Eco & Finance

Qui a dit que la taille faisait la rigueur ?

La dette de la France va s'envoler à 121,7 % du PIB en 2027, selon les nouvelles projections de Bercy, dévoilées il y a quelques jours.

Sébastien Lecornu, le Premier ministre français © republicoftogo.com

La dette de la France va s'envoler à 121,7 % du PIB en 2027, selon les nouvelles projections de Bercy, dévoilées il y a quelques jours.

Un niveau record, plus vu depuis 1995, résultat mécanique d'un déficit persistant, désormais attendu à 5,4 % du PIB. Au Togo, pendant ce temps, le ratio dette/PIB s'établit à 60,2 %, soit environ la moitié du niveau français, et sous la norme plafond de 70 % fixée par l'UEMOA.

Certes, la taille et le poids économique des deux pays ne sont absolument pas comparables : d'un côté, la septième puissance économique mondiale et ses 3 536 milliards d'euros de dette ; de l'autre, une économie ouest-africaine dont le PIB tiendrait plusieurs fois dans le seul déficit annuel français.

Mais l'écart n'en dit pas moins quelque chose, et le clin d'œil mérite d'être savouré : à Lomé, on met justement le focus sur la rigueur budgétaire et la transparence, quand à Paris, on cherche encore comment faire tenir 54 milliards d'euros d'économies dans un budget qui refuse obstinément de se resserrer.

Deux trajectoires, deux philosophies

D'un côté, un État togolais qui a réduit son déficit global à 0,8 % du PIB à fin juin 2026 (contre 2,4 % un an plus tôt), et qui voit sa dette reculer d'année en année. De l'autre, une France où le Premier ministre Sébastien Lecornu explique doctement que sans effort budgétaire, le déficit avoisinerait les 6,5 % du PIB, comme si la discipline budgétaire était une option activable à volonté plutôt qu'une habitude à cultiver au quotidien.

On imagine sans peine la scène : un conseiller du Trésor togolais, un brin taquin, glissant à son homologue français que « la meilleure façon de descendre sous les 70 %, c'est peut-être de ne jamais les dépasser ». Une pique amicale, certes, mais qui a le mérite de rappeler une évidence trop souvent oubliée par les grandes puissances : la taille d'une économie ne dispense jamais de la rigueur qu'elle exige.

Reste que comparer des ordres de grandeur aussi différents a ses limites : la France emprunte à des taux que le Togo ne pourrait rêver obtenir, et sa dette, aussi vertigineuse soit-elle, reste jugée soutenable par les marchés qui continuent de la financer sans sourciller. 

Mais dans un monde où l'on aime opposer pays « riches » et pays « en développement » sur le terrain de la gestion des finances publiques, il y a quelque chose de savoureux à voir Lomé, sans tambour ni trompette, afficher un bilan budgétaire que Bercy pourrait, cette année, envier tout bas.

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