Eviter la faillite collective

24/05/2020
Eviter la faillite collective

Nicolas Babina

Nicolas Babina est un médecin togolais. Il exerce dans un hôpital de la région parisienne et est au front, comme ses collègues, dans la lutte contre la pandémie.

Dans la tribune publiée ci-dessous, il donne son sentiment sur la façon de gérer au mieux l’épidémie au Togo. Protéger la population tout en prenant soin de ne pas ruiner l’économie.

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La pandémie liée au nouveau coronavirus sévit partout dans le monde. Elle frappe sans discrimination, mais avec une intensité variable d’un pays à un autre.

Les victimes sont en majorité des hommes âgés ou des patients avec des comorbidités, motivant des stratégies de luttes différentes.

On remarque que le coronavirus peine, heureusement, à prospérer en Afrique en général et au Togo en particulier.

L’Afrique, bien que n’étant qu’au début de la propagation, semble bien résister au virus, mais les conséquences collatérales pourraient être dramatiques d’un point de vue socio-économique.

Le strict confinement peut-il constituer un remède universel ? Le confinement total ou partiel peut-il s’appliquer durablement aux pays africains sans risque de faillite des États et des sociétés ?

L’organisation socio-économique en Afrique, avec un secteur informel dominant, ne permettra pas à la majorité de la population de survivre à un confinement, même partiel, avec des restrictions socio-économiques prolongées. 

Faire l’impasse sur d’autres priorités et ne privilégier que la lutte contre le virus ne fera qu’exacerber les maux de l’Afrique en général et du Togo en particulier.

L’Afrique est déjà confronté à plusieurs autres fléaux sanitaires qui déciment, dans l’indifférence générale, une bonne partie de la population africaine : les faux médicaments (plus de 50% des médicaments vendus en Afrique sont des faux), la malaria (paludisme), le diabètes, l'hypertension artérielle et d’autres maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux, l'asthme, les insuffisances rénales, les insuffisances respiratoires, les cancers, la malnutrition et autres infections.

Faut-il alors prendre les risques de périr de tout pourvu que ce ne soit pas du covid-19 ? 

C’est en appliquant les mesures barrières et partout en même temps sur le plan national et au-delà des frontières qu’on parviendra à contenir la pandémie. 

Au-delà des frontières car le virus n’en respecte pas les contours et ces frontières qui n’existent que de nom, n’empêchent pas la traversée des populations qui sont les mêmes de part et d’autre et qui ne sont pas séparées par des barbelés.  

C’est pour cela qu’une stratégie commune transfrontalière (régionale voire continentale) et non individuelle (État par État) aurait été préférable car plus globale.

L’intérêt de toute la population est donc de participer à l’effort national tout comme nos autorités.

Chacune et chacun doit apporter sa contribution dans cette lutte pour contenir la pandémie afin de favoriser la reprise d’une vie presque normale pour éviter l'appauvrissement général et la faillite de l’Etat. 

La relance à une date lointaine pourrait être particulièrement douloureuse.

La lutte efficace contre la pandémie repose sur plusieurs axes.

Il faut soutenir et protéger le personnel soignant, disposer de matériels adéquats pour les soins, avec pour mot d’ordre: tester, soigner, isoler, et traquer le virus dans chaque cluster. L’Etat doit veiller à ce que rien ne manque.

Il est capital que les pouvoirs publics, la population, la société civile, les ONG poursuivent la sensibilisation de masse

Cette prévention draconienne consiste à respecter scrupuleusement les mesures de protection (distanciation, hygiène, port du masque …)

Il est impérieux de respecter ces règles tant qu'un traitement et un vaccin n'auront pas été découverts. 

En attendant, le nouveau coronavirus cherchera à se répandre. On vivra probablement des hauts et des bas, ici et là dans le pays.

Nous sommes condamnés à vivre avec le covid-19 qu’il faut traquer sans relâche.

Dans ces conditions de maîtrise relative de la pandémie, il me semble qu'il serait plus judicieux d’assouplir certaines contraintes pour favoriser la reprise graduelle des activités économiques pour prévenir l’appauvrissement général qui ferait plus de victimes dans la population que le virus. 

Il serait donc préférable de vivre presque normalement, sans panique, tout en combattant consciencieusement le covid.

Il n’y a pas de gestion univoque de la crise sanitaire. Il faut s'inspirer des pratiques de part le monde tout en les adaptant à nos réalités sanitaires et socio-économiques avec des objectifs clairs: se protéger, protéger les autres et éviter la faillite collective.

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Dr Nicolas Babina

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