Criminaliser le trafic de faux médicaments

22/12/2019
Criminaliser le trafic de faux médicaments

Cécilia Attias

La Fondation Brazzaville va lancer avec sept chefs d’Etat africains l’Initiative de Lomé les 17 et 18 janvier prochains.

Prenant conscience de l’intensification de ce commerce illégal et meurtrier, la décision a été prise de lancer en commun une stratégie destinée à intensifier la lutte contre les faux médicaments sur le continent africain. 

C’est l’heure de la mobilisation avant ce sommet. En fin de semaine, le président Faure Gnassingbé publiait une tribune sur le site de Jeune Afrique. Dimanche, c’est au tour de Cécilia Attias de prendre la plume dimanche pour soutenir cette initiative.

Mme Attias, ex-épouse du président Nicolas Sarkozy, est membre du Conseil consultatif de la Fondation Brazzaville.

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Voici la tribune publiée dimanche dans Le Parisien par Cécilia Attias

En Afrique, chaque année, 122 000 enfants sont tués par des médicaments falsifiés. Ce drame sanitaire et humain intolérable n’a toujours pas suscité assez l’émoi de la communauté internationale, qui tarde à s’organiser pour mettre fin à ce fléau. Le luxe du soin sûr. Le chemin pour se soigner en Europe est à la fois simple et peu coûteux. 

A aucun moment il ne nous viendrait à l’esprit que ce que nous achetons en pharmacie n’est pas fiable. Pis encore, il serait impensable, du fait de la qualité de notre système de santé, de la sécurité des lignes d’approvisionnement ou des compétences de nos pharmaciens, de remettre en question l’innocuité de nos médicaments. Pourtant, hélas, notre environnement sain est un luxe sur d’autres continents… Imaginez, en effet, l’idée qu’ailleurs des mères de famille puissent acheter des médicaments qui non seulement ne guériraient pas leurs enfants mais aggraveraient leur santé, voire entraîneraient leur décès ?

Cette situation catastrophique est encore bien réelle. Le constat est particulièrement alarmant dans certains pays d’Afrique où, selon l’Organisation mondiale de la santé, les médicaments falsifiés représentent 30 à 60 % des produits médicaux, alors qu’ils n’en représentent même pas 1 % dans les pays développés. Les conséquences sont dramatiques. 

Plusieurs centaines de milliers de personnes en décèdent chaque année en Afrique. Combien d’enfants ont été victimes des faussaires qui profitent d’un trafic qui rapporte 10 à 25 fois plus que la vente de drogue ? Combien de mères de famille ont tué leurs enfants alors qu’elle se sont sacrifiées financièrement pensant les sauver ? Combien de familles ravagées par ces pratiques inhumaines ? 

Pourquoi les Etats ne se mobilisent-ils pas collectivement pour stopper ce marché mortifère ? Soulignons que ce trafic, estimé à 200 milliards de dollars par an, finance de surcroît les groupes terroristes qui massacrent les civils en Afrique et font régner la terreur dans nos capitales européennes  !

Un mot d’ordre : mobilisation collective. Le trafic de faux médicaments concentre son action sur les populations les plus fragiles. Communautés qui, en plus de ne pas avoir accès à des diagnostics médicaux de qualité du fait de leurs prix exorbitants, sont contraintes de se fournir en médicaments qui, quand ils n’accélèrent pas la dégradation de leur état de santé, ne font rien pour contribuer à son amélioration. Lutter en faveur d’un accès à des médicaments sûrs et efficaces est aujourd’hui une gageure en Afrique. 

Le continent ne dispose ni de la législation ni des moyens nécessaires pour en avoir l’ambition. Les 17 et 18 janvier, les chefs d’Etat du Togo, de la République du Congo, de la Gambie, du Niger, de l’Ouganda et du Sénégal se réunissent à Lomé, au Togo, pour criminaliser le trafic de faux médicaments et instituer de nouvelles instances multilatérales garantes d’une lutte efficace.

Puisse cette initiative, pilotée par la Fondation Brazzaville, qui s’est pleinement engagée contre le trafic de faux médicaments, être la première pierre d’un édifice qui permettra aux familles africaines de pouvoir se soigner dignement. Car c’est bien de dignité humaine dont il s’agit ici. 

Il nous appartient à tous, surtout à nous Européens qui jouissons du luxe de soins sûrs, de soutenir et d’accompagner cette action.

© Le Parisien 

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