Le Bénin vote ce dimanche pour élire son prochain président. Et le suspense est limité. Romuald Wadagni, ministre des Finances sortant et candidat du parti au pouvoir, s'apprête à franchir le pas du technocrate de l'ombre au chef d’État, porté par une machine politique rodée et une opposition réduite à sa plus simple expression.
Le Bénin vote ce dimanche pour élire son prochain président. Et le suspense est limité. Romuald Wadagni, ministre des Finances sortant et candidat du parti au pouvoir, s'apprête à franchir le pas du technocrate de l'ombre au chef d’État, porté par une machine politique rodée et une opposition réduite à sa plus simple expression.
À 49 ans, cet ancien associé de Deloitte, formé à Grenoble et à Harvard, a passé une décennie à mettre en œuvre l'agenda économique du président sortant Patrice Talon, constitutionnellement empêché de se représenter. Son bilan affiché : un budget national triplé et les taux de croissance du PIB les plus élevés du pays depuis plus de vingt ans.
Sa relation avec Talon ? Wadagni lui-même l'a décrite dans Jeune Afrique comme « presque une relation père-fils ». Il promet la continuité, la même rigueur, le même sérieux — tout en proposant de créer de nouveaux pôles de développement à travers le pays et d'élargir l'accès aux soins.
Face à lui, un seul adversaire : Paul Hounkpe, dont la formation dénonce une croissance qui profite peu aux citoyens ordinaires. Le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a quant à lui pas réussi à réunir suffisamment de parrainages pour présenter un candidat — et n'a obtenu aucun siège aux législatives de janvier.
Une élection qui a failli ne pas avoir lieu
Le 7 décembre dernier, à l'aube, des soldats mécontents ont tenté un coup d'État — s'emparant brièvement de la télévision nationale et s'approchant suffisamment du palais pour que Talon assiste lui-même aux affrontements. La tentative a été réprimée avec l'appui de frappes aériennes nigérianes et d'éléments de la force en attente de la Cédéao. Une centaine de putschistes présumés attendent leur procès.
Leur motivation invoquée : le « négligence » du gouvernement envers les soldats engagés dans le nord du pays contre les groupes jihadistes.
Le Bénin est devenu l'État côtier d'Afrique de l'Ouest le plus durement touché par l'expansion jihadiste venue du Sahel. Des groupes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique multiplient les attaques dans les zones frontalières avec le Niger et le Nigeria. En un an, 54 soldats béninois ont été tués dans une seule attaque attribuée au groupe Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, puis 15 autres le mois dernier.
« Le Bénin n'a historiquement jamais fait face à une situation comme celle-ci », souligne Gilles Yabi, fondateur du think tank WATHI.
Wadagni s'est rendu en campagne dans le nord - à Parakou et Tanguieta - pour démontrer que l'État contrôle son territoire. Il promet la création de polices municipales dans les villes frontalières pour renforcer la défense locale.
Mais la question sécuritaire plane sur cette élection comme un avertissement : si la menace jihadiste s'intensifie, l'espace politique, déjà étroit, pourrait se rétrécir encore davantage.
© Mena Today
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