Les 117 communes du Togo sont confrontées à un dilemme majeur : comment financer le développement local quand l'État ne suffit pas et que les citoyens rechignent à payer l'impôt ?
Les 117 communes du Togo sont confrontées à un dilemme majeur : comment financer le développement local quand l'État ne suffit pas et que les citoyens rechignent à payer l'impôt ?
Le problème est simple à formuler mais complexe à résoudre. D'un côté, les besoins des populations ne cessent de croître : routes à entretenir, marchés à construire, déchets à gérer, éclairage public à assurer. De l'autre, les ressources financières peinent à suivre, malgré le concours de l'État qui, bien que substantiel, reste insuffisant face à l'ampleur des défis.
Pour boucler leurs budgets, les communes n'ont d'autre choix que de mobiliser davantage de recettes fiscales locales. C'est là que le bât blesse : les habitants se montrent peu enclins à payer leurs taxes municipales.
Cette résistance s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, une culture fiscale encore fragile où l'impôt local n'est pas perçu comme un devoir citoyen mais plutôt comme une charge supplémentaire. Ensuite, un manque de confiance dans l'utilisation des fonds publics, alimenté par des années de promesses non tenues et de réalisations invisibles.
Enfin, pour beaucoup de citoyens, la logique est implacable : "Pourquoi payer des taxes si je ne vois pas de contrepartie concrète dans mon quartier ?"
Les communes se retrouvent ainsi prises dans un cercle vicieux. Sans recettes fiscales suffisantes, impossible de réaliser les projets qui amélioreraient visiblement le quotidien des habitants. Sans réalisations tangibles, difficile de convaincre les citoyens de la nécessité de payer l'impôt local.
Ce cercle vicieux est d'autant plus paralysant que les capacités de recouvrement des communes restent limitées. Faute de moyens humains et techniques, beaucoup peinent à identifier tous les contribuables, à faire respecter les échéances de paiement et à sanctionner les mauvais payeurs.
Des pistes pour sortir de l'impasse
Face à cette situation, plusieurs stratégies émergent. Certaines communes misent sur la transparence en publiant leurs comptes et en organisant des redditions publiques pour montrer comment l'argent est utilisé. Une approche qui commence à porter ses fruits là où elle est appliquée avec rigueur.
D'autres explorent les partenariats public-privés pour financer des projets structurants sans attendre d'avoir mobilisé toutes les recettes fiscales nécessaires. L'idée est de créer un effet d'entraînement : des réalisations visibles encouragent le civisme fiscal.
La digitalisation de la collecte des taxes représente également une piste prometteuse. Le paiement mobile, largement adopté au Togo, pourrait faciliter le règlement des taxes municipales et améliorer le taux de recouvrement.
Repenser le pacte fiscal local
Au-delà des solutions techniques, c'est tout le pacte fiscal entre les communes et leurs administrés qui doit être repensé. Les élus locaux doivent démontrer que chaque franc collecté se transforme en service rendu ou en infrastructure utile.
Cette transformation passe par une amélioration de la gouvernance locale, une meilleure communication sur l'utilisation des fonds et surtout, des réalisations concrètes et rapides qui redonnent confiance aux citoyens.
Certaines communes ont compris qu'il fallait commencer modestement : plutôt que de promettre de grands projets qui ne verront jamais le jour, elles privilégient de petites réalisations visibles et rapides. Un marché rénové ici, un axe éclairé là, des poubelles installées ailleurs. Des changements qui, mis bout à bout, finissent par transformer un quartier et, surtout, par restaurer la crédibilité de l'action municipale.
Le défi est de taille, mais incontournable. Sans ressources propres suffisantes, les communes togolaises resteront éternellement dépendantes des transferts de l'État et incapables de répondre aux aspirations légitimes de leurs populations. Le développement local a un prix, et ce prix doit être partagé entre l'État et les citoyens, dans un contrat de confiance qui reste encore largement à construire.
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