A Syrte, des délégués sous pression

29/06/2009
A Syrte, des délégués sous pression

Les chefs d'Etat africains se retrouvent à partir de mercredi à Syrte, en Libye, sous la présidence de Mouammar Kadhafi qui met la pression sur son projet controversé de "gouvernement africain" alors que le continent est confronté à des crises menaçant la stabilité de plusieurs pays. Le ministre des Affaires étrangères du Togo, Koffi Esaw, participe depuis dimanche aux réunions préparatoires.

Autoproclamé "roi des rois traditionnels d'Afrique", le "Guide" libyen, au pouvoir depuis 40 ans, recevra ses pairs pour le 13e sommet de l'Union africaine (UA) en pouvant se targuer d'un nouveau titre: celui de doyen des chefs d'Etat africains, qui lui est revenu après la mort début juin du président gabonais Omar Bongo Ondimba.Elu en février pour un an à la tête de l'UA, malgré la réticence manifeste de certains dirigeants, le colonel Kadhafi compte mettre à profit sa présidence pour forcer la voie à la concrétisation d'une "unité africaine" dont il a fait un objectif prioritaire. Quitte à bousculer, comme il en l'habitude, les plus réticents, parmi lesquels les pays d'Afrique australe -notamment l'Afrique du sud- et de l'Est.

Dès leur arrivée à Syrte, la région natale du leader libyen où a été édifié à 500 km à l'est de Tripoli un centre de conférences ultramoderne planté entre la Méditerranée et le désert, les 53 délégations africaines sont mises en condition.

Les maximes du Guide sont partout, placardées sur les avenues en arabe, anglais et français, des plus encourageantes ("L'Afrique c'est l'espoir", "L'Unité c'est la force") aux plus inquiétantes ("La mort aux ennemis de l'Afrique")...

Dimanche, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UA précédant le sommet, M. Kadhafi a accru la pression pour créer une "Autorité" dotée de réels pouvoirs exécutifs, qui regrouperait les différentes instances de l'UA existantes (comme l'actuelle Commission ou le Conseil de paix et de sécurité).

"Maintenant, celui qui dira non devra expliquer pourquoi", a-t-il prévenu dans son discours de bienvenue, en proposant un recours au vote pour départager partisans et adversaires d'une intégration africaine accélérée.

"Si les deux-tiers sont d'accord, le tiers restant devra obtempérer et respecter la décision de la majorité", a-t-il lancé.

Selon plusieurs témoins, la rencontre s'est déroulée dans une ambiance tendue et a dû être interrompue avant de reprendre à huis clos.

Le président de la Commission de l'UA, Jean Ping (Photo), a fait connaître ses réticences à sa manière, en insistant devant les ministres sur l'urgence à résoudre d'autres dossiers avant de s'atteler à des projets plus ambitieux.

Citant les crises politiques ou les coups d'Etat qui ont secoué ces derniers mois Madagascar, la Mauritanie, la Guinée Bissau, la Guinée ou le Niger, il a estimé que "la situation d'ensemble sur le continent demeure préoccupante" et regretté "la persistance du fléau des coups d'Etat ou de changements anticonstitutionnels".

M. Ping a déploré une "évolution politique régressive inquiétante" et souhaité "une réponse cohérente de la part des instances compétentes de l'UA", alors que le colonel Kadhafi a pris plusieurs fois récemment le contre-pied de positions de la Commission.

Durant leur rencontre de trois jours, les chefs d'Etat africains aborderont malgré tout des dossiers plus consensuels, comme celui du développement de l'agriculture, thème officiel du sommet.

M. Kadhafi a par ailleurs invité pour l'occasion le dirigeant italien Silvio Berlusconi, qui l'avait reçu à Rome à la mi-juin. Habitué des coups d'éclat, il pourrait avoir d'autres "invités surprise", indiquaient lundi des sources diplomatiques à Syrte sans plus de précision.

Les conflits en Afrique

Les principaux conflits et crises en cours en Afrique qui seront en partie discutés lors du sommet de l'Union africaine (UA) qui se tient à Syrte à partir de mercedi.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

L'est de la RDC est le théâtre d'affrontements entre groupes armés et de violences contre les civils depuis plus d'une décennie. L'armée mène des opérations dans le Nord et le Sud-Kivu (est) contre les rebelles rwandais hutus des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). En Province orientale (nord-est), elle traque les rebelles ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

SOMALIE

En Somalie, ravagée par une guerre civile depuis 1991, les islamistes extrémistes des shebab et la milice Hezb al-Islamiya ont lancé début mai une offensive contre le gouvernement de l'islamiste modéré Sheikh Sharif Ahmed. Le gouvernement ne contrôle que quelques régions du centre du pays et des quartiers stratégiques de la capitale protégés par la force de paix africaine.

Au large de la Somalie, les actes de piraterie ont atteint un niveau record en 2008. Des bâtiments sous commandement américain, européen et de l'OTAN, ainsi que des navires chinois et russes, sont déployés dans la région.

SOUDAN

Le Darfour, vaste région de l'ouest soudanais, est en proie depuis 2003 à un conflit complexe opposant une pléthore de groupes rebelles au gouvernement central de Khartoum. La guerre a fait 300.000 morts selon l'ONU, 10.000 selon Khartoum, et 2,7 millions de déplacés.

NIGERIA

Les régions pétrolières du sud sont secouées par des violences perpétrées par des groupes armés qui s'en prennent aux intérêts du secteur pétrolier et ont multiplié depuis 2006 sabotages d'oléoducs, attaques de navires et enlèvements de centaines d'employés locaux et étrangers de cette industrie.

NIGER/MALI

Le Niger est plongé dans une crise politique après l'intention déclarée de son président Mamadou Tandja de se maintenir au pouvoir au delà de son dernier quinquennat.

Alors qu'au Mali des centaines de rebelles touareg ont déposé les armes, le principal mouvement touareg nigérien refuse de le faire avant des négociations.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont les éléments sont issus de l'ex-GSPC algérien, enrôle depuis 2006 les mouvements armés islamistes de Tunisie, d'Algérie et du Maroc, ainsi que ceux du Sahel.

TCHAD

L'est du Tchad est le théâtre de combats entre mouvements rebelles venus du Soudan ou de Libye et l'armée depuis près de 20 ans, avec de fréquents combats depuis 2005.

CENTRAFRIQUE

La Centrafrique fait face à une recrudescence des attaques armées et des actes de grand banditisme.

MADAGASCAR

Madagascar traverse depuis plusieurs mois une grave crise politique et sociale après l'éviction du président Marc Ravalomanana par l'ex-maire de la capitale Andry Rajoelina.

GUINEE-BISSAU

Le pays, devenu une plaque tournante dans le trafic de cocaïne d'Amérique latine vers l'Europe, est plongé dans une spirale d'assassinats politiques depuis la mort du président Joao Bernardo Vieira, assassiné par des militaires, et du chef d'état-major dans un attentat à la bombe.

La MAURITANIE et la GUINEE ont connu des coups d'Etat en août et décembre 2008.

En COTE D'IVOIRE, pays coupé en deux depuis qu'une rébellion a éclaté en septembre 2002, une présidentielle est prévue fin novembre pour mettre fin à la crise.

BURUNDI

Le Burundi tente depuis 2006 de sortir de 13 ans de guerre civile (300.000 morts). Les Forces nationales de libération (FNL), dernière rébellion encore en activité il y a peu, sont devenues un parti politique en avril.

 

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