Politique

Le CAR refuse de préjuger de l'avenir

Robert Yao Daté © republicoftogo.com

Alors que certains partis de l'opposition crient déjà au « simulacre de dialogue » avant même que les discussions n'aient commencé, le Comité d'action pour le renouveau (CAR) adopte une posture plus mesurée. Pour son président Robert Yao Daté, il est prématuré de condamner un dialogue qui n'a pas encore eu lieu. Pragmatique, il préfère attendre de voir le contenu des discussions avant de se prononcer.

Dans l'interview ci-dessous, il revient également sur l'héritage de Me Yawovi Agboyibo, six ans après sa disparition, et livre son analyse sur la hausse des prix du carburant et les récents licenciements dans la fonction publique.

Un nouveau dialogue se profile à l'horizon et certains partis de l'opposition alertent déjà. Quelle est la position du CAR ?

Le CAR est un parti de dialogue. Si le gouvernement ouvre de nouvelles discussions, nous irons, nous écouterons ce qui sera dit et formulerons nos propres propositions. Si cela ne donne pas de résultats, nous en tirerons les conclusions nécessaires et en informerons le peuple.

Certains acteurs avancent que l'on est fatigué du dialogue. Mais quelle autre alternative ? Maintes fois, nous avons demandé que l'on nous en présente d'autres, mais personne n'y parvient. Même un retour à la Constitution de 1992, comme certains le réclament, ne se fera pas par un coup de baguette magique, mais bien autour d'une table de discussion.

Notre position est claire : si on nous invite, nous irons voir ce qu'il y a dans la marmite. Si cela ne nous plaît pas, nous ne mangerons pas, et nous reviendrons rendre compte aux populations.

Le 30 mai prochain marquera le sixième anniversaire de la disparition du fondateur du CAR, Yawovi Agboyibo. Que reste-t-il de son héritage ?

Me Agboyibo demeure une figure majeure de l'histoire politique togolaise. Son héritage réside dans la lutte pour l'État de droit, la culture du dialogue et la construction du pluralisme démocratique. Mais son absence a révélé un vide : celui d'un homme capable de conjuguer opposition, responsabilité et sens de l'État.

Beaucoup de Togolais gardent l'image d'un homme sobre, discipliné, respectueux des institutions et attaché à ses convictions. Son parcours rappelle l'importance d'une politique fondée sur les valeurs, l'éthique et l'intérêt national.

Sa disparition a malheureusement créé les conditions nécessaires à la modification unilatérale de la Constitution et du code électoral que la classe politique dénonce aujourd'hui. Elle a également facilité la restriction de la liberté de manifestation et les arrestations arbitraires qui ont conduit au surpeuplement carcéral.

Plusieurs fonctionnaires viennent d'être licenciés pour fraude documentaire, faux diplômes et manipulation de dossiers. Qu'en pensez-vous ?

C'est une bonne chose. On commence à comprendre que l'administration doit être efficace, ce qui exige le respect d'un certain nombre de règlements. Cela dit, on parle d'une cinquantaine de personnes, c’est trop peu, il reste encore énormément à faire. Félicitations pour ce qui a été accompli, mais mobilisons-nous pour faire mieux et obtenir une administration respectée et respectable.

Les produits pétroliers viennent d’augmenter. Quelle est votre réaction ?

Ce n'est pas la hausse en soi qui pose problème, on comprend qu'elle est liée à des contingences extérieures. Ce qui est regrettable au Togo, c'est qu'on n'applique pas la vérité des prix. Quand les cours grimpent sur le marché mondial, on ajuste sans hésiter les tarifs à la pompe ; mais quand ils chutent, on tarde à faire de même, voire on ne le fait pas du tout.

Au Bénin voisin, en l'espace de six mois, on peut connaître deux hausses comme deux baisses, selon les fluctuations du baril. Au Togo, en revanche, dès que le prix augmente, c'est définitif.

Ce qui est le plus frappant dans cette hausse, c'est le prix du pétrole lampant, massivement utilisé par les populations rurales. Si ce tarif passe à 1 040 francs le litre alors que les gens peinent à assurer leur pain quotidien, la situation devient tout simplement intenable. Nous plaidons pour un réajustement, ne serait-ce qu'au niveau du pétrole lampant.

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