La visite de Jean-Noël Barrot à Lomé révèle la place singulière qu'occupe le Togo dans la diplomatie française en Afrique de l’Ouest, et la valeur croissante d'une neutralité assumée.
Il y a des visites diplomatiques qui sont de routine. Et il y en a d'autres qui signalent quelque chose. Celle de Jean-Noël Barrot à Lomé appartient clairement à la seconde catégorie.
Première visite officielle d'un ministre français des Affaires étrangères au Togo depuis plus de vingt ans - une éternité en termes diplomatiques -, ce séjour de 48 heures n'est pas le fruit du hasard. Il traduit une réévaluation, à Paris, du rôle que peut jouer Lomé dans une Afrique de l'Ouest profondément recomposée.
Pendant que ses voisins immédiats, Burkina Faso, Mali, Niger, tournaient le dos à la France et basculaient dans l'orbite russe, le Togo a maintenu le cap.
Pas sans tensions et une continuité diplomatique rare dans la sous-région. Lomé n'a rompu avec personne. Elle a continué de parler à Paris, à Moscou, à Pékin, à Washington, à Abuja, à Accra, à Dakar.
Cette posture, que certains qualifient de pragmatisme et d'autres d'ambiguïté calculée, est précisément ce qui intéresse Paris aujourd'hui.
Dans un contexte où la France a perdu pied au Sahel et cherche à repositionner son influence sur le continent, le Togo représente un point d'ancrage précieux, un pays avec lequel le dialogue n'a jamais été rompu, et où les leviers de coopération restent nombreux et opérationnels.
Parler à tout le monde : une force, pas une faiblesse
La diplomatie togolaise repose sur un principe simple, mais rare : le refus de l'alignement automatique. Lomé parle à tout le monde. Ce n'est pas de l’inconsistance, c'est une doctrine. Et dans un monde où les blocs se reforment et où les non-alignés retrouvent une valeur stratégique, cette posture devient un actif.
Paris le comprend désormais clairement. Le Togo joue un rôle de médiateur dans les Grands Lacs, maintient des canaux ouverts au Sahel malgré les juntes, et accueille des forums diplomatiques que d'autres capitales ne pourraient pas organiser. Pour la France, qui a besoin de relais africains crédibles et autonomes, c'est inestimable.
Au-delà de la géopolitique, la visite de Barrot a aussi permis de mesurer la densité concrète de la relation bilatérale. CHU réhabilités, lycée technique construit, réseaux d'assainissement financés, Maison du Tourisme ouverte à Aného, le département des Yvelines, dont Barrot est l'un des enfants politiques, entretient depuis vingt ans avec cette ville togolaise un partenariat de coopération décentralisée qui a produit des résultats visibles.
C'est cette combinaison, liens humains anciens, coopération technique active, dialogue politique sans tabous, qui donne à la relation franco-togolaise sa solidité particulière.
Le Togo n'a pas attendu la France pour exister sur la scène internationale. Mais il n'est pas indifférent à ce retour d'attention.
Lomé sait que la diversification de ses partenariats est sa meilleure garantie d’indépendance, et qu'une France engagée, respectueuse et présente vaut mieux qu'une France absente ou condescendante.
Les conditions d'une relation renouvelée sont là.
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