'un pays, écorne son image de marque. Dans les nations en émergence, la corruption est un facteur dissuasif pour les investissements étrangers, un frein au développement socio-économique et enfin un obstacle à la démocratie et à la cohésion sociale.

Cette véritable plaie de l'humanité contient les germes de l'autodestruction de notre société. C'est pourquoi, nous devons continuer à mobiliser toutes nos populations contre elle, en investissant dans ce combat, des moyens humains, financiers et institutionnels adéquats.

C'est dans cette optique que le Togo a crée en février 2001, une commission nationale de lutte contre la corruption et le sabotage économique afin de faire face à la multiplication des affaires de détournements de fonds publics et d'abus de biens sociaux.

Cette commission a fait ses preuves. Il nous faut, à présent, doter l'Etat de nouveaux mécanismes qui répondent mieux aux normes internationales de lutte anti-corruption. La ratification par notre gouvernement de la Convention des Nations Unies contre la Corruption, constitue un véritable tournant dans la modernisation de la stratégie de lutte contre la corruption.

Cette convention définit de nouveaux standards pour prévenir et punir les actes de corruption en privilégiant la participation de la société civile. Elle insiste par ailleurs sur l'éducation des populations. L'adhésion du Togo à cet ambitieux instrument, doit donc se traduire par l'adoption d'une loi contre la corruption, qui intègre les nouvelles dispositions onusiennes.

Mesdames et Messieurs,

Le gouvernement a enregistré des avancées sur le plan de la gestion des finances publiques. Les mesures drastiques de contrôle budgétaire et d'orthodoxie financière instituées depuis deux ans, portent leurs fruits. Cette évolution positive se poursuit et sera renforcée par la mise en place d'une Cour des Comptes et l'Inspection des finances pour examiner les comptes publics et à veiller à la bonne exécution du budget de l'Etat.

Pour organiser la prévention et la répression de la petite et de la grande corruption, il est nécessaire de mettre en place un organe spécial dont la création et le fonctionnement seront déterminés par la loi et au sein duquel seront représentés les différents corps de l'Etat et particulièrement la société civile. Cette nouvelle institution aura pour objectif une tolérance zéro de corruption dans notre pays.

Il n'échappe à personne que certains cadres en qui le gouvernement a placé sa confiance, au lieu de servir la population, vont eux-mêmes se servir d'abord, s'ingéniant à trouver les moyens pour spolier l'Etat.

La corruption, peu à peu, gagne du terrain et devient endémique. Utilisant des techniques savamment mises au point, les réseaux de corruption agissent dans l'ombre et organisent le détournement, à leur profit personnel, des maigres ressources de l'Etat.

Une partie de ces irrégularités est imputable aux conseils d'administration qui ne jouent pas bien leur rôle de contrôle. Pourvu qu'ils touchent leurs jetons de présence, ils se plient à toutes les volontés des directeurs généraux et oublient la nécessité d'un bon rendement de ces sociétés.

Mais Dieu merci une grande majorité des agents de l'Etat accomplissent leur travail avec dévouement, abnégation et honnêteté. Je tiens à leur adresser mes félicitations.

Mesdames et messieurs,

Ce diagnostic synthétique de l'évolution de la corruption au Togo, nous invite à un sursaut salvateur pour relever ensemble le défi que nous imposent ces crimes économiques préjudiciables au progrès de notre nation.

Le renforcement de la lutte anti-corruption est un volet essentiel des réformes structurelles que je me suis engagé à conduire afin que les idéaux de bonne gouvernance, d'intégrité, de transparence, de respect de biens publics, de conscience professionnelle, et d'esprit civique soient notre aspiration commune dans la conduite des affaires de l'Etat.

La société nouvelle que nous voulons édifier doit être inspirée par des valeurs de moralité et d'excellence. C'est de cette façon que nous pourrons faire partager à tous les Togolais, les fruits de la coopération retrouvés, dans un esprit de solidarité et d'équité.

J'exhorte tous les fonctionnaires et les agents permanents, les responsables et les subalternes à changer de comportement et à rompre avec les mauvaises habitudes qui coûtent si chères à L'Etat.

La lutte anti-corruption est donc un enjeu national qui doit rassembler toutes les Togolaises et tous les Togolais. Chacun doit prendre conscience de la gravité de ce phénomène. Le peuple doit être le premier à dénoncer les pratiques frauduleuses et des dispositions particulières doivent être prises pour la protection des dénonciateurs.

C'est dans la perspective de cette action collective que l'atelier va proposer un schéma pour la constitution d'une coalition nationale contre la corruption.

Devant les conséquences graves de la corruption et des pratiques illicites, ma détermination ainsi que celle du gouvernement à mener une croisade farouche contre ces maux doivent être bien comprises par tout le monde. Personne n'est au dessus de la loi et tous les coupables, quels qu'ils soient, devront subir les rigueurs de la loi.

Cette action de salubrité publique serait un leurre si la corruption judiciaire n'est pas combattue avec la dernière rigueur. En conséquence, la justice est appelée, elle aussi, à faire sa révolution morale et à conduire à bien le projet de modernisation que j'ai inauguré ici même il y a quelques mois afin que la lutte anti-corruption devienne enfin une réalité dans ce département clé.

Au moment où s'annonce la reprise économique, nous ne pouvons permettre que nos efforts de bonne gestion soient contrecarrés par certains de nos compatriotes qui sont habités par l'avidité, l'esprit du lucre, les ambitions démesurées. Plus que jamais, il nous faut tourner la page des pratiques d'un autre temps.

A toutes les représentants des organisations anti-corruption qui sont venus de près et de loin en vue de partager avec nous, leur expérience et leur expertise, je souhaite une chaleureuse bienvenue au Togo et je leur exprime, au nom du peuple togolais, notre profonde reconnaissance pour leur soutien à notre combat contre la corruption.

Je salue tous les délégués. Je les exhorte à un travail sérieux et fructueux et je souhaite de tout coeur que leurs travaux soient couronnés de succès pour l'avènement d'un Togo digne et prospère !

Je vous remercie de votre attention ! »

 

Commentaires

Loading comments ...

Loading comments ...

IL NE FALLAIT PAS MANQUER

Les Togolais veulent encore plus de débit

Tech & Web

L’édition 2016 du Forum national sur la Gouvernance de l’Internet (FGI) au Togo se déroule depuis mercredi à Lomé.

L’urgence n’attend pas

Développement

22 localités vont bénéficier d'équipements publics grâce au financement assuré par le Programme d’urgence de développement communautaire.

L'Allemagne appuie le système de santé

Santé

L'Allemagne va aider le Togo à améliorer sa stratégie de planification familiale et de promotion des droits sexuels et reproductifs.

Méningite : il n’y a pas de fatalité

Santé

La 13e  réunion annuelle sur la surveillance, la préparation et la réponse aux épidémies de méningite en Afrique s’est ouverte lundi à Lomé.