Pas d’avenir sans pardon

06/10/2011
Pas d’avenir sans pardon

La Commission «Vérité, justice et réconciliation» poursuit ses auditions à travers le Togo. Depuis jeudi, elle est à Sokodé pour évoquer, notamment, les événements liés aux troubles sociopolitiques de 1991 marqués par des violences intercommunautaires dans la région centrale et dans celle des Plateaux (localités de Bodjé, Médjé, Blitta et Sotouboua).

Voici l’intervention de Mgr Nicodème Barrigah, à l’ouverture des audiences

Mesdames, Messieurs,

Honorables invités, tout protocole observé,

Après les étapes de Lomé, Dapaong et Kara, la CVJR démarre à Sokodé,en ce jour du 6 octobre 2011, la phase opérationnelle des audiences consacrées à la région centrale. Par ma voix, elle voudrait exprimer à chacun de vous sa sincère gratitude pour votre présence à cette cérémonie solennelle par laquelle elle débute ses travaux. L’intérêt que vous attachez à notre Commission témoigne de l’espoir légitime que vous placez, à juste titre, en ce processus de réconciliation.

Notre Commission, rappelons-le, n’a d’autre objectif que de proposer des voies et moyens susceptibles de favoriser la cohésion nationale, en faisant la lumière sur les causes des violences et conflits récurrents qui ont caractérisé notre histoire nationale de 1958 à 2005. 

Pour ceux qui seraient encore sceptiques par rapport à notre mission, je voudrais saisir l’occasion que m’offre cette tribune, pour redire que nous devons donner une chance à la paix, chacun à son niveau, en changeant nos mentalités, en changeant notre manière de voir l’autre ; car la réconciliation est pour nous tous une question de survie collective.

Mesdames, Messieurs,

Dans son ouvrage célèbre « Il n’ya pas d’avenir sans pardon », Mgr Desmond Tutu, qui a conduit les travaux de la Commission sud-africaine, évoque un film poignant intitulé « La chaîne » et dont le scénario est hautement édifiant : « Deux détenus, écrit-il, s’échappent d’une chaîne de forçats. L’un est noir et l’autre blanc, et ils sont enchaînés l’un à l’autre. Ils tombent dans un trou profond, aux parois glissantes. L’un des deux réussit presque à grimper jusqu’au bord du trou, mais il ne parvient pas à en sortir car il est retenu par son compagnon, resté au fond. La seule chance de s’en tirer est de lutter ensemble, de progresser peu à peu ; et c’est ensemble qu’ils finissent par sortir ».

Si nous voulons remonter de l’abîme de nos conflits il faut accepter d’unir nos forces dans l’humilité, la sincérité et le pardon. Au cours de cette étape de la région centrale, fidèle à sa mission, la CVJR, va donner la parole aux victimes, aux témoins ainsi qu’aux auteurs présumés ayant marqué leur consentement pour écouter leurs témoignages dans des séances publiques, à huis clos ou privées, selon le choix des protagonistes et en conformité avec le protocole élaboré par la CVJR.

D’autre part, nous donnerons la parole aux personnes physiques ou morales mises en cause dans les témoignages, et qui manifesteront leur désir d’user de leur droit de réponse en vertu des dispositions réglementaires qui encadrent les audiences.

Mesdames et Messieurs,

Chers invités,

Depuis le démarrage des audiences, le 7 septembre 2011, la CVJR a pu mesurer toute la complexité et la délicatesse de cette phase opérationnelle ainsi que les risques qui y sont attachés, notamment celui de raviver les blessures et de réveiller les rancoeurs. Elle demeure cependant convaincue qu’au-delà des exigences du droit de savoir, les audiences ont surtout une forte vertu pédagogique.

Comment, en effet, pourrions-nous compatir à la douleur de l’autre si nous ne savons rien des souffrances qu’il a subies et dont les traumatismes le tourmentent encore ? Comment l’auteur présumé pourrait-il mesurer toute la portée du mal qu’il a commis s’il n’écoute pas le cri du coeur de celui qui a souffert ? Comment la victime, à son tour, pourrait-elle pardonner réellement du fond de son coeur, si elle ne perçoit pas un minimum de repentir de la part de l’auteur présumé ? Comment enfin pourrions-nous nous mobiliser pour déraciner le mal, si nous n’en connaissons pas les causes ?

Mesdames et Messieurs,

Les audiences sont donc essentiellement pédagogiques et exercent une fonction cathartique dans la mesure où elles nous libèrent de nos angoisses et nous permettent de tourner la page du passé après les avoir lues à travers la détresse de ceux qui acceptent de témoigner. Et c’est au nom de cette nécessaire quête du savoir pour tourner la page que les audiences de Sokodé seront consacrées à divers événements ayant mis à mal la cohésion communautaire et la concorde nationale notamment, les déplacements de populations, les violences électorales des années 1992, sur fond de conflits intercommunautaires survenus à Sotouboua, l’affaire

des militants politiques d’Agbandi décédés lors de leur détention à Blitta, les conflits intercommunautaires consécutifs au décès de l’ex-ministre Djobo Boukari en 1997, les violences électorales de 2005 et diverses violations des droits de l’homme…

Je voudrais, au moment de terminer mon propos, vous remercier une fois encore d’être venus. L’accès aux audiences est libre et gratuit et votre présence à nos côtés nous donnera la force et le courage d’aller au bout de notre mission. Notre gratitude va aussi aux partenaires techniques et financiers, notamment, le HCDH, le PNUD, L’UE, l’Allemagne, la France et le Gouvernement du Togo : sans leurs contributions, nous ne serions pas parvenus à cette étape décisive. La réconciliation est le couronnement d’une démarche longue et exigeante qui consiste à voir dans les adversaires d’hier des frères et soeurs de demain appelés à partager le même combat de la paix et de l’unité.

Ce chemin ardu passe nécessairement par le coeur de l’homme puisque c’est là que se prennent les décisions de vérité, de justice, d’accueil de l’autre, de contrition et de pardon. Pour notre part, malgré les obstacles intérieurs et extérieurs qu’il faut encore lever, avec patience et persévérance, pour avancer vers le but, nous avons foi que ce processus, s’il est mené dans la sincérité, contribuera à nous unir davantage au service de notre nation.

Que la grâce de Dieu nous y aide.

Je vous remercie.

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