10% de la population mondiale infectée

05/10/2020
10% de la population mondiale infectée

Tedros Adhanom Ghebreyesus

Le coronavirus, qui aurait déjà infecté 10% de la population mondiale, est un "signal d'alarme" pour la communauté internationale, a estimé lundi le patron de l'OMS, réclamant une accélération de la réforme de l'organisation face aux urgences sanitaires.

S'exprimant à l'ouverture d'une session extraordinaire du Conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la riposte au Covid-19, Tedros Adhanom Ghebreyesus a vigoureusement défendu le travail réalisé par l'organisation, accusée notamment par le président américain Donald Trump d'incompétence dans sa gestion de la pandémie qui a fait plus d'un million de morts.

A ses côtés, le directeur des urgences sanitaires de l'OMS, Michael Ryan, a expliqué qu'environ 10% de la population mondiale pourrait avoir été infectée, soit environ 780 millions de personnes et le double des chiffres officiels.

M. Tedros a défendu la réforme qu'il a mise en oeuvre ces trois dernières années d'une organisation qui avait été accusée d'avoir sous-estimé l'ampleur de la crise d'Ebola en Afrique de l'Ouest entre fin 2013 et 2016.

Mais il a appelé à une réforme plus rapide afin qu'elle soit encore plus efficace. "Nous ne sommes pas sur la mauvaise voie, (...) mais nous devons aller plus vite. La pandémie est un signal d'alarme pour nous tous", a-t-il déclaré, masqué. "Nous devons tous nous regarder dans le miroir et nous demander ce que nous pouvons faire de mieux", a-t-il ajouté.

Cette réunion extraordinaire de deux jours du Conseil exécutif de l'OMS, qui réunit les représentants de 34 pays élus pour une période de trois ans et est chargé de préparer et mettre en oeuvre les décisions des membres de l'organisation, n'est que la cinquième de son histoire.

Elle a été convoquée par l'OMS pour donner suite à une résolution approuvée par les Etats membres en mai, prévoyant une "évaluation indépendante" de la réaction de l'agence onusienne et de la communauté internationale à la pandémie.

"Le monde a besoin d'un système robuste d'évaluation entre pairs", a pointé le patron de l'OMS, citant en exemple l'Examen périodique universel mis en place par le Conseil des droits de l'Homme, un examen auquel doivent se soumettre tous les membres de l'ONU régulièrement. "Nous encourageons les pays à venir avec de nouvelles idées", a poursuivi l'Ethiopien, ajoutant: "Nous devons être ouverts au changement et nous devons mettre en oeuvre les changements dès maintenant".

L'OMS a décrété l'alerte mondiale le 30 janvier face au Covid-19. L'institution a été vivement critiquée depuis, en particulier par les Etats-Unis, pour avoir tardé à décréter cet état d'urgence, alors que le coronavirus avait été signalé dès la fin décembre en Chine.

L'organisation a également été critiquée pour des recommandations jugées tardives ou contradictoires, notamment sur le port du masque ou les modes de transmission du virus. D'autres ont aussi souligné que l'organisation manquait à la fois de ressources budgétaires et d'indépendance face aux Etats.

Lundi, le représentant autrichien, Clemens Martin Auer, a loué la rapide réponse de l'OMS face au Covid-19 ainsi que les efforts menés par l'organisation en terme d'"information", mais a appelé à revoir sa gouvernance. "Nous aurions souhaité nous réunir antérieurement", a-t-il notamment dit.

"Est-ce que le Conseil est un organe actif ou bien s'agit-il d'une façade pour exprimer la gratitude (des pays) face au travail qui est effectué?"

Ces dernières semaines, plusieurs pays ont lancé des pistes de réflexion sur une réforme de l'OMS, à l'image des Etats-Unis et du couple franco-allemand.

"Nous espérons pouvoir utiliser cette session spéciale pour commencer à transformer ces nombreuses bonnes idées en actions", a relevé en visio-conférence le représentant américain, Brett Giroir, secrétaire adjoint à la Santé. Ces projets de réformes seront également discutés par les 164 membres de l'OMS en novembre.

A cette occasion, les pays discuteront également des conséquences du retrait des Etats-Unis, premier bailleur de fonds de l'agence. "C'est un sujet qui nous préoccupe beaucoup", a signalé la représentante russe, en visio-conférence, tandis que le représentant autrichien a dit craindre un "affaiblissement" de l'OMS.

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