Agbéyomé Kodjo : « L’absence de Gilchrist est lourde de sens »

21/01/2010
Agbéyomé Kodjo : « L’absence de Gilchrist est lourde de sens »

A quelques semaines de l’élection présidentielle au Togo - le scrutin est fixé au 28 février - nous entamons la publication d’une série d’interviews des candidats qui ont déposé leur dossier à la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Premier à répondre, Agbéyomé Kodjo.

L’ancien Premier ministre du Général Eyadema (décédé en février 2005) dirige le parti Obuts qui se place résolument dans une opposition farouche à l’égard du pouvoir en place.
« L’état d’anoxie actuelle de notre pays nécessite une réanimation pour laquelle nous proposons sans tarder 21 mesures d’urgence pour ramener la confiance et relancer la consommation (…) », déclare M. Kodjo.
S’agissant de l’absence de Gilchrist Olympio à la présidentielle, Agbéyomé Kodjo estime qu’elle est « lourde de sens », mais refuse « d’épiloguer là dessus ».
Republicoftogo.com : Quels arguments avez-vous pour convaincre les Togolais de voter pour vous ?

Agbéyomé Kodjo : Malgré toutes les déclarations d’autosatisfaction de Faure Gnassingbé et de son gouvernement, malgré celles de tous les laudateurs patentés ou accrédités, la présentation récente par le gouvernement, d’un bilan qui ressemble plus à un catalogue électoral qu’à un rapport d’expertise, ne peut masquer les résultats désastreux pour le Togo, de la gouvernance sous le régime de Faure Gnassingbé, qui en de nombreux domaines affiche un palmarès peu réjouissant.
La réalité, dont peuvent témoigner les millions de togolais qui souffrent dans leur vie quotidienne, c’est que ce bilan est catastrophique. Ce constat, émis par le plus grand nombre de nos compatriotes, est malheureusement corroboré par divers indicateurs de développement internationaux, bien plus crédibles eux, que l’agitation « communicante » de l’entourage de Faure Gnassingbé.

Le dernier classement DOING BUSINESS publié au mois d’octobre 2009 par la Banque Mondiale, institution internationale, partenaire du Togo en matière de coopération et de développement, classe le Togo au 165ème rang sur 183 pays évalués dans le monde, en recul constant depuis 2005.

Traduit dans les faits, le constat de la Banque Mondiale signifie, que la famine et la malnutrition sont banalisées, que la corruption et la prévarication endémiques. Sur 100 Jeunes diplômés de nos universités ou des Centres de Formations Supérieures, 95 sont condamnés à un chômage de longue durée. Sous Faure tout se désagrège : la famille, l’armée, la population, la santé, l’éducation, l’économie, les infrastructures de base, bref tout le pays n’est que ruine. Face à ses 20 Plus, Faure se présente comme l’expression par excellence de la duplicité et de l’incompétence.

Comment pourrait-il en être autrement, lorsque le Budget du Togo pour l’exercice 2009, représente en volume ¼ seulement du Budget du Bénin, alors que le Togo dispose de richesses nationales exploitables procurant des revenus supérieurs à ceux de notre voisin, 1/8 de celui de la Cote d’Ivoire. Le budget de 2010 est loin de convaincre, car il ne traduit pas une volonté de mobilisation interne des ressources et une gestion rigoureuse des finances publiques.
L’ensemble de ces éléments permet aux togolais de se prononcer en toute connaissance de cause et leur donne les moyens de sonner le glas d’un mode de gouvernance suranné, qui a été incapable depuis 2005 de se réformer en profondeur et de faire prendre à notre pays, le tournant du 21ème siècle.

Aux résultats désastreux sur le plan social et économique, que n’importe qui peut constater de visu sur le terrain, vient s’ajouter dans la mémoire collective de nos compatriotes, le souvenir de l’imposture de l’élection présidentielle de 2005. Celle-ci, caractérisée par une tentative de coup d’Etat avortée, puis par un scrutin dont les vrais résultats issus du suffrage universel ont été purement et simplement tronqués, et qui s’est terminée dans un bain de sang. La mémoire collective n’oublie pas non plus que pendant les 5 ans de gouvernance de Faure Gnassingbé, rien n’a été véritablement entrepris par Faure Gnassingbé et ses gouvernements successifs, pour faire la lumière sur les responsabilités de cette tragédie, et que tous les obstacles auront été dressés pour parvenir péniblement à l’installation, très tardive, d’une Commission Vérité-Justice-Réconciliation, qui n’aura pu produire aucun travail sérieux avant l’élection présidentielle de 2010. Ces manœuvres apparaissent bien comme le mépris avéré des Lois de la République, de l’éthique de la gouvernance, et attestent que Faure Gnassingbé est totalement disqualifié, car en cinq ans il a fait la démonstration de son incapacité à sortir le Togo des abysses et à réconcilier ses fils et ses filles.

Cet échec sans précédent qui a sinistré la Nation toute entière, impose un redressement spectaculaire de la gouvernance, qui requiert la compétence, l’expertise, l’humilité et du courage politique pour remettre le Togo sur l’orbite du développement et d’une véritable réconciliation nationale.

D’où l’impérieuse nécessité de conjoindre les trois facteurs suivants : un homme décidé, une stratégie claire et un projet fondamental.
Nous avons ainsi présenté un programme d’action intitulé : « Ensemble pour un Togo Prospère ». Ce programme, est parfaitement cohérent. D‘une part, les propositions qu’il contient sont évaluées financièrement en considérant d’abord la réintégration dans les comptes publics, de l’ensemble des ressources que procurent les richesses nationales du Togo, pour porter le budget de l’Etat au niveau requis par les impératifs du développement et montrer aux bailleurs notre volonté d’en finir avec le pillage et le gaspillage de l’argent public.

D’autre part, considérant qu’aucune œuvre de redressement national, ne peut être entreprise sans créer un élan populaire, que seule une véritable réconciliation nationale peut permettre, notre programme contient une série de mesures destinées à en finir avec l’exclusion qui a frappé durant des décennies une part importante de nos compatriotes, et à graver dans le marbre institutionnel, le mérite et la compétence pour déterminer le possible accès de chacun, aux responsabilités.

L’état d’anoxie actuelle de notre pays nécessite une réanimation pour laquelle nous proposons sans tarder 21 mesures d’urgence pour ramener la confiance et relancer la consommation au lendemain de la présidentielle. Nous sommes résolus à rendre au peuple sa victoire qui ne fait aucun doute et à ne pas l’abandonner quoiqu’il advienne. Notre ambition est d’améliorer le quotidien de chaque togolais sans exclusive, de réconcilier notre peuple avec lui-même et son armée, et de rétablir la notoriété du Togo

C’est parce que je porte ces valeurs, qu’OBUTS m’a investi pour mener ce combat et mettre en œuvre, demain, ces nobles desseins.

Republicoftogo.com : L’opposition à laquelle vous appartenez se présente à l’élection en ordre dispersé. Ne fallait-il pas mieux opter pour une candidature unique dans un scrutin qui se déroule à un seul tour ?

Agbéyomé Kodjo : A l’évidence ! Votre question contient déjà la part essentielle de la réponse. Il est évident que le rassemblement autour d’une même personnalité, de l’ensemble des forces d’opposition ; c’est-à-dire celles soutenues par des partis structurés, qu’il ne faut pas confondre avec les « candidatures de diversion » ; est le meilleur gage de réussite sans contestation. Tous ceux qui connaissent la réalité des chiffres réels du scrutin de 2005 ; sanctionnés par le piètre résultat électoral que l’on sait, et le tripatouillage des résultats qui a suivi ; ne pensent pas que le potentiel électoral du candidat Faure Gnassingbé ait beaucoup évolué, en regard de la politique qu’il a menée pendant cinq ans.

Je me présente donc à ces élections, mu par l’idée du rassemblement des forces démocratiques, et avec la volonté de balayer les obstacles qui pourraient l’empêcher, justement pour éviter l’éparpillement des voix, qui favoriserait incontestablement la fraude et viendrait encore ajouter à la détresse de nos compatriotes. C’est l’idéal auquel nous travaillons tous actuellement au sein des forces démocratiques, et jusqu’à la dernière limite il n’est pas encore trop tard.

Republicoftogo.com : L’absence de Gilchrist Olympio change-t-elle la donne et que vous inspire ce retrait surprise ?

Agbéyomé Kodjo : Il serait simpliste de réduire l’équation complexe à laquelle est confronté notre pays à la seule personne de M. Olympio, ou surtout, à la seule dualité entre les familles Gnassingbé et Olympio. Celui-ci reste sans aucun doute une figure incontestable de la lutte démocratique dans notre pays et son absence est lourde de sens. Toutefois, il ne nous appartient pas d’épiloguer là dessus, pas davantage que sur les affaires internes de l’UFC, contrairement aux journalistes, observateurs et analystes politiques. Pour notre part, nous saluons l’œuvre de l’UFC et souhaitons un prompt rétablissement à M. Olympio.

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