Région & Afrique

RDC : la médiation se complique avec le retour de Kabila

L'ancien président congolais Joseph Kabila a pris cette semaine la direction des rebelles qui occupent l'est de la République démocratique du Congo, le changement le plus important au sein de l'insurrection depuis des années.

Joseph Kabila © CNS

L'ancien président congolais Joseph Kabila a pris cette semaine la direction des rebelles qui occupent l'est de la République démocratique du Congo, le changement le plus important au sein de l'insurrection depuis des années.

Annoncée lundi, sa nomination s'accompagne d'un nouveau nom : l'alliance formée par l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et le groupe armé M23 s'appelle désormais la Refondation de la Nation (FRN). Un intitulé qui traduit une volonté de se présenter comme un mouvement national congolais, et non comme un relais du Rwanda, selon des diplomates, des sources rebelles et des analystes.

Kabila devient président. Corneille Nangaa, ancien coordonnateur de l'AFC, et Bertrand Bisimwa, chef politique du M23, sont vice-présidents. Sultani Makenga, figure historique du M23, occupe lui aussi une vice-présidence et conserve la tête de la branche armée.

Les rebelles affirment vouloir chasser du pouvoir le président Félix Tshisekedi, qu'ils accusent de corruption, de politique discriminatoire et de répression des opposants. Experts de l'ONU et analystes jugent pourtant que les violences découlent surtout de conflits anciens liés au pouvoir, à l'identité et aux ressources, remontant au génocide de 1994 au Rwanda voisin, voire avant. Des pays occidentaux et des experts de l'ONU accusent Kigali de soutenir le M23. Le Rwanda dément, tout en reconnaissant une coordination avec les rebelles sur les questions de sécurité.

Un poids politique à l'efficacité incertaine

Président de 2001 à 2019, Kabila est originaire du Katanga (sud), où le ressentiment grandit envers l'administration Tshisekedi, mais que la rébellion n'a pas atteint. Il dispose en outre de relais en Namibie, au Kenya, en Afrique du Sud et ailleurs dans la région. Reste à savoir s'ils se traduiront en soutien concret.

Une juridiction congolaise l'a condamné à mort par contumace pour trahison il y a un an, après des accusations d'adhésion à la rébellion. Les États-Unis l'ont placé sous sanctions en avril pour soutien matériel aux rebelles et déstabilisation de l'est du pays.

Une enquête de 2021, fondée sur des documents bancaires divulgués, a montré que sa famille et lui avaient amassé une fortune considérable. On ignore où elle se trouve et comment il pourrait la mobiliser.

L'AFC/M23 négociait avec Kinshasa sous médiation qatarie et avait signé l'an dernier une déclaration prévoyant un cessez-le-feu permanent et des négociations plus larges. Mercredi, la FRN a déclaré « assumer tous les droits, obligations et engagements » de l'AFC/M23, « y compris ceux pris dans le cadre des négociations de Doha ».

Mardi, au Conseil de sécurité de l'ONU, la RDC a appelé toutes les parties à tenir leurs promesses, et les États-Unis à poursuivre les négociations. Kinshasa et les rebelles se rejettent la responsabilité des combats qui continuent.

Dans ce contexte, l'Union africaine a chargé le Togo d'une mission de médiation dans la région des Grands Lacs, afin de faire baisser la tension entre la RDC et le Rwanda.

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