Pendant des siècles, les cartes du monde ont menti. Pas intentionnellement peut-être, mais avec des conséquences profondes sur la façon dont le monde perçoit l'Afrique. L'Union africaine vient de décider que cela doit changer.
Pendant des siècles, les cartes du monde ont menti. Pas intentionnellement peut-être, mais avec des conséquences profondes sur la façon dont le monde perçoit l'Afrique. L'Union africaine vient de décider que cela doit changer.
La Conférence de l'UA a adopté une décision historique sur l'initiative «Corriger la carte de l'Afrique sur le globe», proposée par le Togo. Une victoire symbolique et politique majeure pour un continent qui en a assez d'être rapetissé, au sens propre comme au sens figuré.
Tout part d'une projection cartographique vieille de cinq siècles. En 1569, le cartographe flamand Gerardus Mercator conçoit une carte destinée à la navigation maritime. Pratique pour les marins, désastreuse pour la représentation du monde : les pays proches de l'équateur apparaissent bien plus petits qu'ils ne le sont réellement, tandis que l'Europe, l'Amérique du Nord et la Russie gonflent artificiellement.
Résultat ? L'Afrique, deuxième plus grand continent de la planète avec ses 30 millions de km², semble visuellement écrasée. Le Groenland paraît aussi grand qu'elle sur les cartes, alors que l'Afrique est en réalité 14 fois plus vaste. L'Europe entière tiendrait confortablement dans la seule Afrique subsaharienne.
Ce n'est pas qu'une question de géographie. C'est une question de pouvoir, de regard, d'imaginaire collectif.
Corriger la carte, corriger le regard
C'est précisément ce que dénonce la campagne internationale «Correct the Map», lancée par des universitaires, artistes et militants africains et afro-descendants. Elle plaide pour l'adoption de projections alternatives - comme la projection de Gall-Peters - qui respectent mieux les proportions réelles des terres.
«Corriger la carte, c'est aussi corriger notre regard sur l'Afrique et sur son rôle dans le monde», affirme Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères et principal architecte de cette initiative au sein de l'UA.
La décision de l'UA n'est pas qu'une querelle cartographique. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de décolonisation des imaginaires, cette révolution silencieuse qui exige que l'Afrique soit enfin vue, représentée et reconnue à sa juste mesure : géographique, démographique et économique.
Rendre justice à l'Afrique sur les cartes, c'est reconnaître ce que le monde a trop longtemps minimisé : un continent immense, riche, jeune et central dans l'histoire et l'avenir de l'humanité.
Les cartes vont changer. Et avec elles, peut-être, les regards.
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