Culture

L’IA au service des langues locales

Le Togo veut donner une place à ses dizaines de langues vernaculaires dans le monde de l'intelligence artificielle.

Cina Lawson et Celina Lee © DR

Le Togo veut donner une place à ses dizaines de langues vernaculaires* dans le monde de l'intelligence artificielle.

Le gouvernement lance une initiative pour développer des modèles d'IA capables de comprendre et de parler ces langues, avec un double objectif : améliorer l'accès aux services publics numériques et combler la sous-représentation chronique des langues africaines dans les systèmes d'IA.

Annoncé cette semaine à Genève lors du sommet ‘AI for Good’, le projet réunit Togo AI Lab, la plateforme africaine Zindi et l'entreprise technologique togolaise Umbaji. Il s'inscrit dans la stratégie nationale d'IA du Togo, qui vise à renforcer l'inclusion numérique à travers des services capables de fonctionner en langues locales.

Le plan : bâtir une plateforme open-source pour collecter des données vocales et textuelles auprès des communautés du pays, avec un objectif d'au moins 50 heures de voix validées et 6 000 paires de phrases traduites pour chacune des 50 langues nationales.

Ces données alimenteront quatre compétitions d'IA ouvertes sur la plateforme Zindi, destinées à développer des modèles open-source de reconnaissance vocale, de synthèse vocale et de traduction automatique, avec 40 000 dollars de prix à la clé.

Le moment n'est pas choisi au hasard. Selon l'UNESCO, plus de 2 000 langues africaines restent gravement sous-représentées dans les jeux de données utilisés pour entraîner les modèles d'IA, privant des millions de personnes d'un accès véritable aux services propulsés par l'IA, largement construits autour de l'anglais ou du mandarin.

Ce n'est pas une première collaboration entre le Togo et Zindi. En 2024, le ministère en charge du Numérique avait déjà organisé, avec la plateforme, une compétition utilisant des données démographiques et géospatiales pour prédire la demande en infrastructures de fibre optique. Plusieurs des meilleurs participants avaient ensuite été recrutés par Togo AI Lab.

« Nous considérons les modèles linguistiques comme une infrastructure publique essentielle pour l'ère numérique », a déclaré la ministre de l'Efficacité du service public et de la Transformation numérique, Cina Lawson.

« En collectant des données audio et textuelles locales et en mobilisant la communauté de Zindi, nous créons des outils d'IA souverains, sûrs et inclusifs », destinés à améliorer l'efficacité des services publics.

Pour la directrice générale de Zindi, Celina Lee, le constat reste le même : « Trop de langues africaines restent sous-représentées. En réunissant les communautés locales, des données ouvertes et un réseau mondial de praticiens de l'IA, cette initiative garantit que la diversité linguistique du Togo se reflète dans la prochaine génération de technologies d'IA africaines. »

Fondée en 2018, Zindi revendique une communauté de plus de 100 000 experts en IA répartis dans plus de 180 pays. Umbaji a, de son côté, déjà mené des projets de collecte de données multilingues couvrant 11 langues africaines dans six pays.

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* Éwé, Mina (Gen), Kabyè, Tem (Kotokoli), Moba, Gourmantchéma (Gourma), Bassar (Ntcham), Losso (Naoudem), Akposso, Ana-Ifè …

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