Eco & Finance

Du commerce aux usines, ce que Lomé attend de Pékin

Faure Gnassingbé est en Chine depuis vendredi. Il y arrive avec un atout de poids : en 2025, les échanges entre les deux pays ont atteint 5,4 milliards de dollars, en hausse de 55 %, selon l'ambassadeur de Chine à Lomé, Wang Min.

La balance commerciale penche toujours du côté de Pékin © republicoftogo.com

Faure Gnassingbé est en Chine depuis vendredi. Il y arrive avec un atout de poids : en 2025, les échanges entre les deux pays ont atteint 5,4 milliards de dollars, en hausse de 55 %, selon l'ambassadeur de Chine à Lomé, Wang Min.

Pékin est le premier fournisseur du Togo. Au troisième trimestre 2025, la Chine pesait plus d'un quart des importations togolaises, loin devant la France et l'Inde. Motos, textiles, électronique, équipements ménagers : une bonne partie de ce qui se vend sur les marchés de Lomé porte l'étiquette « Made in China ».

Le sens inverse progresse aussi, mais part de très bas. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations togolaises vers la Chine ont été multipliées par cinq environ, d'après l'ambassadeur. Phosphates, coton, soja, sésame, bois : le Togo vend surtout des matières premières. 

Pour le soja, l'accès au marché chinois est en passe d'être validé, a indiqué Wang Min, selon qui le processus est entré dans son « compte à rebours ».

Le déséquilibre reste énorme. La Chine vend beaucoup plus qu'elle n'achète, et l'envolée des exportations togolaises ne l'a pas encore corrigé.

Des prêts, des routes, des câbles

Côté financements, la Chine a surtout prêté, plus qu'elle n'a donné. Les prêts de la China Eximbank, recensés par la base AidData, dessinent la géographie de cette coopération : des chantiers confiés à des entreprises chinoises.

  • Contournement de Lomé, phase 1. Un crédit d'environ 56,6 millions de dollars a financé 85 % d'un contrat de 66,7 millions avec China Road and Bridge Corporation (CRBC) pour une route de 13,8 km reliant le port au Golf Club. Inaugurée en novembre 2014.
  • Contournement de Lomé, phase 2. Un prêt de 628 millions de yuans (49,3 milliards de FCFA) pour 20,54 km de bitume jusqu'à Noépé, à la frontière ghanéenne. Chantier confié à CRBC et achevé en 2020, d'après AidData.
  • Réseau d'administration en ligne. Un prêt de 25 millions de dollars pour 250 km de fibre optique reliant 287 institutions à Lomé et Kara. Maître d'œuvre : Huawei. Conditions : vingt ans, cinq ans de différé, 2 % d'intérêt.
  • Réseau électrique. Un prêt de 210 millions de yuans (environ 15 milliards de FCFA) pour étendre la distribution à Lomé et dans dix villes de l'intérieur, avec le groupe TBEA.

La route nationale 34, entre Lomé et Anfoin, raconte une autre histoire. Un prêt chinois de 30 milliards de FCFA était évoqué en 2016, mais Togo l'a finalement financée seul, pour 31 milliards. CRBC a quand même fait le chantier, livré en juillet 2021.

Il faut également mentionner la phase d’extension de l’aéroport international de Lomé.

L'aide publique : discrète, rarement chiffrée

Sur le don pur, les chiffres manquent. L'ambassadeur cite des réalisations en hydraulique villageoise et de l'aide alimentaire d'urgence, sans montant ni nombre de projets. Lors d'une précédente visite de Faure Gnassingbé à Pékin, il avait été question d'un effacement partiel de dette et d'un don pour des projets agricoles, là encore sans montant publié.

Le poids exact de la dette chinoise dans les comptes du Togo reste, lui aussi, mal documenté dans les sources consultées. Les Togolais en ont une perception contrastée. Selon une enquête Afrobarometer publiée en 2023, 64 % jugent l'influence économique et politique de la Chine positive, mais seuls 43 % savent que Pékin prête au pays. Parmi eux, 56 % estiment que l'État a trop emprunté.

En septembre 2024, à la veille du sommet du FOCAC, Xi Jinping et Faure Gnassingbé ont élevé la relation, nouée en 1972, au rang de partenariat stratégique global. Xi a promis d'élargir la coopération dans les infrastructures, l'agriculture, l'eau et la connectivité. Aucun montant n'a été annoncé.

Lomé a aussi joué la carte de la sécurité à Pékin : discussions avec le ministre chinois de la Défense et avec CATIC, et évocation d'une contribution d'ingénieurs militaires chinois à la route Lomé-Cinkassé.

Place maintenant à l'industrie. En décembre 2025, une délégation d'hommes d'affaires chinois a été reçue à Lomé pour un grand parc industriel à Kara : agro-industrie, équipements électriques, énergies renouvelables, assemblage de machines agricoles. Les autorités parlent de « milliers d'emplois ». Ni investissement, ni calendrier, ni entreprise n'ont été précisés.

Faure Gnassingbé, qui effectue son septième voyage officiel en Chine, est arrivé vendredi à Xi'an, dans le Shaanxi. 

Il doit être reçu par Xi Jinping, s'entretenir avec le Premier ministre Li Qiang et rencontrer Zhao Leji, président du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire. 

Au programme aussi : des rencontres avec des investisseurs chinois sur des partenariats public-privé liés à la Feuille de route 2026-2031 et à la Vision 2040, et des visites dans le Shaanxi, le Fujian et le Guangdong.

Le Togo veut transformer des chiffres de commerce flatteurs en usines, en emplois et en débouchés. La Chine, elle, a surtout besoin de matières premières et de marchés. L'un des deux partenaires vend plus qu'il n'achète : la visite dira si l'équilibre bouge.

Pour que ce site Web fonctionne correctement et pour améliorer votre expérience d'utilisateur, nous utilisons des cookies. Retrouvez plus d'informations dans notre Gestion des cookies.

  • Les cookies nécessaires activent les fonctionnalités de base. Le site Web ne peut pas fonctionner correctement sans ces cookies et ne peut être désactivé qu'en modifiant les préférences de votre navigateur.