L'intégration ne fait pas l'unanimité

30/06/2007
L'intégration ne fait pas l'unanimité

Le président du Togo, Faure Gnassingbé, assistera dimanche à Accra au 9e sommet des chefs d'Etats et de gouvernements de l'Union Africaine (UA). Sujet principal, la constitution d'un gouvernement de l'Union et des Etats-Unis d'Afrique. Un projet qui rencontre un écho inégal sur le continent et semble bien éloigné des préoccupations des Africains.

Le président de la Commission de l'UA Alpha Oumar Konaré, fervent partisan des Etats-Unis d'Afrique, l'a rappelé jeudi à Accra: "la bataille pour les Etats-Unis d'Afrique est la seule qui vaille pour notre génération, la seule capable d'apporter des réponses aux mille problèmes des populations africaines".Pour lui, "c'est le projet fédéral que nous avons à terme en perspective", reconnaissant qu'il reste à définir "les pouvoirs et les moyens d'un exécutif continental plus fort".

Pour son processus d'intégration, l'UA a choisi le modèle européen: selon le plan envisagé par les 53 Etats qui avaient créé l'Union pour remplacer l'Organisation de l'unité africaine (OUA, créée après les indépendances), l'Afrique aura un "gouvernement" d'ici 2009 et se transformera en une fédération des Etats-Unis d'Afrique en 2015.

Mais cette perspective divise l'Afrique, pourtant baignée de l'idéal de "l'unité africaine" prêchée par les pères des indépendances, comme le Ghanéen Kwame N'Krumah ou le Sénégalais Léopold Sédar Senghor.

D'un côté, les pays du Maghreb à l'exception de la Libye, et d'Afrique Australe se montrent au mieux prudents (Angola, Namibie, Mozambique), voire carrément hostiles (Afrique du Sud).

De l'autre, l'Afrique de l'ouest et l'Afrique centrale, surtout les pays francophones, acceptent l'idée, le Sénégal et le Mali étant les deux seuls pays à avoir inscrit cette possibilité dans leur constitution.

En Afrique de l'Est, la question n'a pas encore été tranchée, certains pays, comme l'Ethiopie, prônant un compromis qui permettrait à l'UA de ne pas imploser, mais assurerait aussi plus de pouvoir à la Commission.

"C'est toute l'ambiguité du +Grand débat sur le gouvernement de l'Union+, parce qu'aujourd'hui, bien qu'elle n'en ai pas le mandat, c'est la commission qui joue ce rôle de gouvernement africain, avec une grande visibilité, notamment sur la résolution des conflits", note un observateur occidental.

"Le problème reste que très peu d'Etats sont prêts à abandonner une partie de leur souveraineté", ajoute-t-il, soulignant que "ce débat a également peu de sens pour la majorité des Africains, et donc un certain manque de légitimité".

Le Conseil exécutif de l'UA avait déclaré en novembre 2006 que "tous les Etats membres acceptent les Etats-Unis d'Afrique comme un objectif commun et souhaitable. Toutefois, des divergences existent en ce qui concerne les modalités et le délai de réalisation de cet objectif et le rythme approprié pour l'intégration".

L'UA a lancé une consultation publique car "le gouvernement de l'Union doit être une union des peuples africains et non pas une union des seuls Etats et gouvernements", mais les résultats n'en sont pas encore connus.

 

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