Première église maronite au Togo

04/11/2009
Première église maronite au Togo

Depuis dimanche, la communauté libanaise chrétienne maronite du Togo a son église. Elle a été inaugurée en présence des officiels togolais, dont Pascal Bodjona, ministre de l'Administration territoriale, et du vicaire patriarcal maronite de Sarbé au Liban. Mgr Denis Amuzu Dzakpah, archevêque de Lomé assistait également à la cérémonie.

L'église a été conçue par Vincent et Maha Boustani (photo), dont la famille es installée au Togo depuis le début du XXème siècle, et le financement a été assuré par la communauté maronite vivant dans le pays.De toutes les Églises orientales, l'Église maronite est la seule qui soit entièrement catholique. Aux alentours de l'an 400, vécut dans les montagnes de Syrie un ermite du nom de Maron. On sait très peu de chose de ce solitaire, dont les disciples formèrent le noyau initial de l'Église maronite. Près du lieu de sa mort, s'édifia un grand monastère qui devint rapidement un centre spirituel pour les chrétiens locaux. L'Église maronite accepta le concile de Chalcédoine et fut même persécutée pour cela au VIe siècle. Elle n'est donc pas une Église monophysite. Elle relève de la tradition antiochienne d'expression syriaque. Au VIIe siècle, l'invasion musulmane contraignit les patriarches chalcédoniens d'Antioche à l'exil. De 702 à 742, il n'y eut plus de patriarche du tout. C'est au cours de cette période troublée que l'Église maronite se constitua en patriarcat.

Le premier patriarche aurait été Saint Jean Maron, mort en 707. Chassés de Syrie par les persécutions au IXe siècle, les maronites s'installèrent principalement au Liban où ils vécurent en Église autonome.

Au temps des croisades, les relations de l'Église maronite avec Rome s'intensifièrent. Elle professa ouvertement sa soumission au pape au XIIe siècle. Ces relations se relâchèrent sous la domination des Mamelouks (1291- 1516) mais reprirent et se renforcèrent sous le régime Ottoman. Le collège maronite de Rome, fondé en 1584, aida à la formation des évêques et de la hiérarchie. Il forma également des savants orientalistes. La Kadisha ou vallée sainte, à l'est de Tripoli, a été jusqu'au XVIIe siècle un lieu de prédilection pour le monachisme maronite. A ce dernier a appartenu le moine Charbel Makhlouf , ermite, canonisé en 1977. Au XVIe et XVIIe siècles, de nombreux éléments du rite latin furent introduits dans le rite maronite. Celui-ci garda son originalité et, depuis 1942, revient aux anciennes traditions.

 

Aujourd'hui l'Église maronite compte 23 diocèses et deux vicariats au Liban, en Syrie mais aussi dans le monde entier comme en Argentine ou en Australie. Le nombre de maronites est estimé à un peu plus de 2 millions.

Tarek Boustani

Voici le discours prononcé lors de l'inauguration par le Mgr Guy-Paul Noujeim

Il va de soi que notre joie est aujourd'hui immense de pouvoir consacrer cette nouvelle Eglise en ce pays d'accueil dont nous ne pourrons jamais assez remercier ni le peuple, ni ses responsables, ni son Eglise. Depuis près d'un siècle et demi, plus d'un de nos compatriotes du Proche-Orient, y ont trouvé demeure, travail et prospérité. Ils s'y sont fait des amis et, grâce au soutien des autorités de l'Etat, ils ont pu achever en cinq ans, la construction de ce lieu de prière. Les voix s'y élèveront vers Dieu dans la liturgie propre à notre rite et, en général, en langue arabe. Les paroles de la consécration seront dites, le plus souvent, en syriaque, notre langue traditionnelle, sorte de dialecte de l'araméen que le Christ Lui-même a utilisé. Notre présence ici témoigne de la « catholicité » de l'Eglise, en terme profane, de son « universalité ». Et c'est à ce titre qu'à plusieurs reprises, l'Eglise catholique du Togo s'est dite heureuse de nous compter parmi ses fidèles.    

Par votre participation à notre joie, Excellences, Mgr Michael A. BLUME, nonce apostolique au Bénin et au Togo,  et Mgr Philippe PODZRO, ainsi que Messieurs les ministres et députés représentants du peuple togolais, et tous les chers fidèles et amis ici présents, vous confirmez la vérité de ces assertions. Et nous prions plus spécialement le R.P. Bertin AGBOBLY-ATAYI, vicaire général de ce diocèse, de bien vouloir transmettre à Son Excellence Mgr Denis AMUZU-DZAKPAH archevêque métropolitaine de Lomé, l'expression de notre fraternelle reconnaissance.

Cette Eglise sera consacrée à la Vierge Marie, Mère de Jésus et N-D du Liban. Cette dernière appellation, malgré les apparences, n'entre pas en contradiction avec l'ouverture à l'universel qui caractérise, venons-nous de dire, notre compréhension de l'Eglise. Elle ne restreint pas l'orientation du regard et de la prière ni à partir, ni en vue de notre seul pays. Elle leur infuse, par contre, une double dimension d'appel à l'unité mais dans le respect et l'estime de la diversité. Et ceci est vrai aussi bien pour les filles et fils de l'Eglise Catholique Maronite, que pour tous ceux qui connaissent le Liban.

De fait, choisir N-D du Liban comme patronne, n'est pas un choix politique même s'il se justifie du point du vue de l'attachement que les enfants du Liban vouent à leur pays. Mais les maronites ne sont pas tous des citoyens du Liban.

Ils sont actuellement dix à quinze fois plus nombreux dans le monde qu'au Liban. Et beaucoup d'entre eux, certains originellement, ne sont pas libanais, mais syriens, jordaniens, français, états-uniens, togolais, ou autres. Leur fidélité à leur pays est quand même totale et doit toujours l'être même si elle risque d'entrer en conflit avec les intérêts du Liban. N'empêche que le Liban représentera toujours pour eux une valeur unique, aussi bien affectivement que religieusement.

Les raisons en sont que c'est là, que leur communauté depuis les 7ème et 8ème siècles a pu, plus spécialement survivre, épanouir sur les sommets et dans les vallées profondes et abruptes de sa montagne, des voies de sainteté dans les ermitages, les couvents et autour des couvents. Il est devenu pour eux espace sacré de pèlerinage. Et surtout, il est le lieu où réside, depuis leur formation comme communauté ecclésiale, le symbole de leur unité et le témoin vivant de leur histoire et de leur fidélité, à travers des siècles de vicissitudes, à une tradition spirituelle, théologique et humaine dont ils sont responsables, devant Dieu et devant les hommes.

Ce symbole, Sa Béatitude leur Patriarche qui réside dans la montagne libanaise depuis plus de 1400 ans, le représente. C'est de là qu'il forme avec leurs évêques un synode garant de leur unité dans la foi et de leur communion dans l'Esprit, entre eux et avec Sa Sainteté le Pape. Au-delà de toute autre perspective, c'est cela que, l'évocation N-D du Liban rappelle aux maronites où qu'ils soient et à quelque groupe qu'ils appartiennent.

Mais côté de cette perspective, il s'en trouve une autre qui ouvre sur une autre dimension, particulièrement importante en ses jours d'expansion de la mondialisation et de réveil des particularités. Il s'agit de cette merveilleuse formule, inventée par  Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II de sainte mémoire, lors de sa convocation du Synode pour le Liban en 1991, selon laquelle : « Le Liban est plus qu'un pays, c'est un message de dialogue et de  fraternité ».  Cette exclamation se fonde sur le fait que le Liban, est composé de 18 confessions religieuses rattachées aux trois grandes religions monothéistes juive, chrétienne et musulmane, qui, pour la première fois dans l'histoire, se sont entendues entre elles pour former ensemble une seul pays, de régime républicain et de citoyenneté basée sur l'égalité des droits et devoirs dans le respect mutuel des personnes et des croyances.

Et à cela, Sa Sainteté a apporté cette précision : le véritable dialogue ne consiste pas à communiquer simplement à l'autre ce qu'il nous aura été de connaître de Dieu, mais aussi à recevoir de lui la Vérité et le Bien ce qu'il lui aura été donné de découvrir.

En d'autres mots, pour nous qui avons vécu ce Synode pour le Liban et qui avons écouté Jean-Paul II, consacrer une Eglise au nom de N-D du Liban à Lomé signifie, d'une part, mettre humblement au service du peuple de cette terre bénie, ce dont le Seigneur nous a doté en capacités humaines et connaissance de foi, et d'autre part, ouvrir, tout aussi humblement notre esprit et notre cŒur aux réalités terrestres et spirituelles dont ce peuple a su acquérir le savoir au cours des siècles.

Cela veut dire aussi, que nous qui avons  bâti ici cette Eglise au nom de N-D du Liban, que nous devons Œuvrer sans relâche pour témoigner d'abord dans nos rapports entre nous, mais aussi dans nos rapports avec les autres que la parole du Pape n'était pas erronée et qu'elle demeure parole de vie et de paix pour tous les lieux et tous les temps.    

C'est sous le regard de Marie, mère du Christ et protectrice des peuples que nous voudrions vivre cet appel. Que sa prière nous accompagne, vous protège et appelle sur nous tous et spécialement sur le TOGO et son Eglise les riches bénédictions du Seigneur Tout Puissant.

                                                      

Mgr Guy-Paul Noujeim

Vicaire Patriarcal

Photo de droite : Pascal Bodjona, le ministre de l'Administration territoriale

 

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