Welcome to Togo !

01/04/2010
Welcome to Togo !

Il y a quelques jours, l’Afrique et la France célébraient le 40ème anniversaire de l’organisation de la francophonie (OIF). Dans quelques semaines, l’OIF comptera un siège vide.
Le Togo devrait en effet annoncer dans les jours qui viennent l’abandon du Français, comme langue officielle, au profit de l’Anglais et dans la foulée son adhésion au Commonwealth.
Une annonce qui sera sans doute officialisée lors de l’investiture du président Faure Gnassingbé ou à l’occasion du discours de politique générale du Premier ministre devant les députés.
Cela fait plusieurs années que le Togo caresse l’idée de passer à l’Anglais, pas par coquetterie, mais par nécessité géographique. Deux de ses voisins, le Ghana et le Nigeria, sont anglophones.
Pour Jean-Christian Johnson, nommé discrètement début janvier Haut Commissaire à la réforme linguistique, cette mesure répond à une évolution naturelle. « Le commerce avec les pays anglophones de la région est de plus en plus important ; comment voulez-vous stimuler les échanges si l’on est incapable de se comprendre ».
L’exemple du Rwanda a convaincu des autorités togolaises.
Jadis francophone, ce pays d’Afrique centrale est parvenu en 5 ans à passer au tout anglais ; la population s’est adaptée sans difficultés.
« Aucune raison pour que les Togolais n’y parviennent pas », explique M. Johnson.
Mais on ne change pas de langue officielle en 24 heures, le Togo a la volonté de procéder en douceur et par étapes.
Les premiers à se mettre à la langue de Shakespeare seront les fonctionnaires. L’administration adoptera progressivement l’Anglais à partir de juin 2011 qu’il s’agisse des documents administratifs (Etat civil, passeports, etc…) ou des réunions officielles.
Le service des impôts s’y prépare déjà. Une centaine de cadres est en formation à Birmingham depuis un mois. La société britannique « CBS Technology » a été chargée de concevoir et de fabriquer les déclarations d’impôts et de TVA en anglais.
Les diplomates en poste à l’étranger sont également concernés.
Deuxième catégorie prioritaire pour les autorités, les médias. Leur rôle d’apprentissage est vital pour accompagner le changement.
Journaux, radios et télévisions devraient ainsi faire le grand saut du Français à l’Anglais le 31 décembre 2011.
Togo Presse, Forum de la Semaine, Liberté, Radio Lomé, Nana FM, TVT ou encore LCF, proposeront à cette date un contenu 100% Anglais avec une synthèse en Français pour les derniers réfractaires.
« Le principe en lui même ne me dérange pas, toutefois ce n’est pas une mince affaire », explique Jean Baptiste Dzilan, le patron du quotidien Forum de la Semaine ». « Je vais devoir former mes journalistes en moins d’une année, changer la maquette ; c’est une véritable aventure », souligne-t-il.
Même sentiment au bi-hebdomadaire L’Union où Eric Johnson, le directeur de la publication a pris les devants en s’inscrivant dès le début de l’année à des cours du soir à la British School de Lomé.
Après la fonction publique et les médias, l’éducation nationale passera progressivement à l’Anglais ; d’abord le primaire, puis le secondaire.
Du côté des Universités de Lomé ou de Kara, pas de gros problèmes car une majorité d’étudiants apprend déjà l’anglais en seconde langue.
L’évolution se fera ensuite dans la rue avec les panneaux routiers, les enseignes commerciales, les publicités, etc…
Du côté du monde politique, comment vit-on cette évolution ?
Les avis sont partagés selon que l’on interroge des proches du parti au pouvoir ou des représentants de l’opposition.
Le RPT (au pouvoir) applaudit des deux mains à cette « décision nécessaire, courageuse et historique ».
En revanche à l’UFC, le son de cloche est bien différent. « C’est scandaleux et c’est une nouvelle démonstration de la volonté du pouvoir de nous bâillonner », s’insurge Patrick Lawson, le vice-président.
« Désormais, nos réunions se dérouleront en Anglais que personne ne parle et que personne ne comprend. Imaginez le foutoir. Ca va paralyser toute notre action et comment dans ces conditions mobiliser nos militants », explique M. Lawson.
Agbéyomé Kodjo, le leader d’Obuts ne dit pas autre chose : « Nous allons devenir inaudible. Et pourquoi choisir l’Anglais et pas le Hurdu ! », déclare cet ancien Premier ministre qui pour protester vient d’annoncer la création d’un « Collectif pour le maintien du Français » (CMF) et l’organisation de manifestations de protestation chaque vendredi dans les rues de Lomé.
« C’est une évolution, pas une révolution, et certainement pas la fin du monde », tempère de son côté Adji Otteh Ayassor, le ministre de l’Economie et des Finances qui tout en livrant ses arguments tapote sur un petit programme de traduction instantanée qu’il vient d’installer sur son Iphone.
Pour le Premier ministre, Gilbert Houngbo, lui-même bilingue après avoir passé plus de vingt aux Etats-Unis et au Canada, le changement de langue officielle n’est pas un « gap » insurmontable. « Tout est dans la tête ; le jour où les Togolais décideront de se mettre à l’Anglais, les choses iront très vite », explique M. Houngbo qui n’a pas attendu la réforme pour s’adresser en Anglais à ses collaborateurs. Ce qui n’est pas sans poser parfois des problèmes. En atteste cette scène au cours de laquelle le PM demande à sa secrétaire le parapheur ; la malheureuse n’ayant pas compris revient avec un radiateur !

« C’est vrai qu’on a besoin d’un minimum de rodage », concède le chef du gouvernement.
Tout le processus pourrait prendre cinq ans, mais concernera surtout les habitants des grandes villes. En zone rurale, les Togolais continueront comme par le passé d’utiliser les langues vernaculaires.
Si cette décision n’a pas encore été rendue publique, elle fait déjà grincer des dents à Paris.
« Notre problème est que l’initiative que va prendre le Togo risque de faire tache d’huile dans d’autres pays de la région comme la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Sénégal », explique sous couvert d’anonymat un responsable du ministère des Affaires étrangères à Paris qui redoute, à terme, une perte d’influence.
A Lomé, on se veut pourtant rassurant. « C’est une adaptation purement technique. Il n’y aura pas de redéfinition des rapports politiques entre le Togo et la France, mais nos échanges se dérouleront désormais en Anglais. Il appartient au Quai d’Orsay de former des diplomates anglophones », souligne un diplomate togolais.
Il n’empêche. Le Togo va adhérer au Commonwealth (54 États membres),une organisation qui n’a pas la réputation de favoriser les intérêts français.
Réaction tout aussi circonspecte à Berlin. « Pourquoi l’Anglais ? Le Togo était un protectorat allemand jusqu’en 1914, l’adoption de l’Allemand aurait été beaucoup plus logique», explique Hanz Riggenshirm, auteur de l’ouvrage « Wenn es in Togo waren weniger heiß kalt » qui milite en faveur du retour de la langue allemande au Togo.
Outre les fonctionnaires, les premiers à donner l’exemple seront évidemment les ministres.
Le choix du nouveau gouvernement se fera-il uniquement sur des critères de langue ? Pas impossible. Comment, en effet, imaginer un Conseil des ministres dont les participants ne comprendraient rien ou presque aux travaux.
« On peut envisager d’installer des cabines de traduction, comme à l’Onu, mais ça ne facilite pas la communication entre les ministres », note un collaborateur de la Primature.
Le passage du Français à l’Anglais risque d’être chaotique les premiers temps, admet Robert Dussey, le conseiller diplomatique du chef de l’Etat, qui dit toutefois ne pas avoir de véritable inquiétude.
Il revient justement d’une visite à Accra où il s’est entretenu de cette question avec le président John Atta-Mills.
Interrogé jeudi par republicoftogo.com, le chef de l’Etat ghanéen s’est déclaré « enthousiaste » à l’idée d’avoir un voisin anglophone.
« C’est formidable, c’est également un signe de grande maturité », assure-t-il indiquant ne pas avoir été surpris par cette décision.
« Si vous regardez attentivement les affiches de campagne du président Faure, le slogan était ++Ensemble++, mais vous aviez également en tout petit le mot ++Together++, j’ai tout de suite compris le message», indique M. Atta-Mills.

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